Politique

Qui veut du pognon ?

Rémunération. Les patrons du CAC 40 disent merci à Macron

Publié le 27 avril 2016

Les 40 patrons du CAC40 ont touché 167.6 millions d’euros en 2015. Et c’est grâce à la nouvelle fiscalité Macron. Un petit rappel, que l’exploitation ça paye, car de l’argent il y en a au pays du patronat. Et les sommes sont tellement élevées qu’il devient difficile de dissimuler qu’il vient de notre boulot...

Léo Serge

Une enquête détaillée de Facta, spécialiste des données en ligne, vient d’être publiée. Elle porte sur les rémunérations des patrons du CAC40. Résultats : 167,6 millions d’euros au total soit 4,2 millions en moyenne ! La hausse est de 11,4% sur ces mêmes 40 sociétés par rapport à 2014.
L’essentiel de cette variation s’explique par le cas d’Olivier Brandicourt, le nouveau patron de Sanofi, celui-ci a bénéficié de différentes rémunérations liées à son arrivée dans le groupe, soit en tout environ 8 millions d’euros. Joli cadeau d’arrivée, bizarrement cette pratique du petit cadeau lorsqu’on recrute un salarié n’existe pas pour nous autres...C’est vrai que c’est un peu en évitant de nous payer qu’on peut offrir ces 8 petits millions à cet homme très très qualifié qui, certainement, a des problèmes de fin de mois pour payer son jet privé…

Rapide calcul : la rémunération moyenne d’un patron du CAC40 représente donc celle de 238.6 personnes payées au salaire minimum. L’intelligence de surhomme d’un patron mérite bien ça. Car après tout, placé sur la chaîne ou dans les bureaux, il pourrait abattre facilement le travail de 200 personnes. Leur aspect irremplaçable explique sûrement pourquoi une coopérative comme Zanon, en Argentine, a décidé de faire tourner l’usine sans patron...
Fait notable de l’année 2015, les rémunérations fixes des dirigeants restent très stables. Il faut dire qu’on ne peut pas les justifier par une quelconque performance – ce Dieu de l’exploitation.

Ce sont donc les composantes variables qui expliquent largement ces rémunérations surtout les attributions d’options et d’actions gratuites. Tout se concentre en fait sur les actions gratuites, les options ayant beaucoup moins la cote aujourd’hui : les krachs passés, qui ont pu rendre sans valeur des plans entiers d’attribution d’options, ont laissé des traces. Or les patrons aiment bien le risque, mais pour les autres ! Par ailleurs, si les options continuent d’être taxées, ça s’arrange pour les actions gratuites ! Dans sa loi de 2015, Emmanuel Macron a en effet très largement diminué la taxation de ces produits que les entreprises cotées affectionnent tant : suppression d’une cotisation sociale exceptionnelle de 10% sur le gain d’acquisition, régime des plus-values au lieu de l’impôt sur les salaires pour ce revenu, taxation des entreprises en baisse et reportées de l’attribution à l’acquisition. On peut estimer que pour une attribution d’actions d’une valeur d’un million d’euros, la nouvelle fiscalité va faire gagner en moyenne environ 200.000 euros de prélèvements obligatoires au bénéficiaire et 150.000 euros à l’entreprise... Dans le Macron tout est bon pour les patrons. Mais ça bizarrement on n’en parle pas dans les médias grands publics !

Le résultat c’est que l’enveloppe d’attributions d’options et d’actions 2015 aura été ainsi supérieure de 32% à celle de 2014 sur les 40 sociétés de l’indice.
A ces pauvres patrons qui trouvent que les retraites des salariés sont trop élevées… Que font-ils pour eux-mêmes ? Et bien 33 des 39 entreprises du CAC 40 pour lesquelles l’information est disponible ont mis en place des régimes de retraite supplémentaire bénéficiant à leurs dirigeants. Peu d’entre elles sont transparentes sur la valeur des rentes ainsi constituées, qui représentent souvent des montants colossaux. L’affaire Varin du nom de l’ancien dirigeant de PSA nous rappelle que 300 000 euros brut de retraite par an est un classique dans ce monde-là.

Comment justifient-t-ils leur salaire ? Et bien c’est ce qui fait dans les entreprises de cette taille-là. Ou attention à la surchauffe mentale. Mais les journalistes de La Tribune insistent : attention les anglo-saxon sont encore mieux rémunérés. Tiens, pourquoi cette différence ? Ah non, pas de question embêtante qui oblige à parler de lutte des classes hein…
La Tribune qui est bien obligée d’admettre que le lien entre « performance » et rémunération des patrons est très très éloigné...Bref les gros nullos qui coulent la boite ont aussi le droit de se faire des fortunes indécentes sur la sueur de leurs salariés… patronat de droit divin, en quelque sorte. Heureusement, le capitalisme à visage humain – toujours à venir – a décidé de baisser la rémunération des patrons dont les boites auront des mauvais résultats – c’est la réforme dite « say on pay ». Ça nous fait une belle jambe. Bref, on mérite mieux que ces gars-là.