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Monde

Mensonges du patronat, ingérence impérialiste, répression du gouvernement

Que se passe-t-il réellement au Venezuela ?

Au lendemain d’une nouvelle grève de 48h organisée par l’opposition de droite et avant un nouvel appel à manifester à Caracas, ce vendredi, la situation vénézuélienne semble plus tendue que jamais. Néanmoins, en dépit de la perte de vitesse du gouvernement Maduro, les mobilisations de mardi et mercredi n’ont pas fait carton plein.

Compliqué de savoir, au Venezuela, qui bluffe et ment le mieux, tant il s’agit d’une sorte de sport national, pratiqué y compris par Washington. L’administration Trump a choisi en effet de hausser un peu plus le ton encore en sanctionnant plusieurs personnalités proches du président Maduro pour s’opposer « à un gouvernement qui détruirait la démocratie », selon les termes de Nikky Haley, ambassadrice étatsunienne à l’ONU. Comme si l’impérialisme américain ne s’était jamais soucié de la « démocratie »…

La situation que traverse le Vénézuela, en revanche, continue à être absolument catastrophique pour les classes populaires. Elles se retrouvent prises en étau, d’un côté, entre l’opposition de droite qui instrumentalise la crise économique pour tenter de renverser, par tous les moyens nécessaires, Nicolás Maduro, le dauphin de Chávez, et, de l’autre, le virage ultra-répressif et bonapartiste du gouvernement qui prétend rester au pouvoir à travers l’élection d’une soi-disant Assemblée Nationale Constituante censée surtout relégitimer un pouvoir qui se dit de gauche mais qui est largement discrédité au sein de la population.

Les journées de mardi et de mercredi étaient donc marquées par un nouvel appel à la « grève citoyenne » lancé par la MUD, le cartel de partis d’opposition dominé par la droite. A l’instar de l’appel à la mobilisation de jeudi dernier, la grève de 48h avait le soutien, à nouveau, des organisations patronales, ce qui montre bien sur quel camp la majorité du patronat vénézuélien a misé. A la différence de la semaine dernière, cependant, la mobilisation a été de moindre envergure, même si les deux journées de manifestations ont été émaillées de nouvelles violences.

C’est dans la capitale que cette décrue s’est davantage fait ressentir. Dans l’Est de la mégapole, dans les arrondissements dominés par les maires liés à la MUD, les artères était coupées et la circulation était très faible. Dans le centre de la capitale et dans certains districts ouvriers comme de lui de Catia, par exemple, le transport urbain était à peu près normal, à l’instar du métro qui circulait comme d’habitude, et de nombreux commerces étaient ouverts. Rien à voir, donc, avec la grève du jeudi 20 qui avait été davantage suivie. Rien à voir, non plus, avec les déclarations de l’opposition de droite selon laquelle 90% des actifs vénézuéliens auraient adhéré à la grève.

Dans le reste du pays, l’activité a été partiellement paralysée. Soutenue par les chambres de commerce et la plupart des organisations patronales, la grève était également appelée par la bureaucratie syndicale de la Centrale des Travailleurs Vénézuéliens et s’est cristallisée autour de nombreux « trancazos », barrages routiers dans les principaux centres urbains. C’est autour de ces barrages que la répression est la plus dure contre les manifestants lorsqu’ils s’opposent à la Garde Nationale qui reçoit l’ordre de les lever systématiquement au nom de l’état d’urgence sous lequel vit le pays depuis plusieurs mois. C’est à Mérida, dans l’Ouest du Venezuela, que les affrontements ont été les plus violents et à la suite desquels sont morts trois manifestants, ce qui porte à 104 le nombre de victimes chez les manifestants depuis le début du mouvement.

Vendredi, avant-veille de l’organisation de l’élection de la soi-disant Assemblée Nationale Constituante, étroitement contrôlée par les chavistes, une nouvelle journée de mobilisation est organisée pour « prendre Caracas ». Il est peu probable que la mobilisation soit supérieure à celle de ces derniers jours et il n’est pas exclu non plus que le gouvernement recule de plusieurs semaines la date de l’élection de l’ANC en fonction des négociations avec la MUD qui n’ont jamais complètement cessé, et ce de façon à faire baisser la pression.

Dans ce cadre, souligne Milton D’León, responsable de la rédaction La Izquierda Diario Venezuela et membre de la direction de la Ligue des Travailleurs pour le Socialisme, « les travailleuses et les travailleurs, les secteurs populaires et la jeunesse n’ont absolument rien à gagner avec ces ‘‘grèves citoyennes’’ organisées par la MUD, soutenues par plusieurs fractions du patronat et de la bureaucratie syndicale dont les dirigeants sont totalement liées aux partis d’opposition. C’est bien pour cela qu’il faut dénoncer leur contenu absolument réactionnaire, pro-patronal, que plusieurs chancelleries impérialistes ont salué, par ailleurs. Pour ce qui est d’affronter Maduro, qui est responsable de la situation économique que connaît le pays, et qui essaye de s’accrocher à la présidence en imposant un ‘‘super-pouvoir’’ à partir duquel gouverner avec sa ‘‘Constituante’’, on ne pourra pas le faire aux côtés de la MUD. C’est la raison pour laquelle nous ne participons à aucune des manifestations appelées par l’opposition, que nous appelons au boycott, également, de l’élection de l’ANC, ce dimanche, si elle devait finalement avoir lieu, et que nous militons pour la construction d’une alternative indépendante du monde du travail dans ce pays ».

Crédits photos : REUTERS/Carlos Garcia Rawlins




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