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Monde

La menace d'une guerre commerciale entre les Etats-Unis et l'Europe.

Rencontre avec Trump : Merkel n’obtient pas davantage que Macron à savoir pas grand chose !

Trois jours après Emmanuel Macron, c'était au tour d'Angela Merkel de s'entretenir avec Donald Trump. Les discussions ont porté notamment sur les deux sujets principaux qui concernent l'Allemagne : d'une part l'exemption des taxes sur l'acier et l’aluminium pour l'Europe (qui touche à sa fin le 1er mai) qui pourrait, si elle n'était pas renouvelée, mener à une guerre commerciale entre les deux puissances ; et d'autre part la défense de l'accord sur le nucléaire iranien. Au-delà des formes, qui ont différé, Macron et Merkel se sont tous deux révélés sur le fond incapable de négocier avec le président américain, trahissant la faiblesse géopolitique de l'Union Européenne à l'égard des Etats-Unis.

REUTERS/Brian Snyder

Sauver le libre-échange pour sauver l’Allemagne : Merkel à la remorque de Trump

Après la tournée américaine de Macron, c’était donc au tour de la chancelière allemande Angela Merkel de se rendre à Washington. Si la réception fut nettement moins cordiale – seulement deux heures et demie accordée à la chancelière – le contenu des négociations n’a en rien évolué par rapport à la visite d’Emmanuel Macron. Sur les sujets les plus importants : l’accord sur le nucléaire iranien, ou les tarifs douaniers, sur l’aluminium et l’acier, l’Allemagne, comme la France, est repartie bredouille de sa visite à Washington.

En effet, au-delà des expressions (plus ou moins affichées) d’amitié, les intérêts géopolitiques dominent, et les divergences de vue entre les Etats-Unis et l’Europe – et surtout entre les Etats-Unis et l’Allemagne, n’ont cessé de s’exacerber sous la présidence de Donald Trump.

Le président américain reproche particulièrement à l’Allemagne de ne pas investir une part suffisante de son PIB dans l’OTAN (1,2% seulement, en-dessous du seuil fixé à 2%). De plus, au niveau économique, Donald Trump refuse de plus en plus d’absorber le surplus commercial allemand et n’a cessé de dénoncer le modèle allemand, qualifié d’« injuste », qui entraîne pour les Etats-Unis un déficit bilatéral envers l’Allemagne. Au niveau de l’accord iranien sur le nucléaire, dont le Président a menacé de se retirer le 12 mai, les vues européennes et américaines divergent pour des raisons économiques, mais surtout politiques (notamment concernant la stabilité de la région et la garantie que des accords multilatéraux peuvent encore être respectées). Enfin, la question des sanctions américaines à l’égard de la Russie constitue un autre point de friction avec l’Allemagne, dont les entreprises sont très présentes sur le marché russe.

Mais la chancelière dispose de peu d’atouts en vue de négocier avec le président américain. Au niveau économique, la chancelière a notamment fait un pas en la direction de Trump lorsqu’elle a déclaré qu’elle était prête à revenir sur sa proposition de taxer les GAFA américain. Mais cette concession est cependant loin de suffire à Donald Trump. Sur le fond, aucune avancée réelle n’a été réalisée. Cette impossibilité de ramener Donald Trump sur un terrain d’entente trahit non seulement des divergences d’intérêt, mais surtout la position de faiblesse économique et géopolitique de l’Allemagne, et derrière elle de l’Europe à l’égard des Etats-Unis.

Pourtant, la moindre remise en cause de l’ordre libéral multilatéral assuré jusque-là par les Etats-Unis, mais de plus en plus remis en cause par Donald Trump, toucherait d’autant plus durement l’Allemagne que son modèle d’exportation en dépend vitalement, cela pourrait ainsi accroître les contradictions économiques et politiques du « miracle allemand. »

Le revers du « miracle allemand » : un colosse aux pieds d’argile

Le modèle économique allemand repose sur l’exportation de produits à forte valeur-ajoutée, notamment des voitures, exportées principalement à destination des Etats-Unis, et de l’acier. D’un point de vue général, la chancelière allemande a toutes les raisons de s’inquiéter d’une éventuelle guerre commerciale qui viendrait à opposer les Etats-Unis et l’Allemagne. Si l’ordre économique global venait à vaciller, c’est toute l’Allemagne qui serait profondément ébranlée.

