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Politique

Contre le Front Républicain

Réponse d’un étudiant à Philippe Torreton : « je m’abstiendrai, dimanche, pour mon futur et le tien »

Vendredi 28 avril, l’acteur et homme politique Philippe Torreton, publiait une tribune dans l’Obs « Lycéens et lycéennes, ne vous trompez pas de combat ». Un étudiant a souhaité lui répondre dans nos pages.

Crédits Photos : LIONEL BONAVENTURE/AFP

Philippe, tu as voulu nous adresser hier un message dans l’Obs, en nous demandant de « ne pas nous tromper de combat »->http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170427.OBS8674/lyceens-et-lyceennes-ne-vous-trompez-pas-de-combat-par-philippe-torreton.html. Si tu adresses cette tribune aux lycéens et lycéennes, je me sens aussi visé, car je suis étudiant, j’ai 21 ans, et que moi aussi j’ai participé aux premières manifestations contre Macron et Le Pen. Je voudrais te dire quelques mots, quelques sentiments qui sont partagés par beaucoup de mes camarades de classe ou de manif, contre ton (ou plutôt votre) idée selon laquelle il faudrait voter Macron pour contre Marine Le Pen.

Je suis né en 1996. Je n’ai pas subi le « traumatisme d’avril 2002 ». Depuis que j’écoute les JT, que le lis des journaux ou que j’écoute les vieux, on me dit de me faire à l’idée qu’on vivra dans un monde merdique, dans un monde de chômage et de précarité, un monde que je subis déjà (je suis surveillant pour moins de 10€ de l’heure pour payer mes études) et on nous dis que demain, il va falloir accepter encore une fois ce monde qui n’a pas été construit par nous mais contre nous. On serait la génération sacrifiée, par la crise qu’on causé certains pour remplir leur compte en banque, par les politiques qui soutiennent ces derniers et qui ne veulent rien remettre en cause. Cet état de fait, on n’en veut pas, on n’acceptera pas cette promesse de non-futur, de misère et de chômage.

Tu nous dis « vous n’êtes pas des politiques, vous n’avez pas de fonds de commerce, vous ne pouvez pas craindre que votre jeunesse s’abîme en appelant à voter Macron. Votre jeunesse est plus forte que cela, votre jeunesse n’a pas de déceptions électives à caresser dans le sens du poil, votre jeunesse n’a rien à marchander, votre jeunesse n’a pas de plan B européen, votre jeunesse n’est pas souverainiste, votre jeunesse en cela est dans le sens de l’histoire.  » pour tenter de nous convaincre de voter pour un banquier qui a préparé et rédigé une loi contre laquelle on a bloqué nos facs et nos bahuts durant quatre mois au printemps dernier. Quand tu dis que notre jeunesse ne s’abîmera pas en votant Macron, je pense que tu te trompes : le choix qu’on nous donne, c’est celui de la potence ou de la guillotine ; c’est celui du racisme et du nationalisme contre le néolibéralisme le plus dégueulasse. Je me souviens d’un échange avec un gamin de Liverpool dont les deux parents étaient au chômage ; il me disait « tout ça c’est la faute de Thatcher » ; leur pauvreté m’avait choqué, c’est celle qu’on a vu dans I Daniel Blake, le film de Ken Loach qui est sorti cette année. Voter Macron, c’est voter cette pauvreté, cette misère, ce chômage ; c’est se résigner à être « la génération sacrifiée ».

Evidemment, pas un vote pour le FN, mais pas un vote pour Macron non plus : je ne donnera pas de billets au bourreau qui voudra m’exécuter demain, je ne lui donnerai pas ma voix. Voter Macron, ce n’est pas s’abîmer, pour nous, c’est se suicider. La seule voix que je donnerai aux présidentielles, c’est un cri, en manif qui dira que quel que soit le candidat élu, on se battra contre lui. La seule phrase dans laquelle je me reconnais, c’est quand tu dis que notre jeunesse est le sens de l’histoire. Effectivement, à nous reviens le devoir de ne pas lâcher un centimètre face au racisme, à l’homophobie, au libéralisme, au recul des droits syndicaux et politiques. A nous reviens de nous construire un avenir, avec tous les salariés et les ouvriers du pays qui ont bloqué avec nous la France au printemps : mon avenir, mon combat, il se fera avec les dockers, les raffineurs et les cheminots, en aucun cas avec Macron à l’Elysée.




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