Politique

Réformer la police ?

Rendre les flics plus sympas. La nouvelle idée de Terra Nova

Publié le 3 novembre 2016

Du jamais vu. Le think tank Terra Nova était jusqu’à présent classé « à gauche », mais sur la droite du PS. Résolument social-libéral, il s’agit de la pépinière dans laquelle ont vu le jour les projets les plus pro-Medef du PS. Mais dans son dernier rapport intitulé « Police et population : pour des relations de confiance », Terra Nova réussit à doubler le gouvernement sur sa gauche. Pas très compliqué, compte-tenu des reculades successives du gouvernement par rapport à la fronde policière. De là à en faire un rapport « de gauche », néanmoins, il y a un pas.

Jean-Patrick Clech

On apprend, néanmoins, des choses intéressantes dans le rapport. Les experts de Terra Nova en seraient presque arrivés à faire de la « contre-enquête » et de la « contre-information ». Au vu des enquêtes d’opinion, l’image de la police semblerait « plutôt bonne » au sein de la population, notamment, des classes populaires, au point de conduire certains, dans la gauche radicale et à l’extrême gauche, à perdre le nord. Ce jugement, en réalité, est loin d’être aussi uniforme. Il existe d’énormes disparités profondément enracinées dans le tissu socio-géographique des populations concernées : plus on est précaire, moins on est en CDI, plus on est racisé et plus on réside dans un quartier populaire, et plus la vision des « forces de l’ordre » se rapproche de la réalité, à savoir un corps de répression, visant au maintien d’un ordre particulier, bénéficiant d’une parfaite impunité.

D’où les pistes lancées par Terra Nova et qui circulent dans certains secteurs du PS et certains milieux progressistes pour « réformer la police » et la rendre « plus proche de la population ». La question n’est pas l’ordre, injuste, qu’elle défend, mais rendre l’opération la plus légitime possible.

On avance ainsi l’idée de privilégier une approche visant à faire prévaloir la prévention sur le tout répressif, la diversification du recrutement pour intégrer des gardiens de la paix issus des quartiers « relégués » (celles et ceux qui ont pu avoir affaire à des policiers non directement issus de la Gaule éternelle savent qu’il n’y a guère de différence), ou encore à « tendre vers un usage plus précis et parcimonieux » du contrôle d’identité, à l’origine des violences policières les plus graves dans les quartiers.

La police de New York a connu, ces dernières années, une réforme de ce type, sous la houlette de Bill De Blasio, le maire démocrate de la grande ville de la côte Est. C’est d’ailleurs en partie en s’appuyant sur ses promesses de réforme du NYPD, l’une des polices les plus violentes et racistes des Etats-Unis, que De Blasio, candidat appuyé par Clinton, a remporté les élections contre la droite républicaine et a pu arriver à la tête de la ville en janvier 2014. En termes d’efficacité policière, la question des contrôles a fait baisser le coût de fonctionnement de la police, libérant du temps pour que les patrouilles se consacrent à d’autres « tâches ». La question de l’installation de caméra au plastron des agents, en revanche, autre promesse, n’a pas été mise en œuvre depuis, montrant bien que ce sont l’ensemble des pratiques de la police qui sont, systématiquement, hors-la-loi. Par ailleurs, la politique de « diversification ethnique » du recrutement du NYPD est allée de pair avec la nomination, à sa tête, en 2014, de William Bratton, déjà patron de l’institution au début du mandat de Rudolph Giuliani, entre 1994 et 1996, et partisan de la méthode dure. L’ensemble de ces « réformes », donc, sont loin d’être incompatibles, chez les « libéraux » et les « progressistes » de l’autre côté de l’Atlantique et sont plébiscités par leurs homologues, ici. Mais le résultat, surtout, c’est qu’au niveau de la ville de New York, d’un point de vue structurel, les contrôles au faciès et le racisme des pratiques policières vis-à-vis de la communauté afro-américaine et latina se poursuivent. En témoigne le meurtre d’Eric Gardner, mort étouffé lors d’un contrôle policier en juillet 2014.

Pour revenir à l’Hexagone, le rapport de Terra Nova a ceci d’intéressant qu’il pointe, entre les lignes, le degré de délitement qui règne au sein de la police ainsi que la perception réelle des policiers d’une partie de cette base sociale qui faisait partie du « peuple de gauche » et dont le divorce avec le hollandisme semble aujourd’hui irrémédiable. Vouloir rendre les policiers plus fréquentables, rétablir des « rapports de confiance » avec la population peut avoir de multiples avantages, à la fois sur le terrain électoral mais également pour rétablir une assise légitime plus grande à une police que des dizaines de milliers de personnes disaient « détester » (de même que le PS), au cours du printemps contre la Loi Travail. Structurellement, et les « avancées » de la police new-yorkaise en témoignent, c’est l’ensemble de l’institution qui est en réalité irréformable. Et lorsqu’elle est « réformée », c’est pour lui redonner davantage de marge de manœuvre pour réprimer avec davantage de légitimité.