Politique

Lepenisation de l’échiquier politique

Rassemblement contre la suppression des aides au transport pour les sans-papiers en île-de-France

Publié le 16 février 2016

La région Ile-de-France, région la plus riche de France, remportée par Valérie Pécresse (LR) lors des dernières élections régionales, a voté, jeudi 21 janvier, la suppression de ses aides aux transports pour les étrangers en situation irrégulière. La mesure a été adoptée par 131 voix pour et 64 contre, avec l’appui opportun des élus du Front National.

Elsa Méry

La région supprime ainsi une aide qui permet aux étrangers en situation irrégulière, titulaires de l’AME (aide médicale de l’État), de bénéficier d’une réduction de 75 % sur leur passe Navigo, dont le coût s’élève désormais à 70 euros par mois. Une somme considérable à débourser pour des personnes dans une situation d’extrême précarité.

« C’est une mesure de justice sociale, d’équité, et nous l’assumons », a lancé le conseiller régional Les Républicains Stéphane Beaudet, vice-président aux transports, en évoquant cette promesse de campagne de Valérie Pécresse. Et cette dernière de surenchérir au moyen de l’émission Le Grand Jury du dimanche 10 janvier : « Je la supprime complètement, ils ne peuvent pas s’offrir une télévision, est-ce que c’est notre rôle de leur offrir une télévision ? ».


Le prétexte des « économies » : une vaste mascarade …

Tout d’abord, il convient de souligner que le choix de faire profiter les bénéficiaires de l’AME d’un tarif social est loin d’être une idée saugrenue telle que semble le présenter Pécresse. En effet, l’article123 de la loi SRUadoptée en 2000 oblige les autorités de transport à offrir au moins 50% de réduction à toutes les personnes dont les ressources sont inférieures ou égales au seuil d’obtention de la CMU-C. Un plafond de ressources (8 645euros par an) qui est le même que celui sous lequel un étranger peut bénéficier de l’AME. La région Ile-de-France s’inscrivait donc simplement dans le cadre de la loi en vigueur et ne pouvait se targuer d’une générosité particulière envers les migrants.

Par ailleurs, la majorité, qui indique que 117 000 personnes sont concernées, prétend pouvoir ainsi réaliser une économie de 52 millions ou de 70 millions, le chiffre fluctuant pour des raisons obscures, mais sûrement lié au mode de calcul très acrobatique de Valérie Pécresse. Durant sa campagne, celle-ci avançait un montant de 70 millions au terme d’un calcul théorique aberrant : elle part en effet du postulat que si les 110 000bénéficiaires de l’AME n’avaient pas accès à ce tarif réduit, ils payeraient chacun 70euros mensuels pour un forfait Navigo, générant un bénéfice potentiel d’environ 70millions. Cette estimation fait délibérément l’impasse sur la situation de pauvreté extrême dans laquelle se trouvent les sans-papiers, qui peinent avant tout à se nourrir et à se loger décemment.

Il est donc clair que, loin de servir un objectif « d’économie », la suppression des aides aux transports pour les étrangers en situation irrégulière vise avant tout à stigmatiser les migrants, victimes depuis des mois de la politique raciste et répressive du gouvernement Hollande, dont la lepénisation a été avalisée par une grande partie de la classe politique.

Au service d’une mesure raciste, approuvée par le FN et … le gouvernement

Le Front National s’est empressé de féliciter la mesure. « ?Quelle fierté et quel plaisir de voir une des principales propositions du programme du FN ? » soumise au vote, a déclaré Aurélien Legrand, vice-président du groupe. Cette allégresse est probablement largement partagée par Manuel Valls qui dit n’être « pas du tout choqué par ce projet ».

Ayant soulevé des protestations de la part des conseillers PS, EELV et Front de Gauche, la disposition tombe en réalité à point. Elle permet en effet à ces organisations de se racheter une posture sociale à peu de frais, alors même que tous les députés de ces organisations ont voté la prolongation de l’état d’urgence de trois mois en novembre, ouvrant ainsi la porte à la déferlante raciste et islamophobe qui s’en est suivi : le matraquage des migrants, notamment à Calais, et la distribution massive d’Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) organisés par le gouvernement.



A l’initiative de l’UD CGT 75 et l’UD CGT 78, un rassemblement est organisé mercredi 17 février 2016 entre 10h et 12h devant le STIF, 39 Bis - 41 rue de Châteaudun à Paris.

Non à la fin du forfait solidarité transport pour les précaires sans-papiers !

Le tarif solidarité transport, qui correspond à une réduction de 50 à 100% sur les titres de transport (le pass Navigo est vendu 70euros par mois) est destiné en Île-de-France aux personnes bénéficiaires de certaines prestations et aides sociales : revenu de solidarité active (RSA), allocation de solidarité spécifique (ASS), couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) et aide médicale d’État (AME). Ce tarif a pour fondement légal l’article L.1113-1 du code du transport qui prévoit une réduction d’au moins 50% pour toute personne, indépendamment de sa nationalité ou de sa situation administrative, dont les ressources sont inférieures au plafond CMU-C, qui est aussi celui de l’AME, soit 720€ par mois.

Le Syndicat des transports d’Île-de-France (STIF) applique ce dispositif grâce aux subventions allouées par la région. Il accorde ainsi une réduction de 75% aux bénéficiaires de l’AME, c’est-à-dire à des personnes en situation précaire et sans-papiers. Cependant, le 21 janvier dernier, le conseil régional d’Île-de-France, fraîchement élu, a voté une baisse de 25% de sa subvention au STIF, en visant spécifiquement, dans sa décision, les bénéficiaires de l’AME en raison de leur situation irrégulière au regard du séjour.

En s’attaquant ainsi aux précaires sans-papiers dès le début de leur mandat, les élus poussent le STIF à instituer une politique discriminatoire et stigmatisante à l’égard d’une partie de la population.Comment, sans titre de transport, entreprendre les démarches administratives nécessaires à la régularisation de sa situation ? Comment rechercher un emploi ? Comment se rendre dans des hébergements qui, pour certains, peuvent changer tous les soirs ? Priver les personnes bénéficiaires de l’AME de la possibilité de se déplacer, c’est les réduire à encore plus de précarité, à toujours plus d’invisibilité.

Le Gisti condamne fermement la décision du conseil régional d’Île-de-France et demande instamment au STIF de ne pas céder à la tentation de la discrimination en modifiant son règlement et sa tarification à l’égard des seules personnes bénéficiaires de l’AME.

Le mardi 17 Février 2016