Société

Témoignage

Quand une « manif sauvage » est lancée par des flics en civil

Publié le 19 mai 2016

Nous relayons ici le témoignage de Clémence B., qui montre un autre regard sur les "casseurs" que celui que nous martèlent les médias...

Clémence B.

Je croyais à une légende urbaine, mes yeux viennent de me donner tort. Aujourd’hui, Place de la République, manifestation du syndicat de police Alliance : tous les accès bloqués, impossible d’entrer sur la place sans carte de presse. Un attroupement (journalistes, activistes de Nuit debout, des gens équipés, une sorte de miniature de cortège de tête en fait...) se forme du côté du boulevard Magenta, tente de pousser pour accéder à la place, se fait évidemment repousser par la police, petit coup de gazeuse pour calmer les esprits.

Nous sommes nassés, classique, pendant une vingtaine de minute. Des escadrons de flics en civil traversent la nasse pour rejoindre leurs collègues sur la place, sous les huées de la foule. J’en repère un, grosse clope électronique dans la main que j’ai d’abord pris pour un talkie-walkie. Joli petit cul moulé dans son Levis’ en toile bleue, de sa poche dépasse un brassard de police orange fluo. Il passe le cordon de CRS avec ses collègues et rejoint la place.
L’opération se répète, plusieurs bandes de flics en civil, sourires fiers et allure ferme, traversent la nasse et détournent l’attention de la foule en concentrant les huées.
Je fais un petit tour, je prends quelques images et je me dis qu’il faudrait quand même que je me casse, j’ai partiel dans deux heures.

Et là je vois trois gars tout sourire, accoudés à un poteau, dans la nasse, dont un a une grosse cigarette électronique et un beau petit cul moulé dans son Levis’ bleu.
Mouvement de foule vers la rue Beaurepaire, les trois lurons mettent un foulard sur leurs bouches et se dirigent vers la rue Beaurepaire en hurlant "Ouais les gars ! Manif sauvage on y va les gars !" d’un ton très enjoué.

Et évidemment les gens (je veux dire, la mini reproduction du cortège de tête qui protestait contre le rassemblement d’Alliance) les suivent ! Comme ils ont sûrement suivi leurs collègues qui ont lancé le mot d’ordre de la manif sauvage (parce que bizarrement le cordon de CRS s’est ouvert à ce moment)...

Je n’irais pas jusqu’à dire que les flics sont les "casseurs" (si c’est eux qui ont foutu le feu à une voiture de police au bord du canal c’est vraiment le comble) mais ils sont très forts pour agiter les velléités de violence et accélérer le passage à l’acte de ceux qui viennent pour en découdre. Moi qui pensais que les petits allumés qui balancent des pavés vivaient dans un jeu vidéo, apparemment ce ne sont pas les seuls.

En tous cas, grâce à cette belle manœuvre des forces de l’ordre, les syndiqués d’Alliance peuvent faire de beaux selfies avec Marion Maréchal Le Pen.