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Education Nationale

Réforme du lycée : que faire du « test de positionnement » en seconde ?

C’est une nouveauté de la rentrée 2018 : la frénésie évaluative de Jean-Michel Blanquer arrive au lycée. A partir du 17 septembre, le ministère prévoit de faire passer aux élèves de seconde arrivant au lycée, un « test de positionnement », national et informatisé. Le maitre mot serait de « mieux accompagner et orienter » les élèves dans ce nouveau lycée, devenu l’antichambre de Parcoursup et que ce nouveau dispositif viendrait, in fine, renforcer.

Un test pour l’accompagnement et l’orientation ?

Compréhension de la bande d’annonce du fil d’Home de Yann Arthus Bertand, émission radio sur les méfaits des jeux vidéo, voilà ce qu’il ressort de l’exercice type du test de positionnement de seconde en français proposé sur le site Eduscol du ministère. « Pas grand-chose à voir avec ce qu’on fait en classe ». Chez les profs de lettres comme ceux de mathématiques, la deuxième discipline prévue au test, l’idée d’évaluer les élèves, tout juste entrant en classe de seconde, sur des compétences qui n’ont pas été traitées en classe pose problème.

Dès cette année, 15 ou 16 ans tout justes, à peine entrés au lycée, les élèves de seconde devront être évalués en mathématiques et en français. L’objectif officiel du ministère : améliorer l’accompagnement personnalisé et faciliter l’orientation des élèves. Deux arguments déjà vantés lors du lancement de Parcoursup dont on voit aujourd’hui les effets. Car dans ce nouveau lycée « made in Blanquer », les élèves devront choisir tôt, très tôt en seconde, les trois disciplines de spécialité pour la première parmi les 11 proposées uniquement en filière générale et plus encore en filière technologique puis en éliminer une en terminale. Et qu’elles soient en cohérence avec leurs choix d’orientation dans le supérieur au risque sinon d’être recalé sur Parcoursup. Pas le droit à l’erreur. Dès 16 ans, tout doit être tracé.
Mais la nature de l’évaluation, outre son objectif, pose question : n’est-il pas biaisé d’évaluer l’ensemble du niveau scolaire des jeunes lycéens sur seulement deux compétences – les mathématiques et le français – là où certains auraient plus de facilité en langue, en histoire, en art plastique ? On sait bien, au regard du classement de Shangaï qui boycotte de très bonnes universités françaises, que les résultats des tests varient sensiblement en fonction de ce qu’on souhaite évaluer.

Qu’en est-il alors du test de positionnement à l’entrée du lycée ?

Pédagogiquement, le test ne présente pas énormément d’intérêt aux yeux des enseignants de lycée. Dépossédés de sa conception, peu en phase avec les compétences qu’ils enseignent, son intérêt pédagogique serait limité. D’autant qu’à l’arrivée au lycée, les élèves apportent avec eux leurs dossiers, et un bilan de compétence déjà réalisé en troisième, que les enseignants peuvent consulter.
Reste le mystère de son apport en terme « d’aide à l’orientation ». On comprend assez mal comment les facultés en mathématiques et en français sont à même de donner des indications sur les métiers à envisager. A moins de supposer qu’on puisse lire dans cette évaluation informatisée comme dans du marc de café ….

Un complément à Parcoursup : l’évaluation et la mise en concurrence des lycées

Les premiers résultats de Parcoursup paraissent confirmer les réticences de ses opposants : la nouvelle plateforme d’entrée dans le supérieur, qui a laissé 150 000 bacheliers sur le carreau (soit par abandon, soit par absence de proposition) aurait opéré un tri sélectif des bacheliers en fonction de leur lycée d’origine. C’est du moins ce que laisse à penser les chiffres établies dans certains lycées de la Seine-Saint-Denis : jusqu’à 10% de non affectés, et 20% d’élèves découragés ayant quitté la plateforme dans certains établissements du département. En attendant les chiffres officiels des rectorats et du ministère qui refusent toujours de communiquer, le défenseur des droits, Jacques Toubon, a lancé une procédure accusant Parcoursup de discrimination.

La sélection par le lycée d’origine opérée par Parcoursup, pour échapper à ces accusations, devra chercher à reposer sur des critères « objectifs » : la qualité de l’enseignement et le niveau des élèves. Dans ce cadre, quoi de mieux que l’évaluation informatisée et quantitative des élèves, pour établir, in fine, le classement des établissements qu’ils fréquentent ? Une forme « d’aide à la décision » pour les établissements du supérieur qui sont amenés à trier leurs futurs étudiants, et un écran de fumée « méritocratique » pour masquer l’exclusion sociale du dispositif Parcoursup à l’égard des jeunes de milieu populaire.

Avec Parcoursup, dont le « test de positionnement » devrait être un pivot, les lycées et les établissements d’enseignement supérieur vont être de plus en plus liés dans des circuits éducatifs : aux élèves des « bons lycées », les « bonnes universités ». Une logique qui ne va qu’accroitre la concurrence entre établissements scolaires, non seulement du point de vue des matières proposées, mais également du point de vue des résultats des élèves. Dans cette logique, il est facile de se figurer les usages possibles du « test de positionnement », pour dispatcher les lycéens entre différents établissements, les trier dès l’entrée au lycée, et de renforcer la sélection autant scolaire que sociale pour des jeunes âgés de tout juste 15 ou 16 ans.

Le test de positionnement : un dispositif à boycotter

Il y a un flou consciemment entretenu par le ministère sur les usages du test de positionnement. Certes, on communique sur ses prétendues qualité pédagogique, on insiste sur la meilleure prise en charge de l’orientation, le suivi individualisé des élèves… autant d’arguments invoqués au passage de la loi ORE instaurant le dispositif Parcoursup. Le fiasco de la nouvelle plateforme devrait mettre la puce à l’oreille aux enseignants des lycées : sous couvert « d’orientation et de suivi individualisé » ce sont 150 000 bacheliers qui ont quitté, faute de vœux, satisfaisants la plateforme, 40 000 qui étaient toujours en attente à la rentrée, 16 000 sans aucune proposition et orientés de force par les rectorats vers des formations non désirées.

Le « test de positionnement », nouvelle outil de triage mis en place par la réforme Blanquer doit être boycotté ! En refusant d’assurer les postes de coordinateur, d’accompagnant numérique et d’administrateur du test qui doivent piloter sa mise en place ; en refusant les surveillances des élèves pour les enseignants en charge des classes ; par l’organisation, en heure syndicale, d’une discussion et d’une prise de position collective pour protéger leur établissement et leurs élèves du tri sélectif scolaire et sociale que leur prévoit le ministère de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer.




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