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Politique

« Anti-système » mon oeil !

Qui sont les nouveaux députés FN ?

Alors qu’il présentait encore 122 candidats au second tour, le Front National n’a obtenu que huit députés au sein de l’Assemblée Nationale. L’échec du parti d’extrême droite devant le mur du scrutin uninominal aux élections législatives a de quoi partiellement l'invisibiliser et entériner sa défaite après son succès aux présidentielles, il fait entrer un groupe de députés trop peu nombreux pour constituer un groupe parlementaire. Mas en se consolidant territorialement au Nord et au Pas de Calais (cinq élus sur huit ), le parti de Marine LePen parvient à présenter de nouveaux pontes médiatiques et politiques dont le parcours mérite l’intérêt pour comprendre ses ambitions après une telle déroute électorale.

Dans la troisième circonscription du Pas-de-Calais, José Evrard, membre du PCF pendant 36 ans.

José Evrard est ce que l’on appelle un rouge devenu brun. Comme le rappelle Le Canard Enchaîné, il commence sa carrière politique au sein du parti communiste français dont il sera membre près de 36 ans. Il en deviendra permanent pendant près de 15 ans à Lens pour ensuite devenir secrétaire départemental du Pas de Calais. Il décide, devant ce qu’il voit comme un manque de radicalité du Parti Communiste de se tourner vers l’extrême droite en 2014 dans le prétendu intérêt des travailleurs français (lire nos articles sur les votes des membres du Front National contre les ouvriers, en France comme en Europe). “J’ai abordé ce siècle nouveau par ma rupture avec le Parti Communiste Français (...) Marine Le Pen fait appel au sens du patriotisme, dans l’économie, la culture… Ça me parle, je ne peux pas être hermétique à ce discours, il y a une concomitance de valeurs” déclare-t-il à la Voix Du Nord. Oubliant au fur et à mesure la classe ouvrière, quelles que soient les limites du PCF, son combat s’est tourné vers la défense de la bourgeoisie française et de la nation prétendument en péril devant l’immigration.

Dans la 19ème circonscription du Nord, Sébastien Chenu élu à 55,35%.

Avec Sébastien Chenu, l’étiquette anti-système qu’essaie de nous vendre le Front National ne fait pas long feu. Tout d’abord on remarquera que celui ci a été maire adjoint de la mairie UMP de Beauvais de 2000 à 2014. Il a cependant aussi multiplié ses rôles au sein du parti. Il devient par exemple chef-adjoint de plusieurs cabinets de pontes de l’UMP au début des années 2000. Il est ensuite propulsé en tant que conseiller du secrétaire d’Etat Nicolas Guedj à la Justice en 2005 puis chef de cabinet de CHristine Lagarde lorsque celle-ci est ministre du Commerce extérieur jusqu’en 2007. Il se tourne ensuite vers les médias, allant jusqu’à travailler pour France 24 puis pour le service de communication du gouvernement Fillon jusqu’en 2012, lorsque ce parfait opportuniste finit par être mis de côté par Nathalie Kosciusko-Morizet en 2014 dans le 2nd arrondissement de Paris. Rejeté de nouveau par Anne Hidalgo à qui il quémandait une place, il finit en 2015 par tourner sa veste pour le Front National qui reste le seul parti avec assez peu de scrupules pour le présenter. Il est enfin élu au sein de la région Nord Pas de Calais en 2015 pour le FN dont il souhaite réorganiser la communication. Avec ce genre de députés, le système et la bourgeoisie ont un bel avenir devant eux.

Dans la 12 ème circonscription du Pas de Calais Bruno Bilde, fils de Dominique Bilde.

Dans le cas de Bruno Bilde, le Front National s’est décidé au parachutage d’un élu sur critère de filiation. Ce cadre du Front National, inconnu du grand public et artisan des politiques d’implantation du parti à Hénin-Beaumont, se retrouve proposé aux législatives dans l’optique d’une multiplication de grands représentants médiatiques. Dans la droite ligne de Dominique Bilde, sa mère, actuelle eurodéputé FN (qui n’aura eu aucun scrupules à voter à plusieurs reprises des motions anti-ouvrières ou libérales) et proche de Steeve Briois, l’ancien mégrétiste a aussi été assistant parlementaire de Sophie Montel dont le caractère réel de l’emploi a été mis en doute comme le rappelle Libération.

