Politique

Sarkozy le retour sous les traits de Hollande ?

Que cherche Hollande en chargeant les juges ?

Publié le 13 octobre 2016

On aurait dit du Sarkozy dans le texte, au point où l’on peut se demander si ce n’est pas son prédécesseur qui lui a soufflé la réplique. Dans Un président ne devrait pas dire ça, l’ouvrage qu’ils consacrent à l’actuel locataire de l’Elysée, les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme rapportent une saillie de Hollande vis-à-vis de la justice du même tonneau que les déclarations de Sarkozy en 2007, lorsqu’il comparaît les juges à des « petits pois » qui manquaient de saveur.

Corinne Rozenn

« Cette institution, dit Hollande à propos de la justice, qui est une institution de lâcheté... Parce que c’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux... On n’aime pas le politique. La justice n’aime pas le politique ». Face au tollé, les proches de Hollande soutiennent que les propos auraient été sortis de leur contexte. On voit mal, néanmoins, les conseillers de l’Elysée laisser passer ce genre de phrases sans leur aval dans un livre qui est un bilan officiel (quoi que se voulant un peu « décalé ») du quinquennat de Hollande.

Pourquoi une telle charge ? On l’aura compris, l’enjeu, pour nous, n’est pas de pleurnicher avec les juges qui se sont sentis à nouveau « humiliés », pour reprendre l’expression utilisée en conférence de presse, jeudi matin, par Jean-Claude Marin, procureur général de la Cour de Cassation, la plus haute juridiction française. Les juges font leur boulot, c’est-à-dire qu’ils condamnent et font du zèle, le plus souvent. Il suffit de songer à la condamnation qui pèse sur les 8 de Goodyear et leur intransigeance vis-à-vis de Jacqueline Sauvage ou à la façon dont, à l’inverse, ils délivrent des non-lieux contre les policiers assassins ou coupables de violences.

Mais sous couvert de plan com’, avec un ouvrage censé donner une vision plus « normale » d’un président n’ayant rien à cacher, Hollande a en fait voulu se permettre un crochet contre les juges dans la bonne vieille tradition populiste qui consiste à se défausser sur ces derniers de ses propres incompétences. La société va mal ? C’est la faute des juges. Il y a des attentats ? C’est la faute des juges.

La justice, bien entendu, est loin d’être indépendante dans l’Hexagone. Moins qu’ailleurs, en France, au pays de Montesquieu, la « séparation des pouvoirs » est toute relative. On laissera seul, à ses jérémiades, du coup, Monsieur Marin et les milliers d’euro par mois qu’il touche pour faire respecter leurs lois. Néanmoins, avec cette attaque, Hollande révèle aussi combien a été entamée la normalité institutionnelle dans le sillage de l’état d’urgence et du tournant bonapartiste du gouvernement. Un nouvel exemple qui montre combien, cette société, il faudra la transformer de fond en comble si on veut qu’elle soit vivable.