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Réforme des retraites : vers une augmentation de l’âge de départ qui ne dit pas son nom ?

La réforme de la retraite s'annonçait comme l'un des chantiers majeurs de la présidence de Macron. Dans sa volonté d'harmoniser par en bas le système des pensions de retraite, le président des riches, par l'intermédiaire de son gouvernement, a lancé une nouvelle salve contre les travailleurs en émettant l'hypothèse d'un "âge-pivot" de 63 ans pour partir à la retraite.

Régime universel : harmoniser pour mieux diminuer

C’est une des grandes promesses de campagne de Macron : instaurer un régime universel des retraites sans toucher à l’âge légal de départ qui reste à 62 ans comme c’est le cas depuis 2017. Ainsi, les 42 régimes de retraites se verraient-ils aligner sur un même modèle, celui des complémentaires retraites, qui fonctionnent toutes sur le même modèle d’une retraite par points pour simplifier le calcul de la pension.

Cette harmonisation, le président des riches l’appelle de ses vœux pour mettre fin aux « privilèges » dont jouiraient certains régimes spéciaux. Derrière cet argumentaire, il faut entendre un nivellement par en bas des retraites pour tous. Après s’être mis à dos les retraités en augmentant la CSG, Macron risque de se mettre aussi à dos les futurs bénéficiaires de la retraite. Il avait pourtant dit qu’il ne fallait plus « les faire chier ». Qu’à cela ne tienne, avec ce que leur concocte Jean-Paul Delevoye, chargé de mener la réforme pour 2019, ils auront plus d’une occasion de ne pas « arrêter de se plaindre ».

En effet, fidèle au « en même temps », Macron et son gouvernement avancent subrepticement une augmentation de l’âge de la retraite qui ne dit pas son nom, en raison d’impératif budgétaire, comme toujours. Selon les prévisions du Conseil d’orientation des retraites, le système actuel ne pourra pas soutenir un âge de départ à la retraite fixé à 62 ans d’ici les dix prochaine années. L’argument invoqué est que, comme le soulignait Dominique Seux des Echos sur France Inter, « c’est sur les actifs que la charge pèse aujourd’hui » alors que « les français ont une durée moyenne de vie en retraite de cinq années plus longue que la moyenne des pays industrialisés et avec un niveau de vie bien supérieur ». En clair, on reprend l’argumentaire présenté lors de la réforme de 2010 sous Sarkozy : il faut que les actifs bossent plus longtemps pour payer la retraite des vieux qui sont de plus en plus âgés. Or, le problème n’est pas là. Ce qu’il faut pour financer les retraites, ce sont des ressources et les actifs en produisent déjà énormément et avec une productivité croissante. Il faut seulement réinvestir ces ressources pour les retraites pour maintenir l’équilibre, sans compter que les profits réalisés par les entreprises pourraient aussi les financer sans problème. Mais on préfère encore une fois nous jouer le couplet des privilèges...

Vers une augmentation de l’âge de départ qui ne dit pas son nom ?

La situation actuelle implique de pouvoir partir à la retraite avec un taux plein seulement à partir de 62 ans si l’on a cotisé suffisamment de trimestres. Si ce n’est pas le cas, c’est seulement à partir de 67 ans que la pension sera versée complètement. Sans vouloir toucher à cet état de fait, le gouvernement tente tout de même de vouloir allonger la durée de cotisation en instaurant une décote, c’est-à-dire une baisse de la retraite si les travailleurs partent avant 63 ans. Cette mesure aurait pour effet de les inciter à retarder leur départ à la retraite. Sans modifier la loi mais en la rendant tellement désavantageuse, le nouvelle norme serait bien d’arrêter de travailler à « l’âge-pivot » de 63 ans.

Ce chiffre de 63 ans semble être le fruit d’un compromis entre les impératifs du Medef et les organisations syndicales des salariés. De son côté, l’organisation patronale aspire à un départ à taux plein à 64 ou 65 ans dans la lignée de ce qu’il a réussi à inscrire dans l’accord Agirc-Arrco de 2015, lequel stipule qu’un salarié du privé ne touche sa complémentaire à taux plein qu’après ses 63 ans. Avant, il subit une décote de 10%, de quoi en dissuader plus d’un...

Suite à l’annonce du gouvernement, les organisations syndicales, notamment la CFDT et FO, sont montées au créneau pour exprimer leur désaccord avec cette mesure. Laurent Berger n’a pas mâché ses mots en affirmant que « tous ceux qui ont dans la tête un élément paramétrique - jouer sur l’âge - pour cette réforme auront l’opposition de la CFDT » tandis que Pascal Pavageau, secrétaire général de Force Ouvrière, dénonçait une « une individualisation, un changement de philosophie avec une logique où il faut rechercher des points tout au long de sa vie » avant de conclure que « la retraite par points, finalement, c’est du travail sans fin ». Des déclarations tonitruantes qui laissent dubitatifs quand on sait que les deux dirigeants syndicaux ont été parmi les premiers à rejoindre la table du dialogue social pour négocier la casse sociale de l’assurance-chômage.

Face à l’ampleur des attaques qui touchent notre camp social, la seule solution serait de ne pas aller à la table des négociations qui va s’ouvrir mercredi prochain en compagnie de Jean-Paul Delevoye, chargé de faire passer la réforme, et de préparer un véritable plan de bataille. Or, malgré les déclarations d’intentions, les directions syndicales ne montrent pas encore de véritable volonté d’en découdre avec un gouvernement qui avance de manière implacable ses réformes, mais dont les assises sont de plus en plus faibles.

Crédit photo : En Marche




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