Société

Justice de classe

Rennes : 6 mois de prison ferme pour un manifestant. Une décision politique

Publié le 20 mai 2016

Eloïse S. Mytilene

Ce mardi 17 mai, à Rennes, un homme de 28 ans, conducteur d’engins, a été condamné à 6 mois de prison ferme pour avoir jeté cannettes et pavés sur les « forces de l’ordre » durant la nuit du 13 au 14 mai, nuit marquée par la très forte répression, puis l’interdiction de la manifestation contre les violences policières.

Cette sentence de justice qui a notamment été plus dure que les réquisitions du procureur est clairement une décision politique. Elle met clairement en lumière l’application des dernières déclarations de Valls du 3 mai dernier où il rendait « hommage au forces de sécurité, aux policiers et aux gendarmes » devant ses députés et condamnait « avec la plus grande sévérité ceux qui se livrent à des actes inqualifiables à l’égard des forces de l’ordre ».

Elle s’inscrit aussi dans un contexte répressif qui touche particulièrement l’ouest de la France, plutôt à la pointe de la contestation contre la loi Travail, notamment à Rennes et à Nantes. Avec l’appui du premier ministre, le préfet d’Ille-et-Vilaine, Patrick Dallennes, faisait interdire la manifestation « contre les violences policières » du samedi 14 mai, avec la menace d’une répression féroce par ses forces de police considérablement renforcées. Il en profitait également pour conseiller aux habitants de rester chez eux, plaçant les manifestants dans les cases « méchants casseurs » et « dangereux » pour ne pas dire « terroristes ».

Cela rentre aussi en résonnance avec les propos tenus lors d’un meeting à Evry le 18 mai, où Manuel Valls, s’appuyant sur l’exemple de la voiture de police brûlée quelques heures auparavant, dénonce « les casseurs » qui « mettent en cause les valeurs même de la République ». Le premier Ministre dira à RTL le 19 mai qu’« il n’y a aucune consigne de retenue, aucune consigne de ne pas interpeller, aucune consigne de ne pas aller jusqu’au bout pour ne pas appréhender les casseurs », autrement dit, les forces de l’ordre ont carte blanche pour arrêter toute personne pouvant correspondre au titre flou de « casseur ».

C’est donc bien une décision politique qui a abouti à une très lourde peine. Alors que les réquisitions étaient déjà de 6 mois de prison dont 3 avec sursis, il a finalement été condamné par les juges à 6 mois de prison ferme. La seule chose qu’il a dit pour se défendre a été qu’après une violente répression à son égard par les policiers en 2014 il « n’aime pas la police ».

C’est bien un signal clair que ce gouvernement veut envoyer aux manifestants qui auraient encore l’intention de s’exprimer contre une loi dont ils ne veulent pas, comme la grande majorité des salariés et étudiants en France. Ce procès, loin d’être le dernier, n’est qu’une vision de ce à quoi nous devons nous attendre pour les suivants, rappelant l’importance de la solidarité avec tous les interpellés, pour revendiquer leur liberté et une fin des poursuites, sans conditions, pour tous.