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Notre classe

Zéro pointé et boycott de la Fiche Avenir

Réforme APB : le gouvernement veut faire des profs les sélectionneurs de l’université. Hors de question !

Le 30 octobre, après de deux mois de concertation, , le gouvernement dévoilait son « plan Etudiant ». Des « prérequis » on passe aux « attendus » pour faire passer la pillule de la sélection à l'entrée de l'université. Censée oeuvrer à la réussite à l'université, la Fiche Avenir n'est qu'un outil de sélection et de réduction du nombre d'étudiants à l'université, sacrifiée sur l'autel de l'austérité. Et le gouvernement compte sur les enseignants de terminale pour valider ou non ces attendus et déterminer le cursus universitaire des élèves. La seule réponse : hors de question !

« Fiche Avenir » n’améliorera pas les chances de succès à l’université. En contraignant les choix d’études des élèves, elle les mène à l’échec.

Dès le conseil de classe du premier trimestre, l’élève fait des premiers vœux d’orientation sur une nouvelle plateforme, accompagné par les enseignants. A l’issue des différents trimestres et de ses résultats, le chef d’établissement émettra un avis, baptisé « fiche avenir », sur la base des comptes rendus du conseil de classe. En effet, durant toute la terminale, les conseils de classes examineront les demandes de leurs élèves, et émettront des « fiches avenirs », que les universités pourront examiner pour choisir leurs étudiants. Supposée aider les futurs étudiants à augmenter leurs chances de succès, la réforme ouvre en réalité à l’arbitraire et fait du lycée et des enseignants les agents de la sélection à l’université.

D’abord, il n’y a rien de moins sûr que la sélection sur des critères et des résultats du lycée soient un bon présage de la réussite à l’université. D’abord parce les résultats d’un élève obtenus entre 15 et 18 ans sur des critères qui sont ceux relatifs aux exigences du lycée ne présagent pas vraiment des résultats futurs. En effet, ce raisonnement invalide toute réflexion sur le passage d’un adolescent à l’âge adulte, sur la possibilité de se chercher, de trouver sa voie, et de trouver dans une filière du supérieur, sur le surcroît de motivation et d’intérêt qui permettra à celui-ci de réussir.

Aussi, en prenant en compte ce critère de la motivation, il est absolument certain qu’une voie de formation contrainte et non désirée – ce que fera nécessairement la future réforme en contraignant les lycéens dans leurs choix - accroît très certainement les chances d’échec des études supérieures. Mais cela le gouvernement s’en moque. Il veut seulement réduire la facture.

« Fiche Avenir » : le support de la sélection à l’université et de la privatisation de l’enseignement supérieur

Quoiqu’en dise le gouvernement, cette sélection n’a aucunement l’objectif d’améliorer les chances de réussite des futurs étudiants, mais bien de stabiliser voire de réduire leurs nombres, et de continuer à baisser les budgets la concernant. Or, si les places de l’université publique n’augmentent pas, c’est bien le développement d’une offre d’enseignement privée qui devrait en profiter.

En effet, que deviendront ceux qui n’auront pas été acceptés dans la filière universitaire à laquelle ils se destinent ? Ceux, parmi les élèves dont les parents sont bien dotés du point de vue économique, trouveront à coup sûr des offres de formation privées – qui ne vont faire que fleurir avec la sélection - moins regardantes sur leurs résultats que sur leur portefeuille, pour effectuer la filière à laquelle ils aspirent.

Les autres élèves, issus des classes moyennes et populaires devront subir une orientation non désirée, s’endetter pour aller à l’université privée ou se résoudre à ne pas faire d’étude. En cela, cette nouvelle réforme ne peut qu’accentuer la reproduction sociale et la dépendance accrue des jeunes aux logiques de marché.

Les enseignant-e-s de lycée voués à être des « orientateurs » et des « censeurs » de l’avenir des élèves

La réforme compte faire reposer une partie du travail de sélection sur les enseignant-e-s du secondaire. Les mêmes qui étaient accusé-e-s par le gouvernement de ne pas suffisamment accompagner leurs élèves dans leurs vœux APB vont être chargé-e-s d’émettre un avis sur chaque vœu des élèves de terminale. Cela revient à faire effectuer un travail de tri et risque de transformer les conseils de classe qui doivent déjà donner l’avis pour le jury de bac en conseils d’orientations à rallonge. De plus, comment croire que les enseignant-e-s pourront connaître les 12 000 formations existantes ? Il est hors de question d’accepter tant cette nouvelle surcharge de travail gratuit que le rôle qui serait ainsi attribué aux professeur-e-s.

Pour faire passer la pilule, le gouvernement met en place un deuxième professeur principal chargé de préparer l’orientation des élèves. Si ces annonces peuvent paraître donner des moyens à l’Education Nationale, on peine à croire un gouvernement qui veut avant tout supprimer des postes de fonctionnaires, qui cherche à détruire les ZEP, et qui supprime des CIO (centre d’information et d’orientation), ne donne déjà pas assez de moyens pour embaucher et payer les conseillers d’orientations dans les lycées.

Les enseignants n’acceptent pas de devenir les courroies de transmission de l’auto-censure que le gouvernement souhaite imposer aux jeunes. Au contraire, l’urgence est de garantir effectivement l’égalité du droit à l’éducation et aux études supérieures et d’assurer les conditions d’une véritable formation émancipatrice. Ce qu’il faut pour assurer la réussite de nos élèves à l’université, ce sont des places et des moyens qui lui soient allouées ainsi que des conseillers d’orientation dans les lycées pour faire en sorte que les formations choisies soient le plus en phase avec le projet professionnel et les intérêts des élèves.




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