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Politique

Crise au gouvernement

Rentrée : Macron plus affaibli que jamais

Les répercussions de l'affaire Benalla continuent à se faire sentir au sein du gouvernement. Alors qu'il affichait des airs triomphants et d’invincibilité, Macron perd de sa superbe depuis l'été tandis que les affaires qui écornent son image se multiplient : entre confusions et atermoiements sur le prélèvement à la source, démission de Hulot, fléchissement de la croissance et report de la réforme constitutionnelle. Anciennement « maître des horloges », Macron n'a, depuis l'été, de cesse de subir le calendrier. Autant de revers qui illustrent les faiblesses et l’épuisement prématuré du macronisme. A la veille de la rentrée, Jupiter est rappelé à la dure réalité, il ne paraît plus si invincible.

L’onde de choc de l’affaire Benalla : les faiblesses structurelles du macronisme mises à nues

Après seulement un an de mandat, les faiblesses structurelles du macronisme sont de plus en plus visibles. L’affaire Benalla avait déjà mis à mal le récit de « nouveau monde » que Macron tentait de bâtir, renvoyant au contraire l’image d’un très vieux monde, d’un pouvoir qui fonctionne de manière clanique. Par ricochet, suite à cette affaire, ce sont les fondamentaux mêmes du pouvoir macronien qui ont été mis à nu. La faible réactivité des ministres à monter au front pour défendre le macronisme ont mis en lumière les faiblesses de la verticalité du macronisme ainsi que les faiblesses de l’exécutif.

L’ampleur de l’affaire Benalla a été telle que l’opposition, galvanisée, avait obtenu le report de l’examen de la réforme constitutionnelle, une mesure pourtant phare annoncée de façon tonitruante par Macron au début de son quinquennat. Comme l’écrit un édito du Monde : « C’est la première fois que le gouvernement se voit contraint de repousser une réforme depuis le début du quinquennat (…) L’affaire Benalla, elle, a entraîné le report d’un chantier pourtant présenté comme prioritaire par Emmanuel Macron. »

Macron ne dicte plus le calendrier, il le subit

Si le report de la réforme constitutionnelle a déjà marqué un sérieux coup à l’image d’invincibilité de Macron, les multiples atermoiements et tergiversations de Macron sur le prélèvement à la source laissent transparaître une image de confusion, une première depuis le début du quinquennat. Si Darmanin, le ministre des Finances, affichait sa détermination à faire passer la mesure, celle-ci était surtout liée à une inertie au sein du gouvernement qui n’a pas saisi immédiatement le changement de pied opéré par Macron au sujet du prélèvement à la source.

Il n’est pas anodin qu’une réforme qui apparaissait initialement comme « technique » produise un tel remue-ménage au sein du gouvernement. En effet, il ne s’agit pas seulement de la peur d’un simple couac technique, la raison est plus fondamentale : Macron redoute l’effet politique d’une telle réforme qui diminuerait directement le salaire net d’impôt des salariés, alors que des milliards d’euros ont été provisionnées pour la cotisation sociales. Dans un contexte de popularité en baisse et d’image de Président des riches qui lui colle plus que jamais à la peau, Macron a bien conscience qu’une telle mesure pourrait le couper plus encore de sa base sociale.

La démission de Hulot : humiliation et désorganisation pour l’Elysée

Le second coup dur a été sans nul doute la démission de Hulot, numéro 3 du gouvernement. Le Ministre de l’Ecologie était un pilier important du gouvernement. Personnalité populaire parmi les français, il était le garant d’une image d’un Macron soucieux de faire entrer des personnalités de la société civile au Gouvernement et affichant sa priorité sur les questions d’écologie. Qui plus est, son départ – annoncé à la radio, sans même prévenir le Président ! – a constitué une véritable humiliation pour Jupiter, semant le trouble et la désorganisation au sein de l’Elysée. Outre que cela affiche encore plus clairement l’affaiblissement prématuré du macronisme, cela complique d’autant plus sa rentrée en forçant le gouvernement à un remaniement plus tôt et plus large que prévu – sans compter qu’il s’annonce pour le moins compliqué pour le gouvernement de trouver un remplaçant à Hulot.

