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Que signifie la visite de Kim Jong-un en Chine ?

La rencontre entre Kim et Xi Jinping laisse sous-entendre qu’il y ait une plus grande probabilité que le sommet Kim/Trump puisse se produire. Et pour cela, les acteurs principaux de ce drame se positionnent, et comme la femme de César, non seulement ils doivent être mais aussi paraître gagnants.

La visite secrète, mais pas surprenante, de Kim Jong-un en Chine semble avoir été un exercice d’échauffement pour la rencontre face à face entre le leader nord-coréen et le président Donald Trump, qui devrait se dérouler en mai.

Xi Jinping a profité du court séjour de Kim en Chine pour envoyer aux États-Unis le message selon lequel elle aura une influence décisive sur l’ordre du jour des possibles sommets auxquels la Corée du Nord participe. Et qu’elle est à nouveau au centre de la scène, après avoir été relativement mise à l’écart par l’initiative diplomatique que les deux Corées ont lancée lors des Jeux Olympiques d’hiver à Pyeonchang.

Pour Kim, la photo avec Xi Jinping, prenant même des notes comme le montre la presse officielle chinoise, vaut de l’or. Pour le petit « rocket man » (Trump dixit), le voyage à Pékin sert à contrer le bullying que lui font les médias et à donner une image d’homme d’État, prêt à négocier avec les grandes puissances grâce à la sécurité que lui donne le fait d’avoir démontré sa capacité nucléaire. Au-delà du résultat, la photo avec Trump, s’ils se rencontraient seuls, augmenterait son crédit. C’est pourquoi, l’establishment américain s’est toujours opposé à un sommet de ce genre, dans lequel un ennemi insignifiant apparaîtrait sur un pied d’égalité avec le président de la principale puissance impérialiste.

Trump s’est attribué comme un triomphe qui lui appartient le changement de position de la Corée du Nord. Après tout, avec un mélange de pression par des moyens diplomatiques supplémentaires et certaines concessions, les États-Unis ont obtenu que la Chine et la Russie acceptent d’imposer les sanctions les plus dures à Pyongynag, y compris l’approvisionnement en énergie et en carburant.

Les relations entre la Chine et la Corée du Nord ont atteint leur niveau le plus bas à l’ère Kim Jong-un/Xi Jinping. Le dirigeant nord-coréen a, à plusieurs reprises, défié son patron en augmentant les tests de missiles. Il a exécuté son oncle et a assassiné son demi-frère, les deux ayant de bonnes relations politiques et commerciales avec Pékin, parce qu’il soupçonnait qu’une conspiration se trame pour le renverser. Alors que la bureaucratie du PCCh s’inquiète du penchant belliqueux de son allié, en même temps, cela alimente la politique militariste américaine. Sans pour autant l’étouffer, il a décidé d’appuyer sur le frein en réduisant les échanges commerciaux et l’aide économique, ce qui a probablement aidé Kim à monter dans le train blindé qui l’a conduit en Chine.

Mais au-delà des tensions, l’alliance entre les deux pays est historique et a une valeur stratégique. Elle remonte à la guerre de Corée de 1950-1953, au cours de laquelle Pékin a combattu du côté de la Corée du nord et s’est réaffirmé après l’effondrement de l’Union soviétique. La Corée du Nord dépend à 90% de la Chine pour survivre. La Chine favorise la stabilité en Corée du Nord parce que c’est un État tampon qui la sépare de la Corée du Sud, du Japon et des troupes nord-américaines dans la région, et que l’effondrement de ce régime stalinien sui generis exporterait le chaos à travers ses frontières.

La stratégie de la Corée du Nord est d’être reconnue comme un membre de plein droit du sélect club nucléaire, bien que son discours soit celui de la « dénucléarisation » de la péninsule, avec la contrepartie américaine qui ferait de même avec les armes nucléaires dont elle dispose en Corée du sud.

Les États-Unis sont confrontés à l’alternative d’accepter l’inacceptable ou d’entreprendre une aventure militaire très coûteuse, pour laquelle ils ne trouvent pas de partenaire. Ni la Corée du Sud, ni le Japon ne veulent aller en guerre avec la Corée du Nord. L’habileté de Trump est de cacher la faiblesse de la position américaine derrière une politique offensive. Outre les questions commerciales, la renégociation de l’accord de libre-échange avec la Corée du Sud, et, dans un autre registre, l’imposition de tarifs douaniers à la Chine sont imprégnées de cette réalité géopolitique. La formation d’un cabinet de guerre où les faucons comme Mike Pompeo et John Bolton alimentent l’hypothèse qu’il pourrait y avoir une démonstration de forces compensatoires. Non par hasard, les yeux commencent à se tourner vers l’Iran.

Source : La Izquierda Diario

Traduction : Michel Rosso




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