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Jeunesse

« Un SMS est envoyé automatiquement »

Rennes. Le CROUS place des capteurs dans les lits des étudiants, provoque un tollé et se rétracte

Dans une résidence universitaire de Rennes, à leur insu, les étudiants ont été les sujets d’expérimentation d’un dispositif très particulier : des capteurs connectés en temps réels étaient placés dans leur lit. Une affaire qui a provoqué un tollé médiatique, forçant le CROUS à faire machine arrière.

Crédit photo : Espace loggia

En cette rentrée 2017 à la résidence Maine 1 de Rennes, le CROUS a mis en place un concept… spécial : le lit connecté. Dans dix des 150 chambres de 9 m² que compte la résidence, des capteurs étaient placés sur le cadre des lits. Créé par une branche d’Espace Loggia Designer, pour les besoins du CROUS, ces lits connectés seraient censés faire de la « maintenance préventive ». Le directeur de la boîte se justifie ainsi : « Nous avions eu des problèmes de dégradations de matériel dans certaines résidences [...] lorsqu’un étudiant prend son lit pour une barre de tractions ou quand le matelas se transforme en canapé pour dix personnes, nous sommes au courant ». Les données sont alors transmises au CROUS par SMS qui peut envoyer des agents sur place.

Autrement dit, quoi que fassent les étudiants sur leur lit, l’établissement est au courant. Une expérience qui rime avec surveillance… généralisée. Il n’est pas difficile de deviner pourquoi ce nouveau concept pose problème, en particulier en ce qui concerne le respect de la vie privée de celles et ceux qui logent dans ces chambres. Par ailleurs, les locataires du CROUS, qui font généralement partie des étudiants les plus précaires, devraient se sentir particulièrement rassurés de savoir que – outre le fait d’être réduits à dormir dans des espaces confinés et surveillés en permanence par des maîtres chiens – de parfaits inconnus pourraient désormais être au courant de leurs moindres faits et gestes, et de s’ils dorment seuls ou non.

Le CROUS a tenté de justifier cette tentative d’espionnage par de piètres explications, qui ne sont guère plus rassurantes : « Notre objectif est seulement de planifier l’entretien préventif et d’observer l’usure du lit, pas de sanctionner les élèves. Pour ça, nous avons des veilleurs de nuit qui s’en chargent très bien. » Pendant ce temps, la firme à l’origine du projet, Espace Loggia, déclare fièrement : « C’est un test. Nous nous donnons un semestre pour régler les derniers ajustements et après nous le commercialiseront  ». Et d’anticiper déjà la suite : « On pourrait imaginer des douches qui pourraient détecter les fuites d’eau… ».

Les révélations de Ouest France concernant cette affaire ont créé un petit tollé médiatique, entraînant par la suite un rétropédalage du CROUS, qui a déclaré que « L’expérimentation portant sur dix lits connectés auprès de la résidence universitaire Maine de Rennes […] est à ce jour annulée. Les équipements seront retirés dans les prochains jours ». Mais en ajoutant tout de même : « Si jamais nous venions à relancer l’opération, ce serait dans d’autres conditions ».




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