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Renault relaxé après un accident du travail qui a coûté la vie à un ouvrier

L’ex-directeur de l'usine de Flins ainsi que la compagnie Renault, accusés d’homicide involontaire suite à la mort d'un ouvrier de 30 ans écrasé, en 2004, sur une ligne de fabrication, ont été relaxés au pénal. La délinquance en col blanc impuni une fois de plus.

L’ex-directeur du site des Yvelines, Denis Barbier, a été relaxé au motif qu’aucune "causalité directe" n’avait pu être établie par le tribunal entre un manquement de ce dernier et le décès de la victime.

Quant-à Renault, poursuivi pour "homicide involontaire par personne morale par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité", le tribunal n’a pu déceler de "faute qualifiée » de sa part.

Pourtant, le ministère public avait requis 10.000 euros d’amende contre Denis Barbier, dont 5.000 avec sursis, et 60.000 euros d’amende contre Renault lors de l’audience du 27 février. Si Jean-Philippe Gabriel, 30 ans, ouvrier expérimenté, a été écrasé le 29 mars 2004 entre un chariot qui s’était renversé et un outil de plusieurs tonnes stocké au sol, "c’est parce qu’il n’a pas pu s’enfuir" du fait de l’encombrement de l’atelier, avait soutenu le procureur.

Lors du procès civil, Renault avait déjà été condamné le 25 mars 2008 par le tribunal des affaires de sécurité sociale de Pontoise. Le groupe avait dû verser 25 000 € aux parents de Jean-Philippe Gabriel, en réparation du préjudice moral. « Cela prouve leur responsabilité, assure Ali Kaya, responsable local de la CGT et partie civile dans cette affaire. En 2001, il y avait déjà eu un grave accident à 40 m du lieu de ce drame. Nous avions alerté notre direction sur des problèmes de sécurité. » Les conditions de travail ont été pointées du doigt par le responsable CGT : « Jean-Philippe devait gérer quatre tâches différentes en même temps, il courait de l’une à l’autre », se souvient Ali Kaya, délégué. « Pourquoi était-il seul sur cette ligne ce jour-là ? Pourquoi Renault avait stocké des énormes presses à côté de ce salarié alors qu’elles auraient dû l’être ailleurs ? Il faut des explications ». La réponse donnée à l’époque par le tribunal des affaires de sécurité sociale de Pontoise est que "Renault n’ignorait pas que le salarié exerçait des fonctions délicates dans un environnement à risque" et que "ce risque était aggravé par l’encombrement du sol et la polyvalence de l’intéressé". L’ouvrier était à la fois pontier, conducteur de ligne et élingueur. La décision du tribunal de Pontoise avait été confirmée par la cour d’appel de Versailles en 2010.

L’avocat des parties civiles, Me François Lafforgue, a déclaré que Renault et l’ex-directeur du site "s’en sortent bien (...) alors que les juridictions civiles dans la même affaire avaient toutes reconnu la faute inexcusable de l’employeur", déplorant que "la délinquance en col blanc" soit "trop peu sanctionnée en France".

Comment expliquer sinon le contraste entre la dureté de la justice envers les ex-salariés de Goodyear et la légèreté quand il s’agit d’une vie ouvrière fauchée… Encore une fois, la justice de classe est passée par là.




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