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Quel nouveau gouvernement pour partir en guerre ?

L’annonce du prochain gouvernement a donc été décalée : elle interviendra ce mercredi à 15h. Derrière les motifs de vérifications avancés, il existe une raison plus profonde : la guerre que veut mener Macron aux travailleurs, aux classes populaires et à la jeunesse nécessite un tir millimétré.

« Moi, je suis un guerrier  », déclarait Macron avant le second tour. Depuis, on en sait un peu plus sur le type de guerre qu’il prévoit de mener. Liquidation du code de travail et de la sécurité sociale par ordonnances, 40h ou 45h de travail hebdomadaire pour les jeunes. C’est bien au nom de cette offensive sans précédent que Macron et Edouard Philippe ont demandé 24h de délai supplémentaire. En effet, le prochain gouvernement devra avoir les arrières solides : autant éviter toute casserole qui pourrait affaiblir ses futurs ministres.

Mais surtout, Macron cherche la meilleure méthode pour briser la droite, récupérer quelques figures des Républicains dans son gouvernement et préparer les conditions d’une victoire aux législatives. En ce sens, Edouard Philippe est une prise de choix. Non seulement il voue la même aversion que le président pour les travailleurs et tout acquis partiel qui les protège, mais il dispose aussi d’un certain savoir-faire en la matière. Cet ancien directeur des relations publiques chez Areva a en effet géré le difficile dossier du pillage l’uranium nigérian, un travail effectué dans des conditions inhumaines par les populations locales.

Aux postes-clés de son état-major, Macron aura besoin de généraux solides. Plusieurs noms sont d’ores et déjà évoqués, sans aucune certitude cependant : Jean-Yves Le Drian à la Défense, Gérard Collomb au ministère de l’Intérieur, Jean-Pierre Raffarin au ministère des Affaires Etrangères, Thierry Breton au ministère de l’Économie ou encore Nicole Notat, ancienne secrétaire générale de la CFDT, au ministère du Travail. Les noms de Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore de Bruno Le Maire sont aussi évoqués pour différents portefeuilles.

Une chose est sure : avant même la nomination du gouvernement, le nouveau président a endossé avec merveilles ses habits de commandant des armées, comme lors de son investiture et sa remontée des Champs-Elysées en voiture militaire. Juste avant, celui-ci avait été rapidement « briefé » par son chef d’état-major particulier, l’amiral Bernard Rogel, sur les procédures de la dissuasion et Hollande lui avait transmis le « code nucléaire ». Une mise en scène martiale en cohérence avec le programme de Macron qui veut porter le budget de la Défense à 2% et restaurer le service militaire universel ou encore créer une « Task Force » antiterroriste à l’Elysée, composée de plusieurs dizaines de personnes.

Une posture martiale en cohérence également avec la guerre intérieure et sociale prévue par ce nouveau Bonaparte. Sa volonté de créer 10.000 postes de policiers supplémentaires, son programme fourni sur la lutte anti-terroriste, la nomination de « Monsieur Flashball » comme directeur de cabinet et ses déclarations très pro-police ne laissent aucun doute sur sa volonté. Macron compte bien renforcer tous les aspects les plus antidémocratiques de la monarchie républicaine, au premier rang desquels les ordonnances et l’état d’exception permanent qui sévit depuis novembre 2015. Il sait qu’il en aura besoin pour briser les résistances que ne manquera pas de susciter son programme de combat.

Dans cette guerre de classes, soulagée d’être sortie de l’incertitude des élections présidentielles, la bourgeoisie française compose petit à petit son état-major et la formule pour lancer une offensive millimétrée. De notre côté, la question n’est pas tant de savoir s’ils passeront à l’attaque, mais de comment s’y préparer, pour résister mais aussi préparer la contre-offensive. Surtout que l’ennemi a des faiblesses : sa minutie et ses hésitations sont autant de symptômes de sa fébrilité. Avant même l’annonce du gouvernement, la colère des travailleurs a déjà surgi au milieu du paysage politique. Ce mardi, pendant qu’on annonçait le report de l’annonce du gouvernement, 2500 personnes, dont Philippe Poutou, l’ouvrier anticapitaliste, étaient présentes à la Souterraine pour soutenir les travailleurs de GM&S, qui occupent leurs usines contre les licenciements prévus par la direction. Leur message était clair : « Aucune usine ne doit fermer ».




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