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Politique

Rentrée sociale

Rentrée des lycées après l’échec de Parcoursup

C'est la première rentrée dans les lycées après un été marqué par l'échec cuisant de Parcoursup, mais c'est aussi la dernière avant la mise en place définitive du lycée modulaire et du bac local qui veulent finir d'entériner la sélection sociale.

Le jour de la pré-rentrée, difficile de ne pas avoir en tête les chiffres de Parcoursup et l’échec total de la plateforme vendue par la Ministre comme une solution aux insuffisances d’APB, l’ancien système d’orientation post-bac. En effet, ce ne sont pas moins de 15 000 étudiants qui n’ont toujours pas d’affectation et 47 000 qui sont inactifs avec le système Parcoursup, alors qu’avec 6000 jeunes laissés sur le carreau l’année dernière, on parlait déjà de catastrophe. Mais à ces chiffres alarmants on peut encore ajouter les 100 000 élèves qui ont répondu « oui, mais » et qui attendent donc encore une affectation satisfaisante pour eux et les 160 000 qui ont quitté la plateforme et dont une partie s’est précipité vers les formations privées.

Mais cette pré-rentrée était aussi l’occasion de présenter le nouveau lycée modulaire qui sera mis en place à la rentrée prochaine et la réforme du bac qui devrait être effective pour 2021. Dans ce nouveau lycée, il n’y aura plus de filières mais un tronc commun et tout un ensemble d’options pour individualiser les parcours. Le principal écueil de cette nouvelle structuration est que cela va fortement creuser l’écart entre les élèves qui auront les moyens de se projeter dans de futures études post-bac à l’âge de 15-16 ans et ceux qui n’auront pas ces moyens et qui risquent de choisir une orientation qui leur portera préjudice au moment d’entrer dans le supérieur. Cette réforme marque ainsi un tournant dans les effets d’auto-sélection et d’éloignement des classes populaires déjà à l’œuvre dans l’enseignement, et entérinant la tendance à une homogénéisation croissante des établissements qui avantagent les classes les plus aisées et pénalisent encore plus les classes populaires. Comme l’écrivent Laval et d’autres sociologues dans leur ouvrage « la nouvelle école capitaliste », le principe de « l’orientation », martelée par Blanquer et le gouvernement, vise en fait à individualiser d’autant plus les choix des étudiants pour mieux dédouaner le système dans son ensemble : « Cette normalisation a ceci d’original qu’elle procède essentiellement par injonction individuelle. Il ne s’agit pas de plier l’élève aux règles d’une institution scolaire uniformisante, mais de le rendre au contraire au plus tôt et le plus complètement possible individuellement responsable de son destin scolaire. Ses réussites et ses échecs relèvent désormais d’un usage stratégiques personnel, judicieux ou défaillant, des compétence acquises et mobilisées pendant son cursus... On comprend alors pour quoi et comment les vieux schémas du « mérite individuel » trouvent à se recycler dans la politique scolaire néolibérale, en lie et place d’une politique redistributrice et correctrice des inégalités. » p. 192

Du côté des enseignants, le lycée modulaire va instaurer une véritable compétition entre les disciplines, déstructurant les équipes au nom des bienfaits de la concurrence. En effet, qui peut honnêtement prétendre que l’option « Humanité, littérature et philosophie » fera autant recette que celle de mathématique ou « Numérique et science informatique » ? Cette logique d’option ouvre également la porte à une logique de sélection où les meilleurs seront prioritaires pour accéder aux options qu’ils désirent prendre.

Enfin, la réforme du bac entraine la mise en place d’un contrôle continu extrêmement lourd avec plus de 20 épreuves à faire passer en deux ans et qui comptera pour 40 % dans la note finale du bac. Avec ce système, le bac sera localisé ce qui renforcera la concurrence entre les établissements mais permettra également une sélection plus forte pour les établissements du supérieur qui pourront ainsi mieux sélectionner les futurs étudiants en fonction de leur lycée d’origine et de sa réputation. Cette logique est déjà à l’oeuvre dans nombre d’établissements, comme en Seine-saint-Denis où beaucoup d’élèves n’ont eu aucun de leurs vœux acceptés malgré de bons dossiers, ou encore dans l’Outre-Mer où la major du bac n’a pas eu toutes ses demandes de vœux réalisées. A ce tarif là, « l’école de la confiance » dont Blanquer nous rebat les oreilles a tout d’une vaste fumisterie.

A l’épreuve du macronisme, l’éducation nationale n’a pas répondu de manière suffisante à l’ampleur de ces réformes d’une part en raison d’une certaine apathie voire parfois adhésion au modèle de la sélection mais aussi par l’attentisme du Snes-FSU qui n’a proposé que des journées de grève saute-mouton et n’a pas poussé à la convergence avec les cheminots et les étudiants. Cependant, qu’il s’agisse de l’échec patent de Parcoursup, de l’attaque programmée contre le statut de fonctionnaire contenu dans le plan CAP 22 ou encore de la réforme des retraites à venir – autant de réformes qui attaquant sa base sociale – s’ouvrent de multiples brèches et opportunités de mobilisation non seulement pour une éducation ouverte à toutes et à tous, mais aussi contre les politiques anti-sociales de Macron et pour la défense d’un service public aux intérêts de la majorité face à un gouvernement plus affaiblie que jamais par l’affaire Benalla et ses multiples répercussions, et encore plus récemment le départ de Hulot.

Crédits photos : YVES MALENFER / MATIGNON




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