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Politique

Leur unité et la nôtre

Rencontre entre FO et CGT : « historique » ou unité de façade ?

« Retrouvailles historiques » pour Le Monde, « évènement hors-norme » d’après Mélenchon. Il est vrai que vu l'histoire des deux organisations syndicales, la rencontre entre les deux bureaux confédéraux de ce lundi 2 juillet a quelque chose d'inédit.

Crédit Photo : Pavageau et Martinez à la Manif du 28 Juin / GettyImages

En 1947, naissait le syndicat Force Ouvrière. Issue d’une scission de la CGT, qui était plus puissante qu’aujourd’hui, et sous prétexte « d’indépendance syndicale » vis-à-vis du PCF, cette séparation créait une rupture énorme dans le mouvement syndical, que les classes dominantes applaudissaient des deux mains (on cite souvent le cas de la CIA qui soutenait cette dynamique en finançant largement le nouveau syndicat).

Cette arme de la division syndicale ayant montré son efficacité pour les patrons, elle fut suivie de nombreuses autres, ce qui donne une spécificité française aujourd’hui avec un paysage syndical ultra-divisé, composé de huit organisations, se faisant concurrence les unes les autres et ayant chacune ses enjeux d’appareil. Un problème ancien, puisque les révolutionnaires des années 20-30 se battaient déjà contre la division entre la CGT et la CGTU, que le souffle unitaire à partir de 1934 (« Unité d’action ! » demandaient les nombreux cortèges ouvriers) avait permis de réunifier en 1936.

Lors du mouvement de 1995, la manifestation appelée en commun par FO et CGT le 28 novembre, et la poignée de main entre Viannet et Blondel, était saluée comme « historique » elle aussi. Il est vrai que les organisations syndicales avaient grand besoin d’apparaître plus combatives et unitaires, elles qui s’était fortement délégitimées en jouant le jeu du « dialogue social » avec le mitterandisme depuis 1981, et dont les directions avaient été contestées « par la gauche », par le phénomène des coordinations entre assemblées générales, chez les cheminots en 1986, puis les instituteurs en 1987 et les infirmières en 1988. Une unité qui n’aura tenu néanmoins que jusqu’au mouvement en commun de 2016 contre la loi Travail N°1.

La loi Travail N°2 marquait déjà un recul dans cette dynamique, Mailly soutenant Macron et ses ordonnances. La base du syndicat FO contestait largement en interne, et publiquement, la ligne de son secrétaire général, et appelait à se battre contre les ordonnances avec la CGT (en témoignent les appels de nombreuses structures de FO au 12 septembre, contre l’avis de Mailly). Ce qui s’est traduit au dernier Congrès d’avril par son départ, l’élection de Pavageau, et l’exigence d’une ligne plus contestataire.

Rien qu’un « coup de comm » ?

Autrement dit, si Pascal Pavageau est à l’initiative de cette « rencontre au sommet » avec la CGT, c’est qu’il en a besoin. À la fois pour continuer d’apparaître en rupture avec son prédécesseur (sa passe d’arme récente par médias interposé va dans ce sens), et pour tenter de correspondre aux velléités de combat et d’unité de la base de l’organisation (dont l’UD du Finistère avait été le fer de lance contre Mailly).

Néanmoins, il s’est lui-même empressé de mettre un certains nombres de garde-fous. « Nous ne sommes pas des révolutionnaires », il n’y a à cette rencontre « aucun but d’ordre politique ou stratégique », et il n’en ressortira ni déclaration ni plate-forme commune. Mais alors pourquoi cette rencontre ? Pour « se connaître et échanger » répond Pavageau, assurant d’ailleurs qu’il rencontrera aussi les autres organisations syndicales, histoire de ne pas apparaître trop proche de la CGT.

Outre le rapport à ses propres militants en interne, Pavageau a aussi besoin de reprendre l’initiative médiatique. Dans une bataille du Rail qui a occupé l’espace ces derniers mois, son organisation, qui n’est pas représentative à la SNCF a été plutôt invisibilisée. C’est le sens de sa participation à la manifestation interprofessionnelle du 28 juin en commun avec la CGT, et de son appel à renouveler cela dès l’automne.

Leur unité et la nôtre

Pourtant, à la lumière de ces trois mois de bataille des cheminots, on peut regretter à la fois l’unité de façade et l’unité tardive…

L’unité de façade qui a été celle de l’intersyndicale cheminote (CGT-CFDT-SUD-UNSA), unité d’appareils plutôt qu’unité des grévistes, et qui a explosé fin juin, sans aucun contrôle par les assemblées générales, quand les bureaucraties de la CFDT et de l’UNSA ont décidé d’arrêter le mouvement de grève.

L’unité tardive, comme la « marée populaire » du 26 mai, rassemblant « le syndical et le politique » (en s’assurant de ne pas aller trop loin non plus : Mélenchon à Marseille, Martinez à Paris, et pas de suite à ce 26…), mais ne le rassemblant qu’une fois la dynamique bien retombée. « L’ambiance » de cette fin mai n’avait rien à voir avec celle de fin mars-début avril, avec le mouvement étudiant et cheminot qui démarraient dans une « odeur de 1995 »…

Déjà en 2017, dans l’article sur « Leur unité et la nôtre », nous condamnions les postures et les semblants d’unité qui mettent des bâtons dans les roues du mouvement social.

Contre leur « unité à moitié », et face à Macron et la pluie d’attaques encore à venir, les travailleurs doivent se battre pour leur unité réelle. Une unité de combat, entièrement contrôlée par les grévistes, comme celles et ceux de ONET qui ont lutté 45 jours avant de faire plier ONET et la SNCF.




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