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Politique

Dans les coulisses des ministères

Réforme du travail. Inquiet, le gouvernement dépose plainte contre les coupables de la fuite de documents à la presse

Depuis le début de la semaine, les révélations s’enchainent, documents à l’appui, sur les projets du gouvernement de réforme du code du travail. Après avoir, dans un premier temps, tenté de démentir, le ministère du travail vient de porter plainte contre X pour vol et recel de documents.

C’est une décision qui révèle le niveau d’anxiété qui agite le gouvernement, à deux jours seulement du premier tour des élections législatives. Après avoir tenté de déminer le dossier, le ministère du travail a donc finalement décidé de porter plainte. En cause, la divulgation de plusieurs documents internes à la presse, qui détaillaient des réformes d’envergure et surtout jamais évoquées jusque-là avec les « partenaires sociaux » : contrat de travail, durée du temps de travail ou encore sécurité des salariés et qui pourraient être négociés désormais, directement au sein des entreprises.

Si Muriel Pénicaud a assuré que cette plainte « ne concernait pas le gouvernement » mais que « l’administration avait son honneur à défendre » et répété qu’il n’y avait pas de « plan caché », cette version est plutôt difficile à croire. D’autant plus que les justifications avancées jusqu’ici par le gouvernement sur ces documents sont non seulement approximatives mais même contradictoires entre elles.
Première phase, la ministre du travail a confirmé que le document émanait de « quelqu’un de la direction générale du travail », mais déclaré qu’il ne « l’intéressait pas ». Sous-entendu, le document est une initiative non décidée par le gouvernement. Une version difficile à croire et, de plus, remise en cause par les déclarations suivantes.

Sur RTL, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a ainsi confirmé l’authenticité des documents en précisant que les documents révélés étaient « tous les sujets qui pouvaient faire l’objet d’une discussion avec les partenaires sociaux », mais n’étaient pas « la base législative sur laquelle le gouvernement veut travailler ». Une déclaration contradictoire avec celle de la ministre du Travail, mais surtout peu crédible quand on sait que le gouvernement n’a pas prévu de négocier, mais de se « concerter » avec les directions syndicales, avant de faire passer en force sa réforme par ordonnances.

Puis, un peu plus tard, Castaner s’est lui-même remis en cause. A l’issue du conseil des ministres, il a ainsi déclaré : « Dans tous les échanges qui ont eu lieu (avec les partenaires sociaux), il y a eu toute une série de sujets qui ont été abordés. Sur tous ces sujets, il a été demandé, c’est assez classique, à l’administration de travailler et d’indiquer des éléments d’analyse. Tous ces sujets ont fait l’objet d’une expertise, ils ne sont pas la base législative vers laquelle nous nous orientons. » Une version quelque peu différente de celle du matin où il affirmait que les documents concernaient les sujets qui pourraient être abordés (sous-entendu qui ne l’avait pas encore été).

Un triple couac gouvernemental qui démontre que les fuites de documents inquiètent bien plus que ce que le gouvernement veut laisser paraitre, et qui explique que celui-ci veuille passer à la vitesse supérieure à travers un dépôt de plainte. Il faut dire que le triomphalisme affiché par Macron le lendemain de son élection semble avoir bien du plomb dans l’aile. Dans le contexte de la multiplication des « affaires » concernant ses ministres et ses alliés et des annonces du gouvernement sur la casse de la sécurité sociale et des retraites, la relative accalmie sur le terrain de la lutte de classes pourrait bien être de courte durée pour Macron et Philippe.

D’autant plus que la fuite des documents en question avait eu pour effet de réveiller quelque peu les directions syndicales, et de perturber la stratégie d’endormissement mise en œuvre par le gouvernement. Même le numéro 1 de la CFDT, pourtant habitué à soutenir les attaques contre les travailleurs, s’était vu contraint de hausser un (petit) peu le ton. « Je note le démenti qui est fait par le gouvernement. Mais je le dis tout de suite : s’il veut travailler sur un certain nombre de pistes qui sont amenées dans certains journaux ces jours-ci, il faut qu’il arrête tout de suite, ça ne sert à rien de mener la réflexion car pour la CFDT, c’est non » avait averti Laurent Berger.

Mais, en réalité, ces « révélations » sont davantage des « confirmations » car le gouvernement n’a jamais vraiment caché sa volonté de casser le code du travail par ordonnances. Ce que les fuites viennent mettre en avant, plus que le « plan caché » du gouvernement, c’est davantage le jeu de dupes joué par les directions syndicales qui restent l’arme au pied alors que Macron nous déclare la guerre. C’est en ce sens que le gouvernement cherche à refermer la brèche et cherche à mettre la pression sur les responsables des fuites. A deux jours des législatives, l’heure n’est pas à une quelconque « concertation » mais à la construction d’un rapport de forces pour transformer les hésitations du gouvernement en une véritable crainte.




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