Politique

Varoufakis, de Nuit Debout à Macron

Que cache l’amitié de Varoufakis pour Macron ?

Publié le 19 avril 2016

Yano Lesage

Quand l’ex-ministre des finances grec, héraut de la lutte anti-austérité et partisan d’une refondation démocratique de l’union européenne, Yanis Varoufakis, annonce dans la presse son amitié avec le plus libéral et éventuel futur candidat à la présidentielle du camp socialiste, c’est à n’y rien comprendre. A moins que... Alors qu’à première vue, tout semble plutôt les distinguer, en vérité, les deux ambitieux pourraient avoir plus de points communs qu’il n’y paraît. Et notamment, le fait de vouloir incarner la relève et le nouveau visage politique d’une Europe largement rodée aux politiques d’austérité, après les désillusions apportées par Tsipras et Hollande, sous un jour tantôt plus « libéral » pour l’un, tantôt plus « social » pour l’autre, sans rien remettre en cause des fondements de l’Europe du capital.

Accueilli dans l’allégresse, samedi soir sur la place de la République, Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances du gouvernement Tsipras, s’en est donné à cœur joie à la tribune de Nuit Debout où il a fait un discours tout en radicalité : venu « apporter la solidarité d’Athènes », l’ancien ministre a fait un parallèle entre Nuit Debout et le mouvement d’occupation de la place Syntagma en 2011. « Nous avons changé la politique en Grèce, mais aussi en Europe » a t-il déclaré. Si changement politique il y a bien eu, il a pourtant accouché d’une souris : canalisé et contenu par l’élection et l’arrivée de Syriza au pouvoir, il n’a conduit qu’à la capitulation du gouvernement de Tsipras face aux injonctions de la Troïka, quelques mois après son élection. Pour Varoufakis, Hollande, tout comme Tsipras, a renié ses « engagements anti-austérité ». En faisant porter l’échec de gouvernement dits « anti-austérité » sur la faiblesse et à la trahison de deux hommes, Varoufakis tente par la même de réhabiliter le projet Syriza : celui d’une transformation par les urnes et par les institutions, qui a d’ores et déjà montré son incapacité à mettre à bas les puissances de l’Europe du capital.

Dans ce contexte où Varoufakis cherche à se refaire une santé politique, toute forme d’allégeance politique et de soutien est bienvenue. Après avoir fait faux bond à Mélenchon lors de la présentation de son plan B et lui même essuyé le refus d’Arnaud Montebourg à son invitation pour sa présentation de son plan pour démocratiser l’Europe à Berlin en février dernier, voilà que c’est du côté d’Emmanuel Macron qu’il se tourne. Alors même que ce dernier cherche à infléchir son image de « droitier » du PS et se lancer pleinement dans les futures élections présidentielles. Pourtant l’ancien banquier de chez Rotschild aura bien du mal à incarner le soutien à la lutte contre l’Europe du capital dont Varoufakis voudrait être la figure : opposé au régime des fonctionnaires, pour la flexibilisation du marché et du code du travail, opposé aux 35heures et dont le nom est désormais accolé à la généralisation du travail du dimanche... Pourtant, d’après Varoufakis, ils se trouvent des points communs, notamment sur la question de la « productivité » de l’économie européenne. Nouvelle inflexion politique pour Varoufakis, ou « real politik » de celui qui se voit comme futur leader européen, on pourrait plutôt y voir le signe que, derrière la radicalité de façade dont se targue Varoufakis, le projet dit « anti-austérité » ne se cache plus vraiment d’être, un autre visage politique, quoiqu’assez similaire dans ses débouchés, du capitalisme européen.