Et on voit déjà qu’à l’intérieur l’Allemagne a affaire à des contradictions qui s’expriment par de sérieux remous politiques et économiques, faisant notamment vaciller la stabilité du régime politique et menant à une coalition très précaire sous la direction d’Angela Merkel mais surtout l’accession d’un parti d’extrême-droite, l’Alternativ für Deutschland (AfD), au Parlement Allemand avec plus de 12% des voix. La poussée très à droite de la politique allemande s’affirme même au sein du parti d’Angela Merkel, la chancelière est en effet de plus en plus plus critiquée par la droite de son parti, qui la juge trop laxiste sur les questions d’immigration et l’accuse ainsi de céder terrain à l’AfD.

Mais cette montée des partis populistes extrêmes-droites en Allemagne n’arrive pas par hasard. Depuis plusieurs années déjà l’Allemagne connaît, en parallèle de l’accroissement de sa puissance économique, une hausse accrue des inégalités. Les lois Hartz, instaurant de très faibles salaires, ont permis à l’Allemagne de se tailler la part du lion sur le marché économique mondial, au détriment de la classe ouvrière qui a vu ses conditions se détériorer tandis que le surplus économique allemand ne cessait de gonfler. Ainsi, entre 2005 et 2017, le nombre de ménages sous le seuil de pauvreté est passé de 14,7 à 15,7%, ou encore la part des seniors de plus de 64 ans vivant sous le seuil de pauvreté est passée de 11 à 15%. Il est peu étonnant, en ce sens, de constater que les régions où est arrivé en tête l’AfD sont des régions post-industrielles ravagées par les inégalités.

En cela, la visite d’Angela Merkel à Donald Trump pour défendre l’ordre économique global et exempter l’Europe des tarifs douaniers s’avère une issue quasi-vitale pour l’Allemagne.

Macron-Merkel : tandem ou rivaux ?

Les médias sont tombés à court de superlatifs pour qualifier la prétendue habileté d’Emmanuel Macron dont il aurait fait montre face à Donald Trump. Pourtant, au-delà des tentatives, au demeurant fort grossières, de se faire passer pour « l’homme qui murmurait à l’oreille de Donald Trump », Macron a suivi sur toute la ligne la politique américaine, notamment en déclarant que l’accord sur le nucléaire iranien n’était pas satisfaisant. A l’opposé, Angela Merkel est apparue comme pragmatique et inflexible aux yeux des médias. Cette polarité a même pu permettre à certains analystes de qualifier de « tandem » le duo formé par Merkel et Macron.

Pourtant, au-delà des apparences d’un jeu de rôles entre Merkel et Macron, des intérêts stratégiques divergent entre les deux puissances européennes.

Macron essaie en effet de profiter du piteux état de la relation entre Trump et Merkel, mais aussi Trump et Theresa May, la première ministre britannique, pour se poser comme son principal interlocuteur au niveau européen et restaurer l’image de la France à l’international. Plus, la France tente de profiter de cette ouverture, et de des difficultés intérieures de l’Allemagne, pour surmonter à son avantage les contradictions du capitalisme européen en poussant plus loin l’intégration économique et militaire face à laquelle l’Allemagne reste pour le moment extrêmement réticente. On a ainsi vu Angela Merkel revenir sur sa proposition de taxer les GAFA américain, provoquant la colère du ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire.

Au-delà des apparences donc, des sourires de façade et embrassades (plus ou moins démonstratives), les intérêts économiques et politiques des puissances impérialistes se font de plus en plus contradictoires et ne font qu’accroître les tensions et instabilités géopolitiques globales et régionales dont l’Europe constitue un épicentre particulièrement instable.




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