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Quitte ou double, Macron attaque à nouveau les cheminots pour tenter de se relancer

Macron a amorcé un nouveau virage dans sa politique le 4 octobre. Après une séquence douloureuse pour l'exécutif, durant laquelle il a perdu la « maîtrise des horloges », il tente de reprendre l'offensive. Sa première cible : les cheminots.

Le 4 octobre, Guillaume Pepy a annoncé dans le journal patronal « Les Échos » une nouvelle attaque d’ampleur contre les cheminots : « fin du statut, disparition d’une partie des emplois, changement radical du contenu de beaucoup d’autres ». Une réforme qui n’est pas anodine dans le climat actuel, et qui ne peut qu’avoir été concertée avec l’exécutif.

« D’ici à 2026, 10 à 15 % des 140.000 postes actuels vont disparaître du fait de la digitalisation. D’autres vont naître de la croissance du trafic et des innovations industrielles. Et 35 % des postes vont voir leur contenu changer radicalement. Pour une entreprise industrielle, c’est un choc sans précédent. Les salariés se posent des questions sur le maintien de leur employabilité. Nous leur apporterons des réponses précises ». Le patron de la SNCF est donc très clair, il ouvre une deuxième phase d’offensive contre les cheminots, et pas des moindres.

Après avoir tout fait pour diviser les cheminots avec les réformes de 2018, annonçant qu’il ne touchait pas au statut des cheminots embauchés mais uniquement à celui des nouveaux arrivants, le gouvernement, par l’intermédiaire de Pepy, fait l’affront de déclarer qu’« Il ne peut y avoir de SNCF à deux vitesses, avec les statutaires d’un côté, et les nouveaux salariés, de l’autre », alors que c’est eux qui ont installé une « SNCF à deux vitesses » il y a à peine quatre mois de cela !

S’il a dû assumer une bataille avant l’été à laquelle il ne s’attendait pas, se heurtant à une grève dure et historiquement longue, Pepy a donc le feu vert pour passer à la deuxième phase du plan, s’attaquant aux cheminots déjà embauchés. Repasser à l’offensive, et surtout dès maintenant, était loin d’être un choix évident pour l’exécutif. En effet, celui-ci avait dans un premier temps cherché à répondre aux symptômes d’épuisement prématuré de la macronie par un tournant pseudo « social » marqué notamment par le plan pauvreté. Il opère donc finalement un nouveau virage, revenant aux fondamentaux, à l’image de son injonction aux retraités d’« arrêter de se plaindre » après avoir dit quelques semaines auparavant qu’il ne fallait pourtant plus « les faire chier », ou encore en relançant la réforme constitutionnelle.

Il s’agit donc pour le gouvernement de redonner un coup de gouvernail, ouvrir une nouvelle séquence après ses déboires de l’été avec la recette qui avait fait son succès durant sa première année de mandat. Comme le disait Raymond Soubie en février, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, « La stratégie de Macron, c’est le principe de la bicyclette : tant qu’on avance, on ne tombe pas ». Cécile Cornudet souligne dans son éditorial « Macron, faire pour se refaire » dans Les Échos : « Pour oublier les questions de personnes, rien de mieux que les débats de fond suscités par les réformes, fussent-elles périlleuses, estime le chef de l’Etat. ».

Une opération quitte ou double, car comme le savent très bien Macron et Pepy, la détermination des cheminots est loin d’avoir été éradiquée par cette défaite, et ce malgré la stratégie perdante imposée par la direction de la CGT lors du conflit. La bataille n’avait pas permis à Macron d’accélérer le rythme comme prévu, mais avait au contraire largement contribué à lui faire perdre la maîtrise de son agenda de réforme. C’est ce qui l’avait par ailleurs contraint à mettre en place un cadre de négociation avec les directions syndicales et patronales pour discuter de la suite des hostilités (retraites et assurances chômage notamment), quand il préférait passer outre précédemment.

Si le chef d’état est plus affaibli que jamais, pour l’heure les directions syndicales, y compris la CGT, restent l’arme au pied, voire pire cautionnent le gouvernement en participant aux négociations de l’assurance chômage. Du point de vue des directions syndicales cheminotes, si elles ont pour la plupart réagi avec un phrasé radical, pour l’heure, aucun de plan de bataille n’est proposé. La réaction de la CFDT cheminots est à noter : elle a tout de même salué la déclaration de Guillaume Pepy, son secrétaire général, ayant été jusqu’à déclarer « On sait que Guillaume Pepy veut donner une plus grande part au choix pour récompenser le mérite ». Plus que jamais il va falloir exiger des directions syndicales de quitter tout cadre de négociation quelqu’il soit et de commencer à préparer un plan de lutte à la hauteur des attaques en cours. Alors même que Macron est affaibli, c’est la seule manière d’imaginer pouvoir relever la tête, des grèves et des manifestations, surtout pas saute-mouton, les méthodes de la lutte de classes.

Photo : AFP




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