Société

« Blues de la rentrée » ou malaise au travail ?

Rentrée. Septembre, ce « lundi de 30 jours »

Publié le 16 septembre 2016

Pour des millions de salariés en France septembre c’est le retour au travail après les vacances, une sorte de « lundi qui dure 30 jours ». Plusieurs journaux ont dédié des articles pour traiter de ce « difficile retour au travail » qui souvent s’accompagne de la « déprime » de la rentrée. Ces articles sont en général axés sur des conseils pour dépasser au plus vite ce moment, sur comment revenir à la « grise routine » et s’y habituer, au moins jusqu’aux prochaines vacances. Rares sont les analyses qui cherchent à pointer les conditions de travail comme cause de fond de cette situation.

Philippe Alcoy

En cette rentrée, plusieurs quotidiens ont cité notamment l’article du magazine Psychologies où l’ancien banquier Patrick Amar, devenu psychologue, donne des conseils, plus ou moins utiles selon les cas, pour faire face à ce moment spécial de l’année. Dans cet article, il n’est aucunement abordé la question des conditions de travail pour expliquer le « blues de la rentrée », d’ailleurs ce n’est pas le propos de l’articl.

Même le Financial Times s’est mêlé de la « déprime » de la rentrée… en France. Le journal de la City de Londres cite également Patrick Amar, dans un article rempli de préjugés sur les soi-disant « privilèges des travailleurs français » et le « trop généreux modèle social français » qui permettrait même aux SDF de partir en vacances ! Dans cet article, Amar explique que cette « anxiété post-été » est grande partie due à la « structure des vacances en France ». En effet, pour lui le problème viendrait du fait que les gens concentrent leurs vacances pendant l’été au lieu de les étaler sur toute l’année.

Cette façon d’aborder le problème, d’une part conseillant les gens sur la meilleure façon de s’adapter rapidement au rythme de l’aliénation quotidienne, et d’autre part en expliquant que le problème est lié à l’organisation des vacances, voire à la trop grande quantité de vacances, c’est une belle manière d’enlever toute responsabilité à l’organisation du travail, d’occulter la souffrance profonde qui existe dans les lieux de travail en France. Ces mêmes conditions d’exploitation qui provoquent tant d’accidents de travail, qui parfois coûtent leur vie aux salariés, sans même évoquer cet aberrant phénomène des suicides qui se multiplient sur les lieux de travail.

Cette situation pourrait encore empirer dans les années à venir si le patronat et le gouvernement arrivent à faire appliquer dans les entreprises et lieux de travail la contestée Loi El Khomri. Ce n’est pas un hasard si cette réforme a touché aussi profondément au sein de la classe ouvrière et de la jeunesse qui connait des taux de précarité honteux.

Dans ces articles on « oublie » également que la grande majorité des salariés ne peut pas choisir quand prendre des vacances ni comment les organiser. Mais on oublie aussi qu’en France une part de plus en plus importante de salariés ne part même pas en vacances. En 2016 par exemple, 40% des salariés ne sont pas parti en vacances dont 63% pour manque de ressources.

Dans ce contexte il est tout à fait compréhensible que beaucoup de salariés ressentent cette anxiété, ce malaise, cette déprime face à la rentrée, face au retour au travail, au stress, à la pression, aux transports publics de mauvaise qualité et saturés, à l’angoisse de ne pas savoir si on va pouvoir continuer à se faire exploiter ou si on sera condamné à perdre même ce « droit à l’exploitation ». Mais la pire des attitudes serait la résignation. Au contraire, il faut multiplier les discussions avec les collègues, et l’organisation collective pour empêcher que le patronat imposent des conditions de travail de plus en plus dures et aussi pour gagner de nouveaux droits et améliorations dans notre au quotidien au travail.

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