Politique

Qui est l’ennemi ? C’est eux ou c’est nous ?

Non, les habitants des quartiers ne sont pas de « potentiels terroristes » !

Publié le 10 octobre 2016

La démagogie outrancière, le racisme au quotidien à la télé, l’islamophobie dans les journaux : c’est reparti pour un tour. Le Journal du Dimanche a publié, ce week-end, une étude soi-disant « exclusive » qui ressemble fort à une tribune payée par le ministère de l’Intérieur, à moins qu’elle n’ait été financée par Sarkozy, ou par Le Pen, ou alors par les trois en même temps.

Le JDD dresse, à partir des « chiffres secrets de la radicalisation » un portrait-robot des « islamistes surveillés » par la police, à savoir des « potentiels terroristes ». La majorité des cas concerneraient « des garçons de 18 à 25 ans issus des quartiers périphériques des grandes villes », le plus jeune étant même un gosse de 11 ans – on se demande sur quels critères la police se base pour établir ce genre de fiche S -, et 18 % seraient des mineurs, dont « une majorité de filles ».

Il ne fallait pas en dire plus : suivez mon doigt et je vous désigne l’ennemi. Dès que l’on croisera un-e jeune banlieusard-e, pour peu qu’il-elle n’ait pas une tête de Gaulois-e, pour reprendre les derniers délires sarkozystes, et voilà qu’il pourrait s’agir d’un dangereux djihadiste. Cette campagne, absolument puante, a un objectif bien précis : enfoncer un coin au sein de notre classe, susciter le repli et la défiance, diviser notre camp social, y désigner en son sein un bouc-émissaire tout trouvé.

Et les candidats à la primaire ne sont pas en reste pour alimenter le discours. Le dernier en date, on l’aura reconnu, n’est autre que Sarkozy, ce monsieur qui habite dans le XVIe arrondissement de Paris, qui facture ses conférences à 200 000 euros et qui se présente maintenant comme celui qui « fustige les élites ». On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer. Fidèle à son habitude, il en a rajouté une couche, lors de son meeting, dimanche, au Zénith, en promettant un plébiscite sur l’internement de tous les fichés S – dont l’enfant de 11 ans, on imagine – et un autre pour mettre fin au regroupement familial. Toujours cette même logique de pointer du doigt, au sein de notre propre camp, ceux qui seraient nos ennemis : les racisés, les habitants des quartiers, les Arabes et ceux qui sont censés être de confession musulmane.

Mais nos ennemis sont ailleurs, et ils nous le font bien comprendre : ce sont les flics qui assassinent davantage en banlieue qu’ils ne sont victimes de guet-apens, ceux qui nous tabassent en manif ; ce sont les juges qui condamnent à des peines de prison ferme des syndicalistes qui se battent. Mais tous ces gens-là ont des patrons, eux aussi : un ministre de tutelle, et un président qui valide cette politique et qui croit qu’en multipliant les discours autour de la « jeunesse » et de « l’éducation », qui seraient redevenus sa priorité, il va nous faire croire qu’il est de gauche parce que les autres seraient encore plus à droite.

Il est urgent de faire front, contre les violences policières et les condamnations, dans nos quartiers et dans nos entreprises. Après le succès du meeting contre les violences policières, le racisme et l’islamophobie, du jeudi 6 à Tolbiac, il y a de nouvelles dates, à commencer par le Cabaret d’urgence de la Compagnie Jolie Môme du 16 octobre, mais aussi et surtout la défense des camarades de Goodyear à Amiens les 19 et 20 octobre, qui doit être la plus ferme et la plus résolue possible pour faire front, dans la lutte, contre le rouleau-compresseur de la réaction du PS, des Républicains et du FN. Leur machine ne semble puissante que parce qu’ils pensent avoir le terrain dégagé.

Mais il est temps que nous indiquions, nous, quels sont nos ennemis. Nos vrais ennemis. C’est la condition nécessaire de la contre-attaque.