Politique

250 millions de plus pour la répression

Rencontre à l’Élysée. Hollande fait du zèle et accède à une partie des revendications policières

Publié le 26 octobre 2016

Ce mercredi, François Hollande s’est entretenu avec des syndicats de policiers à l’Élysée. Outre une enveloppe de 250 millions d’euros alloués dans un plan de sécurité publique, un groupe de travail a été mis en place, avec pour objectif une loi sur la légitime défense en novembre prochain.

Julian Vadis

L’hypothèse de voir François Hollande accèder à une partie des demandes des policiers s’est confirmée ce mercredi. Lors d’une réunion à l’Élysée, où le ministre de l’Intérieur, le président de la République et le garde des Sceaux – on appréciera le fait que la frontière entre appareil répressif et justice soit abattue – ont reçu les syndicats de police. Alors que la presse annonçait que 100 millions d’euros seraient alloués pour répondre aux exigences policières, le gouvernement a fait du zèle. L’enveloppe répressive monte bel et bien à 250 millions d’euros.

Céline Berthon : Le gouvernement PS a fait des « efforts sans précédent pour la police nationale et les forces de sécurité intérieure »

Céline Berthon, secrétaire générale adjointe du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN), a reconnu sur le plateau de BFM TV, que le gouvernement socialiste avait réalisé, tout au long du quinquennat, des «  efforts sans précédent pour la police nationale et les forces de sécurité intérieure  ». Avec des centaines de procès en cours contre les militants du mouvement contre la loi travail, un gazage et matraquage systématique de la mobilisation, un dispositif inique lors de la mobilisation COP 21 ou bien encore à Calais, sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ou à Sivens, ce qui a conduit, soit dit en passant, à la mort de Rémi Fraisse, difficile de faire un autre constat. Cependant, pour cette représentante des forces de répression, cela n’est pas suffisant. Exigeant de nouveau moyens alloués pour la « police du quotidien », n’ayant eu qu’une part trop maigre du gâteau selon elle (les quelque 900 millions injectés durant le quinquennat ayant surtout « profité » aux services de renseignements, d’interventions et à la lutte anti-terroriste), Céline Berthon a de quoi être satisfaite. Le gouvernement a « entendu  » les revendications, ce qui laisse présager une militarisation de l’espace public, bénéficiant de nouveaux gadgets, dans le cadre de l’état d’urgence permanent.

Un permis de tuer en novembre ? Un groupe de travail devra proposer une loi d’assouplissement de la « légitime défense » !

Elle est sans doute la revendication illustrant le mieux le caractère réactionnaire des manifestations policières. Alors que la mort d’Adama Traoré dans un commissariat de police a visibilisé l’impunité policière, que les violences des forces de répression ont percé le nuage médiatique via l’affaire Vadot, l’une des revendications phare des policiers reste l’assouplissement de la légitime défense. Et le gouvernement a ouvert la porte à cette revendication réactionnaire. Un groupe de travail va être mis en place, afin de proposer une loi au Parlement d’ici 3 semaines. Alors que les violences policières mutilent et tuent, dans les quartiers comme dans le mouvement social, le gouvernement ouvre la possibilité pour que l’impunité policière soit débridée. En ce sens, la présence du garde des Sceaux est hautement symbolique. L’affirmation d’une justice de classe décomplexée, en somme, par l’obtention d’un véritable permis de tuer, alors que Céline Berthon a déjà mis en garde les politiciens sur le plateau de BFM TV. Parler de permis de tuer serait « légitimer un discours de défiance envers la Police, qui ne mérite pas ça ».

Le gouvernement s’emploie donc à accélérer ces réformes sécuritaires, en s’appuyant sur la dynamique sulfureuse – et créatrice d’instabilité pour l’exécutif – du mouvement des policiers. Ces derniers sont en train d’obtenir gain de cause sur une partie de leurs revendications, allant à l’encontre de celles des travailleurs en général, ce qui démontre avec force que toute forme de fraternisation n’est, dans la période actuelle, que pure illusion. Reste à savoir si le mouvement des policiers sera canalisé par ces propositions. Des quartiers aux ZAD, en passant par les luttes du mouvement ouvrier et de la jeunesse, l’État est en train de muscler son bras armé. Un constat alarmant qui met en exergue la nécessité de l’émergence d’un front de défense des droits démocratiques.