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Jeunesse

Mobilisation étudiante à Montpellier

Quelques éléments de bilan de la mobilisation à l’université Paul Valery

L’occupation de l’université de Paul Valéry par les étudiants mobilisés étant suspendue, suite à la répression de la part de la présidence de l’université et des forces policières, un bilan doit en être tiré. Cet article vise à avancer quelques éléments de discussions en ce sens.

Une mobilisation massive et déterminée

Dès le premier blocage en mi-février, la mobilisation étudiante montpelliéraine a fait un saut, rassemblant plusieurs centaines d’étudiants aux Assemblées Générales de Paul Valéry, reconduisant la blocage chaque semaine. Le début de la mobilisation en puissance a permis des premières réussites, telles que le consensus autour de l’abrogation de la loi ORE. Le peu d’étudiants pro-réforme, pour la plupart de la section jeune d’En Marche qui étaient présents en AG furent battus en brèche, tout comme les détracteurs de la modalité d’action du blocage, grâce à un long processus d’explication. Toutes les AG commençaient par de longs topos informatifs ce qui a permis de poser la question des modalités d’action, non comme un but en soi, mais comme un moyen de parvenir au retrait de la loi, en paralysant le fonctionnement de l’université et en permettant à tous les étudiants de se mobiliser sans la pression de l’obligation d’aller en cours.

L’épisode de la fac de droit, le 22 mars au soir, quand une attaque fasciste a été perpétrée à l’encontre des étudiants mobilisés a renforcé la mobilisation montpelliéraine, les événements ayant outré les étudiants et été très médiatisé, ce qui a joué un rôle de catalyseur pour massifier les AG dans différentes facs, notamment en région parisienne. De nombreux rassemblements et manifestations ont été organisés en particulier à Montpellier, mais également dans toute la France en soutien et pour réclamer une « justice ». Cet électrochoc a permis d’opérer un saut dans la mobilisation, avec par exemple l’AG du 27 mars qui a réuni 3000 personnes à Paul Valéry.

Mobilisation étudiante et grève cheminote : l’université au service de la convergence

Rapidement, les étudiantes ont élargi leur revendications, en intégrant la contestation de la réforme du rail et plus généralement la casse de l’ensemble du service public. Il s’agit là d’un des acquis centraux de la mobilisation : la compréhension largement partagée de la nécessité de convergence avec les autres secteurs, et notamment les cheminots pour pouvoir gagner contre Macron et son monde. En effet, la réforme du ferroviaire, aurait un impact fort contre les jeunes du fait de l’augmentation des tarifs, de la suppression des petites lignes mais surtout de la possibilité pour Macron de s’en prendre à tous les autres secteurs en cas de victoire contre les travailleurs du rail, qui ont une tradition de résistance et sont très organisés. Au-delà des manifestations communes, de la participation de quelques étudiants aux assemblées de gare et vice versa, quelques initiatives de convergence ont eu lieu. C’est notamment le cas du meeting concert organisé à l’université Paul Valery, qui a réuni plusieurs centaines de personnes dont de nombreux travailleurs du rail, mettant la fac au service du combat commun aux différents secteurs en lutte.

Cependant, le calendrier de grève perlée à la SNCF n’a pas permis une convergence effective jusqu’au bout. De plus, l’attitude de certaines directions syndicales, allant jusqu’à virer des étudiants des cortèges cheminots, notamment à la manifestation du 3 mai, a clairement joué contre la mise en place d’un front plus fort. Mais les liens créés cette année seront d’une importance capitale pour les mouvements à venir.

AG de lutte, blocage illimité et les faiblesses de l’auto-organisation

Malgré les succès, la mobilisation a fini par connaitre un essoufflement, en partie dû à certaines erreurs d’orientation.

En premier lieu, le vote du blocage illimité et des « AG de lutte ». Si pour bon nombre d’étudiants mobilisés depuis février, cela est apparu comme une victoire « évacuant la question du blocage des AG », la décision a fortement contribué à la désertion des AGs, passant de plusieurs milliers à 600 puis à quelques centaines en l’espace de deux semaines. En effet, la possibilité pour toutes et tous de discuter de toutes les modalités d’actions pour développer la lutte, de participer à des cadres de décisions souverains au sein desquels chacun a voix au chapitre et où la possibilité de convaincre est toujours ouverte sur n’importe quelle question relative à la mobilisation, sont des conditions pour que tous les étudiants s’y reconnaissent et voient l’enjeu d’y prendre part.

Conjointement, et alors qu’un sentiment de victoire était largement partagé suite à l’AG du 27 mars, jugeant l’étape de la massification déjà passée, les étudiants mobilisés ont peu à peu abandonné la lutte pour l’élargissement de leur rangs. L’occupation s’est imposée comme un lieu de vie et d’étude « autogéré » plus que comme un point d’appui conscient au développement de la mobilisation nationale en lien avec les autres secteurs en lutte.

Par ailleurs, la multiplication des commissions sans rôle nécessaire et l’aspect de « réunionite » ont aussi contribué à enrayer l’élargissent : les comité de mobilisation étaient en effet posés un peu de manière aléatoire, parfois quelques heures avant seulement et à certains moments plusieurs fois par jours. La communication ne permettait pas aux étudiants peu mobilisés de se tenir au courant de l’évolution du mouvement puisque même certaines AG n’étaient pas relayées sur les différents réseaux. Un phénomène de dispersion, conséquence de l’absence de plan de bataille pour gagner contre le gouvernement.

