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Rejets de ruthénium 106 : il faut protéger les riverains et les travailleurs concernés !

Fin septembre-début octobre 2017, du ruthénium 106, un élément radioactif artificiel, était détecté dans l'air de plusieurs pays européens. L'origine du rejet était inconnue, aucune installation nucléaire n'ayant déclaré d'incident.

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Plus d’un mois après, on n’en sait guère plus si ce n’est que, d’après une modélisation réalisée par l’IRSN, « la zone la plus plausible [du rejet] se situe entre la Volga et l’Oural », et la quantité rejetée estimée est « comprise entre 100 et 300 térabecquerels ».

Mais pas de quoi s’inquiéter pour les autorités françaises : selon l’ASN, « les niveaux de contamination atmosphérique en ruthénium 106 qui ont été observés en France et dans les autres pays européens sont sans conséquences pour la santé et l’environnement et n’ont donc nécessité aucune mesure de protection des populations vis-à-vis du risque d’inhalation […] ». Notre soi-disant « gendarme du nucléaire » reconnaît que la contamination des denrées alimentaires pourrait avoir dépassé les seuils réglementaires européens « dans un rayon de l’ordre de quelques dizaines de kilomètres autour du point d’origine du rejet », mais pas de quoi s’affoler : compte tenu du faible transfert du ruthénium dans la chaîne alimentaire, « il n’y a pas de risque identifié pour les consommateurs en France ».

La solidarité officielle s’arrête donc aux frontières de l’Europe : pas un mot vis-à-vis du risque pour les populations riveraines du lieu du rejet, sans parler des travailleurs de l’installation à l’origine du rejet !

Pourtant, comme le souligne la CRIIRAD, la quantité de ruthénium 106 rejetée est colossale : 300 térabecquerels, ou 300 000 milliards de becquerels, « est un chiffre, à titre de comparaison, 375 000 fois supérieur au rejet annuel maximal autorisé de la centrale nucléaire de Cruas » dans la vallée du Rhône. C’est pourquoi « il est indispensable de mobiliser tous les moyens des Etats Européens (contrôles sur des denrées et produits provenant des zones incriminées, actions au niveau des ambassades) pour déterminer précisément l’origine des rejets et peser pour que les populations proches bénéficient de mesures de protection (même si elles sont tardives) ».

Selon l’hypothèse la plus probable, le ruthénium 106 pourrait provenir du site de Mayak. Cet immense complexe nucléaire n’en serait pas à sa première catastrophe : la plus grave catastrophe nucléaire avant Tchernobyl y est survenue il y a tout juste 60 ans, en septembre 1957, lorsque l’explosion de cuves de déchets radioactifs a entraîné un rejet massif de radioactivité (740 millions de milliards de becquerels) et une exposition de 272 000 personnes sur 20 000 km². Là non plus, les autorités russes n’avaient pas brillé par leur transparence : alors que la CIA était au courant depuis très longtemps, il a fallu attendre près de 20 ans pour que Jaurès Medvedev, un scientifique russe exilé en Angleterre, révèle la catastrophe. Le complexe de Mayak a connu deux autres catastrophes : le déversement d’effluents radioactifs liquides, dans les eaux de surface du bassin versant de la rivière Techa, de 1948 à 1956, et la dispersion par les vents de 20 000 milliards de becquerels de poussières radioactives en 1967, suite à une longue période de précipitations ayant asséché partiellement le lac Karatchaï dont les sédiments et terres de berges étaient fortement contaminées.

Le rejet massif de ruthénium 106 doit-il s’ajouter à la longue liste des catastrophes survenues à Mayak ? Il est urgent de vérifier cette hypothèse et, le cas échéant, de soutenir les ONG et les populations locales ! Dans tous les cas il s’agit d’une nouvelle raison de se passer du nucléaire, si dangereux, si toxique et non maîtrisable.

Commission nationale écologie

2.https://www.asn.fr/Informer/Actualites/R...
3.http://balises.criirad.org/pdf/cp_criira...
4.http://www.criirad.org/installations-nuc...




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