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Politique

Méthode Coué ?

Rapport Spinetta. Guillaume Pepy affirme qu’il n’y aura pas de grève

Au micro de France Info, le PDG de la SNCF, Guillaume Pepy est monté au créneau pour défendre le rapport Spinetta ce mardi. Appelant à cesser de stigmatiser les cheminots ou encore en affirmant que la SNCF ne serait pas privatisée, Pepy cherche avant tout à éviter une mobilisation d'ampleur.

« Les syndicats de cheminots, les cheminots ont intérêt à ce qu’il y ait un avenir pérenne pour la SNCF. Je suis persuadé que l’écoute et la concertation, la négociation, vont permettre d’éviter une grande grève » a déclaré Guillaume Pepy, patron de la SNCF, au micro de France Info ce mardi 20 février. Une première montée au créneau qui s’accompagne d’une série de prise de positions surprenante, comme l’affirmation selon laquelle « une société nationale c’est une société qui ne peut pas être privatisée […] La SNCF est publique et elle le restera ». Toutefois, Pepy n’est pas allé jusqu’à affirmer que le statut des cheminots survivra aux réformes à venir et à la mise en concurrence dans le secteur ferroviaire. La pilule aurait été sans doute trop grosse à faire avaler.

Car Guillaume Pepy ne chôme pas, depuis sa nomination en 2008, en matière de politique de destruction d’un « modèle français » du rail qu’il méprise. En effet, sous sa présidence, les filiales de la SNCF, souvent directement concurrentes comme dans le fret ou avec le développement des lignes de bus par exemple, se sont multipliées, préparant le terrain au démantèlement du service public du rail. Le constat est sans appel : de 187 il y a dix ans, le nombre de filiales de la SNCF atteint aujourd’hui le chiffre de 1250. De quoi sereinement préparer la mise en concurrence du ferroviaire dans l’ensemble de l’Europe à l’horizon 2020.

En soi, la sortie médiatique de Guillaume Pepy peut être interprétée comme un bon signe. En bon stratège de la lutte des classes, le PDG de la SNCF est conscient que la colère montante chez les cheminots et les usagers constitue un véritable obstacle potentiel pour la mise en œuvre des réformes nécessaires en vue de 2020. C’est bien un tiers des lignes qui sera purement et simplement supprimé tandis que le statut des cheminots sera purement et simplement détruit.

Face à cette attaque d’ampleur, la réaction de la CGT, par la voix de Philippe Martinez, ne semble pas aller dans le bon sens. En effet, le numéro 1 de la centrale syndicale a déclaré, sur les ondes d’Europe 1 qu’ « il y aura des trains au printemps, des trains qui rouleront ». Des propos qui ont le mérite d’être clairs, laissant présager que, pour les hautes sphères de la CGT, la journée de grève du 22 mars doit rester une journée d’action isolée. Une prise de position qui va à l’encontre non seulement des intérêts des cheminots et des usagers, mais aussi de ceux de l’ensemble des travailleurs, car elle empêche toute possibilité de convergence entre l’ensemble des secteurs attaqués par le gouvernement à l’heure actuelle. Pour faire bonne mesure, la CGT a annoncé vouloir présenter à Édouard Philippe ses propositions pour le ferroviaire, renouant ainsi avec la politique du dialogue social et préparant la défaite sur le terrain de la lutte des classes.

Il apparaît donc que c’est par la base qu’un mouvement d’ampleur pourrait voir le jour à la SNCF, par les cheminots, syndiqués ou non, qui voient dans le rapport Spinetta une attaque semblable à celle du plan Juppé de 1995, et qui mérite une réponse du même ordre. Alors que les milieux hospitaliers et la jeunesse se mettent eux aussi en ordre de bataille, le printemps pourrait s’annoncer

explosif. Un scénario qui, semble-t-il, hante les nuits de Guillaume Pepy.

Crédits photo : BERTRAND GUAY / AFP




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