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Politique

Anticor demande une nouvelle enquête

Rebondissement dans l’affaire Richard Ferrand. Sera-t-il un jour condamné ?

Le fidèle d’Emmanuel Macron pensait pouvoir dormir sur ses deux oreilles. Il y a un mois, le parquet de Brest classait sans suite l’enquête sur l’affaire de corruption visant Ferrand. Mais l’association Anticor a déposé plainte à Paris afin relancer l’enquête.

Crédits : FRANCOIS GUILLOT / AFP

Il pensait, comme il l’affirmait il y a quelques semaines, que cette affaire était « derrière lui ». Confiant dans cette justice de classe, et ce malgré les multiples affaires de corruption, lobbying et détournement de fonds qui le mettaient en cause, Richard Ferrand avait appris avec soulagement en octobre dernier que « les soupçons de malhonnêteté qui pesaient [sur lui étaient] définitivement levés. » Pas tout à fait.

En effet, près d’un mois après que le parquet de Brest a classé sans suite l’affaire des biens immobiliers acquis par la compagne de Richard Ferrand via les Mutuelles de Bretagne alors dirigées par ce dernier, l’association Anticor relance l’enquête grâce à une plainte déposée au pôle financier du tribunal de Paris. De quoi redonner quelques sueurs à l’ancien ministre à qui cette affaire avait d’ailleurs coûté sa place au gouvernement pour une relocalisation vers le poste moins exposé mais néanmoins tout aussi confortable de chef du groupe parlementaire de LREM. 
 
L’affaire Ferrand débute en mai 2017, alors que ce dernier vient tout juste d’être nommé ministre de la cohésion et des territoires du gouvernement Macron. Macron qui fait alors de la « moralisation de la vie publique » le fer de lance de ce début de mandat, sous l’impulsion de son ancien garde des sceaux, François Bayrou. Le Canard Enchaîné dévoile alors une affaire de conflits d’intérêts dans des opérations immobilières remontant à 2011. A cette époque, Richard Ferrand, conseiller régional de Bretagne (mais pas encore député) est le directeur général des Mutuelles de Bretagne, un organisme à but non lucratif. Lors d’un appel d’offre visant à trouver de nouveaux locaux pour son centre de soins à Brest, l’institution choisit d’établir un contrat de bail avec la société civile immobilière (SCI) baptisée Saca, société gérée par l’avocate Sandrine Doucen, qui n’est autre que la compagne de Richard Ferrand. Histoire de pousser le bouchon de l’escroquerie encore un peu plus loin on peut noter qu’à l’époque cette société n’existe pas encore légalement et n’est même pas encore propriétaire des locaux proposés. Cette affaire, bientôt suivie par les affaires Bayrou, Goulard et Sarnez, avait commencé de lever le voile sur la supercherie de façade de renouveau politique affiché par le nouveau gouvernement. Depuis, Richard Ferrand est aussi soupçonné d’avoir détourné des fonds parlementaires pour rémunérer l’emploi fictif de son fils, d’avoir bénéficié d’un salaire de 1250 euros en tant que chargé de mission des Mutuelles de Bretagne en plus de son salaire de député de 2012 à 2017 et d’avoir facilité l’accord de plusieurs contrats de consultations juridiques en faveur de sa compagne. Une marmite familiale bien fumante qui sent la malhonnêteté à plein nez.
 
Pourtant, en octobre 2017, le parquet de Brest avait estimé que « les infractions d’abus de confiance et d’escroquerie [n’étaient] pas constituées, faute d’un préjudice avéré » et que les faits concernant l’éventuel délit de prise illégale d’intérêts étaient prescrits. Cependant, et comme le souligne Anticor, si les faits concernant les délits immobiliers alors qu’il était directeur des Mutuelles de Bretagne jusqu’en 2012 étaient effectivement prescrits (en considérant un délai de prescription de trois ans), Richard Ferrand a continué à effectuer des missions pour les Mutuelles jusqu’en 2017. 
 
Si la remise de l’affaire Ferrand sur le devant de la scène à l’initiative d’Anticor constitue un point positif, elle laisse aussi place à l’appréhension et à l’amertume de voir encore se répéter les mécanismes d’une justice de classe à deux vitesse,s toujours prompte à écraser les faibles et à acquitter les puissants. Ou à classer sans suite les dossiers les concernant.




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