Le départ imprévu du Ministre vient ainsi rappeler en filigrane que l’image d’un Macron adepte du nouveau monde et de l’écologie, d’un Macron qui fanfaronnait face à Trump en déclarant « Make our planet great again », est durablement entamée, entérinant son image d’un président de droite, comme le rapporte le journal Le Monde qui cite les propos d’un ministre « Macron ne doit pas perdre sa base électorale de la présidentielle, qui venait surtout de la gauche et du centre gauche et qui, depuis un an, s’effrite. Il faut donc envoyer de nouveau des signaux sur notre gauche ».

Plus grave encore, cette démission déstabilise dans ses fondamentaux le pouvoir macronien comme le précise un édito du Journal du Dimanche : « Car c’est bien le mode de fonctionnement de ce président "jupitérien" qui est en cause. Le départ fracassant du numéro 3 du gouvernement ne fait pas que poser un problème de ressources humaines gouvernementales. Outre le fait qu’il souligne les limites du "en même temps" et les difficultés à concilier économie et écologie, et qu’il remet en question un engagement fondamental, celui d’un changement de modèle, il contraint le chef de l’Etat à un remaniement qui souligne, en creux, les limites du gouvernement d’experts tant vanté en début de quinquennat. »

Avec ce remaniement précipité prévu mardi, le gouvernement va tenter de reprendre la main au moment où les limites hégémoniques du macronisme se font de plus en plus visibles, alors que l’année 2018 sera celle des réformes à fort potentiel explosif, avec en ligne de mire l’assurance-chômage et surtout les retraites.

Macron en perte de vitesse : les perspectives d’une rentrée à haut risque pour l’exécutif

Dans un édito paru en Mars de cette année Raymond Soubie, ancien conseiller aux affaires sociales de Sarkozy, caractérisait justement le macronisme en écrivant : « La stratégie de Macron, c’est le principe de la bicyclette : tant qu’on avance, on ne tombe pas. » Aussi, l’essoufflement du pouvoir macronien, le fait que celui-ci subisse de plus en plus le calendrier au lieu de le dicter marque un tournant important pour le quinquennat, alors que les principales réformes restent à venir. Comme le précisait déjà Soubie dans ce même édito : « Le sujet des retraites est de loin le plus risqué. Le calendrier a d’ailleurs été modifié pour qu’il n’interfère pas avec celui de la SNCF. C’est sage. L’addition des deux aurait été explosive. Au final, c’est l’année 2019, avec la discussion de la loi sur les retraites, qui sera sans doute la plus conflictuelle. »

A la situation politique compliquée pour le gouvernement, qui voit une opposition ragaillardie par les multiples affaires, les perspectives économiques se font de plus en plus moroses, limitant plus encore les marges de manœuvres du gouvernement et le contraignant à des ajustements budgétaires plus serrés que prévus. La croissance, qui était prévue à 2% en fin d’année devrait être revue à moins de 1,5%. Comme le précise les Echos : « Le gouvernement espérait jusqu’ici une croissance forte lui permettant de financer les réformes tout en réduisant le déficit public », or c’est bien le contraire qui se produit. Pour maintenir ses objectifs budgétaires, nul doute que le Gouvernement devra multiplier les couts de rabot dans les allocations sociales, sapant plus encore sa propre base sociale de plus en plus étroite.

L’affaire Benalla a révélé des brèches dans le macronisme, que les multiples revers depuis l’été sont venus confirmer. Alors qu’il attaque l’année 2019 avec en ligne de mire ses principales réformes – retraites, assurance-chômage notamment – et les élections européennes, Macron est en cette rentrée plus affaibli que jamais.

(Crédits : STOYAN NENOV)




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