Ce phénomène de dispersion et plus largement ces difficultés à maintenir une mobilisation large ont clairement joué à la faveur de la présidence et de la préfecture pour réprimer. Le principal élément d’offensive a certainement été l’organisation forcée des partiels par voie électronique et dans des lieux délocalisés sous surveillance policière. Là dessus, une fois encore, la défaillance de revendications claires, couplée à l’absence, ou du moins le peu, de cadre de négociation ouvert avec la direction et la présidence, sur lesquels l’Assemblée Générale aurait du garder la main, a muselé la mobilisation, ne pouvant pas imposer concrètement d’alternative aux examens dématérialisés. Car bien que le 10 pour tous ait été revendiqué en assemblée générale, il s’est rapidement confondu avec d’autres exigences qui ont émané des AG d’UFR, telles que le 20/20 pour tous. Mais surtout, les assemblées réunissant peu de personnels et d’enseignants, ne sont pas parvenues à conquérir une autorité politique suffisante pour imposer leurs conditions à la présidence. Ce malgré les divisions internes que cette dernière a rencontré, notamment lorsque Patrick Gilli a décidé unilatéralement la fermeture du campus aux étudiants, l’emploi d’une compagnie de sécurité pour le moins douteuse pour faire respecter cette décision, ainsi que l’intervention policière à l’encontre des occupants.

Absence de coordination nationale réelle du mouvement, et de plan pour gagner

Les difficultés rencontrées localement sont à l’image d’un mouvement étudiant national traversé de plusieurs contradictions, notamment sa difficulté à se coordonner entre les différentes universités mobilisées au niveau national, l’absence d’une direction et d’un plan de bataille commun.

La Coordination Nationale Étudiante, composée de délégations des assemblées générales des différentes facs n’a pas réussi à conquérir cette autorité, ni à proposer un plan de bataille à la hauteur des enjeux. Freinée d’un côté par l’appareil de l’Unef, qui y a longtemps été surreprésenté en y envoyant des représentants d’AG fantômes, divisée de l’autre par la Coordination Nationale des Luttes à l’initiative de courants autonomes et regroupant des délégations d’universités importantes telles que Bordeaux, Nantes et Rennes2, la dualité de cadres a joué contre le mouvement. En effet, personne n’est parvenu à faire émerger un plan de mobilisation à échelle nationale avec des dates de manifestations régulières, des actions communes en soutien à la grève cheminote, autrement dit à déterminer notre propre calendrier de lutte. Cette défaillance s’est traduite par la soumissions du mouvement étudiant à la multiplication des dates isolées et imposées tour à tour par la CNL et par les directions syndicales de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR, et notamment du SNESUP). La manifestation locale du 14 avril appelée par la CNL a contribué à vider les rangs de la manifestation du 19 avril, pourtant journée de grève nationale. Mais surtout, les fameuses « journée de mobilisations » de l’E.S.R., appelées a peine quelques jours à l’avance et sans appel à la grève, hors du calendrier de mobilisation cheminote ont empêché de construire des journées de manifestation massives de la jeunesse et de grève forte dans le secteur de l’éducation coordonnée avec la grève à la SNCF.

De plus, l’absence de direction nationale a aussi empêché l’émergence d’une plateforme de revendications claire et lisible. Une faiblesse sur laquelle s’est appuyé le gouvernement pour relayer l’image d’une mobilisation composée d’agitateurs professionnels, complètement déconnectés des intérêts de la majorité des étudiants. Si les Assemblées Générales de Paul Valery ont mené une bataille franche pour la démocratisation de la CNE et pour lui faire jouer un rôle dans la situation, cela n’a pas suffi à changer la donne.

Malgré la répression, la colère se maintient et le crise ouverte au sein de l’université à Montpelier n’est pas refermée

Si la mobilisation étudiante montpellieraine a aujourd’hui du plomb dans l’aile et qu’il nous faut tirer certains bilans pour eretenir ce qui a fonctionné et ne pas commettre les mêmes erreurs à l’avenir, le mouvement plus général peut encore connaître des rebonds. La grève cheminote se poursuit après 15 jours de grève, et les lycéens n’ont peut-être pas dit leur dernier mot. Les premiers résultats de Parcours Sup pourraient entrainer un sursaut. Alors qu’il existe une forte pression à la dispersion dans le comité de mobilisation, il nous faut recentrer les forces autour d’objectifs clairs, faire des lycées et de la gare des centres de gravité, appuyant autant que possible la grève à la SNCF.

Parmi les acquis de la mobilisation, la crise de la présidence de Patrick Gilli, et les fractures dans l’administration et le corps enseignant suite à sa politique unilatérale et répressive l’affaiblissent pour les combats à venir. Mais surtout, la lutte contre le plan étudiant a vu émerger une nouvelle génération militante qui a fait sa première expérience cette année. Il s’agit maintenant de ne pas s’éparpiller, et de construire ensemble des cadres organisationnels tirant les bilans des réussites et des échecs des luttes passées, comme de celle de 2018, pour se donner les moyens de gagner le combat contre Macron, mais aussi son monde. Une guerre qui ne s’arrêtera pas aux vacances d’été.

Source Photo : Paul-Va lève toi




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