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Politique

Un renouvellement en marche arrière

Qui sont les premiers-ministrables de Macron ?

« Nouveauté ». C’est le maître-mot qui a été ressorti à toutes les sauces, ces quinze derniers jours pour qualifier le macronisme. Mais quand on se penche sur la liste officieuse des premiers-ministrables du nouveau locataire de l’Elysée, ce n’est pas l’impression que cela donne.

En attendant le résultat du second tour des législatives qui devrait permettre de savoir si Macron dispose ou non d’une majorité pour gouverner, l’inconnue majeure a trait à la couleur politique de celle ou de celui qui aura à remplacer pendant quelques semaines Bernard Cazeneuve à Matignon et qui devrait servir à envoyer un signal fort à l’électorat et aux soutiens patronaux du nouveau Président. Si on passe en revue la liste des premiers-ministrables, ce n’est pas franchement le renouveau, la jeunesse ni le progressisme qui prime.

Il y a tout d’abord Gérard Collomb. sénateur-maire PS de Lyon, cet éléphant « socialiste » a mis le pied à l’étrier de Macron en le soutenant dans le lancement du mouvement En Marche. Connu pour être classé très à droite au sein du PS, il s’est illustré, cet hiver, pour avoir refusé l’ouverture d’un gymnase municipal pour accueillir des SDF. Il s’agit donc bien d’un homme qui a le cœur sur la main... C’est l’aîné des premiers-ministrables, dans un mouchoir de poche avec Jean-Yves Le Drian, tous deux affichant 70 ans au compteur. On a déjà vu plus jeune.

Ministre de la Guerre de Hollande, VRP-en-chef de Dassault et actuel président du Conseil Régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian offre plusieurs avantages. Il aurait le mérite d’incarner une certaine continuité et d’incarner l’homme à poigne que Macron appelle de ses vœux : état d’urgence, lutte contre le terrorisme, interventions impérialistes, autant de sujets sur lesquels Macron est le plus hollandistes des hollandais.

Vient ensuite un petit jeunot, nouveau en politique : Bertrand Delanoë. Soutien (de poids) de la dernière heure, l’ancien maire PS de Paris ne dirait pas non à un petit deux pièces à Matignon, lui qui avait pourtant déclaré se retirer de la vie politique en cédant la place à Hidalgo. Avec ses deux mandats à l’Hôtel de Ville à la tête d’une coalition PS-PCF-écolos, ce serait la « caution de gauche », sociétalement progressiste, de Macron.

L’autre grand socialiste, soutien indéfectible d’Henri Emmanuelli quand ce dernier avait le vent en poupe, n’est autre que Richard Ferrand, député du Finistère. Symbole du transformisme en politique, il est passé du jour au lendemain de la « gauche du parti » à Emmanuel Macron. Le lien entre ces deux expériences est leur relation avec Rothschild, l’ancien président du Conseil général des Landes Emmanuelli, récemment décédé, ayant lui aussi fait ses armes dans la banque alors qu’il se lançait en politique.

Pour rester dans le Sud-Ouest, il y a également un Béarnais dans la course : François Bayrou, indémodable comme la collection automne-hiver de Cyrillus. Bien au centre, pas froissant, les dents longues mais pas trop : c’est lui qui a donné le coup de pouce décisif à Macron en déclarant qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle après l’échec d’Alain Juppé. En politique depuis 1982 avec l’UDF (feu le parti de Giscard), Bayrou est un grand ami de l’école privée et fut ministre de l’Éducation sous Balladur puis Juppé entre 1993 et 1997. Ce serait une façon d’allumer un cierge sur l’autel de Sainte Bernadette Soubirous.

Côté chrétien-démocrates, Macron n’a pas épuisé son stock. Nous ne parlerons pas ici de Jean Arthuis, proche de Macron mais à qui colle encore une vieille histoire de « recel d’abus de confiance » entre 1995 et 1997 dans le cadre du financement du Centre des Démocrates Sociaux, l’une des composantes de l’UDF. Les regards se tournent vers Sylvie Goulart, en charge du suivi de la Convention sur l’avenir de l’Europe rédigée par Giscard. Députée à Bruxelles pour le Modem, proche du chrétien-démocrate Romano Prodi - ancien président de la Commission et président du Conseil italien - elle offrirait le double avantage en termes de marketing politique d’être une femme et de ne pas faire trop d’ombre à son Président.

Toujours au niveau féminin, l’autre impétrante est Anne-Marie Idrac. Ultra-libérale convaincue, cette « bosseuse », selon ses collaborateurs au Secrétariat d’État aux Transports sous Juppé pendant les grandes grèves de novembre-décembre 1995, a notamment « bossé » à la destruction des acquis sociaux des travailleurs de la RATP puis des cheminots de la SNCF quand elle a été à la tête des deux entités.

Plus à droite encore, avec un peu de patine sociale, c’est le très juppéiste Edouard Philippe, maire Les Républicains du Havre, qui clôt la liste. Ancien du PS, proche de Rocard, il a jugé préférable de faire carrière au RPR après ce gauchisme de jeunesse. Passé par chez Areva, le tout-puissant groupe nucléaire de l’impérialisme français, il a participé à la conférence Bilderberg en 2016, club informel de la droite atlantiste dureet chef d’orchestre de la stratégie de la tension dans les années 1970. Voilà un possible « joligeste d’amitié » qui serait envoyé au mouvement ouvrier, aux dockers et raffineurs havrais, notamment.

Aucun doute, avec de tels candidats « en marche », il va falloir se retrousser les manches pour les faire trébucher.




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