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Société

Qui est Carlos Ghosn, l’homme aux 15 millions d’euros de salaire annuel

« Hommes d’Affaires de l’Année », « le plus atypique de tous les dirigeants d’entreprises françaises », « citoyen du monde », « héros du Japon » Carlos Ghosn a été jusqu’à sa chute récente la coqueluche des classes dominantes et du monde des affaires. « Détenteur du grand prix de l’Economie » décerné par les Echos ou encore membre du Comité des Sources d’Énergie Nouvelles et Renouvelables de l’ONU, il est dépeint comme un patron « cosmopolite », ambitieux, déterminé, et prétendument très admiré au Japon. 

A la tête de l’industrie automobile, il est passé par Michelin, Mitsubishi avant de diriger l’empire Renault-Nissan. Mais cette ascension ne s’est pas réalisée sans sacrifices aime à rappeler le PDG. Accusé aujourd’hui d’avoir caché plus de la moitié de sa rémunération colossale au fisc japonais, il est désormais indéniable que cet « homme du monde » est surtout l’un des visages les plus sordides de l’opulence dans laquelle se vautre le patronat.

Un « enfant de la mondialisation » 

Libano-brésilo-français Carlos Gohsn s’est construit un personnage de grand patron cosmopolite, ouvert sur le monde, adepte d’une gestion « multiculturelle ». Auteur d’un ouvrage intitulé « citoyen du monde », il explique : « au Liban j’étais particulier puisque j’étais né au Brésil et que je parlais portugais. Je n’étais pas le Libanais « lambda ». Quand je suis venu en France, j’étais encore très particulier. [...] J’ai toujours été quelqu’un de différent ». Descendant d’un industriel du caoutchouc au Brésil, Carlos Ghosn a effectivement passé sa petite enfance au Brésil, avant de vivre au Liban puis d’intégrer quelques années plus tard l’école Polytechnique en France.

C’est autour de la fabrication d’une telle personnalité « atypique » que nombre de médias et de figures politiques ont défendu l’image d’un dirigeant offensif, prêt à se fixer de grands défis et à conquérir le monde. Il dispose en effet de nombreuses propriétés à travers le globe : Rio, Amsterdam, New York, Tokyo et aurait utilisé une partie des fonds de l’entreprise Nissan pour les entretenir. « Beaucoup de managers se coulent dans la tradition et font aujourd’hui comme on faisait hier. Carlos Ghosn n’est pas de ceux-là. » diront ainsi les Echos. Et pour cause … 

Du manager « révolutionnaire » au « cost-killer »

Carlos Ghosn s’est en effet très vite illustré par les coupes budgétaires drastiques opérées chez Renault entraînant la suppression de dizaines de milliers de postes. Dominique Thormann, ancien directeur financier de Renault explique lui même « il s’est focalisé sur la performance industrielle en bâtissant un plan de réduction des coûts de 500 millions de francs. Quand il l’a présenté, les gens pensaient qu’il s’était trompé d’un zéro et que même 50 millions d’économies, on n’y arriverait pas... ». C’est autour de ce type de prouesses que Ghosn s’est vu devenir un « cost-killer » : fermeture en 1997 de l’usine Renault à Vilvoorde, en Belgique, menant à la suppression de 3000 postes. Une fois à la tête de Nissan, en 1999, il se targue d’infliger « un traitement de choc » à l’entreprise : fermeture de 3 usines et licenciement de 21000 salariés. 

A la suite de ces opérations, le magazine Fortune le nomme "Homme d’Affaires de l’Année" pour la région Asie, puis en 2003, "Homme de l’Année" dans son édition asiatique. Le patron ainsi revendiqué comme auteur "d’exploits industriels méritoires" est surtout responsable de la destruction de milliers de vies destinée à lui assurer la rémunération colossale de 15 millions d’euros par an. 

Une rémunération de 15 millions d’euros par an

Patron le mieux rémunéré du Japon, il cumule deux salaires, celui de Renault et celui de Nissan : 7 millions pour le premier et 9 millions pour le second. L’équivalent peu ou prou de la rémunération annuelle de 1 000 ouvriers qui travaillent sur les chaines de montage en France. C’est la moitié de cette somme qu’il est accusé d’avoir caché fisc, en plus de trainer beaucoup de casseroles : accusations d’espionnage industriel, falsification des performances environnementales des véhicules Nissan ou encore détournement des fonds de l’entreprise pour rénover ses nombreuses propriétés. 

Dans son ouvrage, le PDG expliquait "Quand on rate sa sortie, c’est aussi triste que de ne pas réussir sa mission. Le jour où on pense à partir, il faut bien choisir son moment et partir au sommet ». Depuis quelques jours, il semblerait que Carlos Gohsn ait raté sa "sortie" et obligé de se montrer tel qu’il est : non pas "un enfant du monde" et un "industriel méritoire" mais celui qui s’engraisse sur la sueur et le travail de centaines de milliers d’ouvriers. "Un traitement étonnamment sévère ?" s’interroge alors tristement les Echos....

A l’heure où des milliers de personnes en gilet jaune se battent pour ne pas perdre leur vie à la gagner, où 20% des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté, où les fermetures d’usines, comme à Goodyear, mènent au suicides de dizaines de travailleurs, la violence est et restera du côté de Carlos Gohsn, de ses amis et de ceux qui le défendent.

Crédit Photo. Carlos Ghosn lors d’une conférence de presse à Jakarta en 2010. | AFP.




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