Politique

Dans l’Hérault non plus, ce n’est pas fini

Rentrée des luttes à Montpellier. Une manif déterminée mais divisée

Publié le 16 septembre 2016

Plus d’un millier de manifestants se sont mobilisés contre la loi travail et son monde dans les rues de Montpellier hier : de quoi faire du 15 septembre non seulement une rentrée réussie, mais surtout une base sur laquelle s’appuyer pour que la lutte reprenne. La manifestation a cependant été marquée par l’attitude de la direction de l’intersyndicale, et notamment de l’UD34 CGT, qui a tout fait pour couper le cortège des travailleurs de celui de Nuit Debout et de la jeunesse, et éviter ainsi le tous ensemble. Des pratiques délétères que la masse des travailleurs constituant la base des syndicats doivent combattre à tout prix pour éviter une nouvelle défaite.

Dom Thomas

Continuons le début

A en croire l’édition locale du gratuit 20 minutes, la rentrée sociale ne devait pas être chaude à Montpellier ce jeudi 15 septembre : aucune trace d’annonce de la manifestation à la Une, et un mini-encart national en bas de page, visant à bien convaincre les lecteurs que l’échéance serait la dernière, « le clap de fin », après une journée de mobilisation ratée le 5 juillet. Midi Libre, quotidien local, n’avait manifestement pas prévu non plus un dispositif de couverture conséquent, vu la brièveté des informations rapportées. Mais n’en déplaise aux quotidiens et à leurs propriétaires, la rue n’a pas dit son dernier mot, pas plus à Montpellier qu’ailleurs : c’est qu’il y a de quoi faire après les trois passages en force de la loi et la déferlante réactionnaire subie cet été.

Pour les lycéens de Jean Monnet, la mobilisation avait commencé dès l’aube. Après avoir tenté de bloquer leur lycée, et s’être fait déloger la police, une cinquantaine d’entre eux a rejoint les étudiants devant l’université Paul Valéry, débordant d’une énergie salutaire. Sur place, barrages filtrants et tractages étaient en place, avec une bonne réception même si le départ aurait pu être plus massif. Au final, un cortège d’une centaine de personnes s’est mis en route dans une chaude ambiance, pour venir grossir les rangs du cortège de Nuit Debout une fois arrivés place de la Comédie. Ce sont dont plus d’un millier de jeunes et de travailleurs qui ont ainsi convergé au rendez-vous fixé par l’intersyndicale FO-CGT-Solidaires-FSU à 11h30, pour qu’on n’enterre pas leur printemps !

La direction de la CGT34 contre le tous ensemble

A midi, jugeant qu’il était l’heure de bouger et que la lutte n’attendrait pas, le cortège de la jeunesse et de Nuit Debout s’est mis en branle dans une ambiance déterminée et combative. Mais pas les camions des syndicats. Moment de flottement. Que se passe-t-il ? Devant l’hésitation, quelques drapeaux Sud-Solidaires sortent des rangs et se placent derrière le cortège de tête.

Pour un des dirigeants locaux de la CGT, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase – ou le prétexte idéal ? Après une tentative pour reprendre la tête du défilé, ratée malgré l’aide proposée par la police, le SO de la CGT, sous la direction du dirigeant en colère, fera tout pour isoler le cortège de tête, et ce pendant toute la durée de la manifestation. Commence alors un défilé en deux grandes grappes séparées d’une centaine de mètres par le SO de la CGT, qui joue le rôle de cordon sanitaire.

La jeunesse et Nuit Debout devant, menant la danse, adoptent un parcours plus long que celui initialement imposé par l’intersyndicale – un ridicule 600m entre Comédie et Préfecture, pire que letour de bassin imposé par le gouvernement à Paris en juin – et font un crochet par la gare, hantise de la police. La direction de l’intersyndicale est bien obligée de suivre, mais freine des quatre fers. Une petite rue de biais est d’ailleurs l’occasion rêvée pour le SO de la CGT de tenter de reprendre le contrôle en devançant le cortège de tête, là encore avec l’aide de la police ; mais des manifestants l’en empêcheront en bloquant le camion pour laisser le temps au cortège de tête d’arriver. A partir de là, c’est carrément une voiture de police banalisée qui assurera le cordon sanitaire entre le cortège des travailleurs et celui de tête, roulant quasiment dans le rang du SO.

Dès que l’occasion s’en présentera une nouvelle fois, le cortège syndical obliquera pour devancer le cortège de tête au point de rendez-vous final, refusant délibérément d’apporter son soutien à la manifestante inculpée le 9 mars qui passait en procès quelques heures après la manifestation. Sauvant l’honneur et montrant leur refus de la politique menée par la direction de l’intersyndicale, une partie de la base de Sud-Solidaires se détachera alors des rangs et viendra grossir le cortège de tête.

Face à la combativité du cortège de tête, la réponse de la direction de la CGT34, suivie par l’intersyndicale, a donc consisté à l’isoler pour empêcher toute possibilité de convergence avec les travailleurs – de la même façon qu’au printemps, les dates de mobilisation syndicale particulièrement espacées permettaient d’éviter la jonction avec le mouvement étudiant, menacé par le calendrier universitaire. Mais cette attitude constitue aussi un signe clair donné à la police : « vous pouvez réprimer, nous ne sommes pas avec eux » ! Une politique des directions syndicales qui, dans les faits, aboutit à la division sectorielle, à l’opposition des « bons manifestants » et des « casseurs » et... à la défaite. Nationalement, la CGT et FO appellent désormais à mener la bataille entreprise par entreprise sur le terrain juridique ; localement, l’intervention de fin de défilé de FO a exhorté le gouvernement à réouvrir le dialogue social pour éviter « les jacqueries » qui « tourneront mal » !

La réaction des travailleurs qui ont rompu les rangs, dépassant les camions-sono, est salvatrice afin d’engager un mouvement de rupture avec cette stratégie consciente de la défaite. Nos interlocuteurs privilégiés ne doivent être ni la police ni le gouvernement, mais bien notre propre camp !

Violente répression et interpellations en fin de manifestation

Après le rendez-vous commun à la Préfecture, et malgré le refus de l’intersyndicale d’aller soutenir la camarade inculpée, le cortège de tête s’est dirigé vers le tribunal de grande instance, lieu du procès, puis sur la place du Peyrou. Moins nombreux, les manifestants constituaient alors une cible facile. Au moins quatre interpellations violentes ont eu lieu.