Dans la sixième circonscription de l’Hérault, Emmanuelle Ménard.

Sans être membre à part entière du Front National, celle ci a obtenu son soutien. Elle est actuellement directrice du site d’opinion Boulevard Voltaire (où les délires de l’extrême-droite s’exprime à coup de “Fast Food Halal et Grand remplacement”) et enseignante en journalisme. Légalement appelée Duverger, elle s’est décidée selon l’AFP à prendre le nom de son mari, le maire de Béziers Robert Ménard, afin de présenter à l’échelle nationale la continuité des idées de celui ci. Connaissant l’extrême droite que représente actuellement la mairie de Béziers, on craint fort des futurs projets de loi proposés par cette député.

Dans la 10ème circonscription du Pas de Calais, Ludovic Pajot

Benjamin de l’assemblée pour le Front National, il est censé offrir un visage jeune aux vieilles idées réactionnaires et anti-ouvrières du parti. Ses principaux délires tournent autour de la lutte contre l’immigration, notamment à Béthunes où, lorsqu’il était conseiller municipal, il a fait de son principal combat la proposition d’une charte “Ma commune sans migrants”, demandant également l’arrêt par la commune de tout financement des associations de prise en charge de l’accueil des migrants dans le Nord Pas de Calais. Cependant, la vitesse de son parachutage par le Front National aux fonctions législatives témoigne de l’influence que le Parti ambitionne pour celui ci dans les années à venir.

Dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais, Marine Lepen finit par réussir à s’implanter à Hénin Beaumont.

Réelle place à prendre pour le Front National, après trois coups d’essais, la dirigeante du Front National, Marine Lepen obtient une maigre compensation de sa défaite au second tour des présidentielles à Hénin Beaumont. La candidature prétendument antisystème pourra en toute impunité continuer à déverser son discours à la fois de haine xenophobe et islamophobe, mais aussi son travail parlementaire ouvertement anti-ouvrier. Ses frasques telles que Révolution Permanente a pu de nombreuses fois dénoncer, montrent bien sa haine des syndicats, des luttes ouvrières, sa désaffection pour un état d’urgence jugé trop laxiste ou encore son affection pour la peine de mort et la femme au foyer. Reste à savoir si cette millionnaire prétendument anti système ambitionne, malgré l’impossibilité de créer un groupe parlementaire pour le Front National à seulement 8 députés, de continuer le rôle qu’elle a déjà porté au sein du parlement européen

Dans la 2ème circonscription des Pyrénées Orientales : Louis Aliot

Élu avec une avance minime de seulement 452 voix, avec une abstention à 54,36%, Louis Aliot, jusqu’ici député européen, est un des grands pontes du parti à entrer à l’Assemblée. Fondateur d’Idées Nations, véritable think tank du Front National, on peut se rappeler notamment de son phrasé nauséabond à propos des syndicats en lutte contre la loi travail : “Les résistances et les revendications de la CGT et Sud sont corporatistes. La grève est un système archaïque” le 14 juin 2016 auprès du journal Le Centre. De quoi questionner sur son réel rôle au sein du Parlement Européen.

Enfin, dans la 2ème circonscription du Gard, Gilbert Collard

Seul député réélu du fait de l’absence de Marion Maréchal Lepen, Gilbert Collard, l’avocat né dans un château près de Marseille et qui a défendu Charles Pasqua est actuellement le secrétaire général du Rassemblement Bleu Marine. Autres ces accès de paranoïa, l’homme était allé jusqu’à déposer une loi à l’assemblée, comme l’avait démontré le journal Contexte, afin de se dédouaner des accusations de "diffusion d’images à caractère violent de nature à porter atteinte à la dignité humaine". Bien sûr, comme si ces frasques ne suffisaient pas, on n’oubliera bien évidemment pas son rôle dans le recul des droits des travailleurs durant son premier mandat.

A travers ce groupe, on voit que le Front National a subi un échec qui n’aura su porter que ses dirigeants les plus implantés à l’Assemblée. Des ambitions et des projets prétendument anti systèmes et qui rappellent que la seule réelle alternative à leur système reste l’organisation des travailleurs pour leurs propres intérêts, dans une logique d’émancipation internationaliste, et dans le refus à la fois de la xénophobie, mais aussi du protectionnisme du Front National.




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