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Notre classe

Colloque de la honte

Réponse de RévolutionPermanente à M. Aufrere de la CFDT

Suite à l'article publié sur RévolutionPermanente.fr sur le colloque organisé par la CFDT cheminots, M. Aufrere a désiré un droit de réponse que nous avons publié. Aujourd'hui nous apportons une réponse.

M. Aufrere,

Vous avez souhaité un droit de réponse à notre article concernant le colloque que vous organisez le 14 Décembre prochain avec, comme nous l’avons indiqué, le gratin du patronat des transports.

Votre droit de réponse sera bien entendu publié, non pas parce que la loi nous y oblige, mais parce que nous sommes aussi pour les débats publics, notamment celui que vous ouvrez à travers votre « droit de réponse ». C’est pour cela que dans la suite de ce dernier, nous nous permettons de continuer le débat, car le contenu de votre courriel, vous le comprendrez, ne nous laisse pas sans devoir y répondre.

Nous tenons tout d’abord à vous remercier de votre attachement à la presse libre et de l’intérêt que vous portez à notre média, qui nous l’espérons vous donnera envie de quitter le syndicalisme de collaboration pour un syndicalisme de lutte et révolutionnaire, si tant est que de révolution vous compreniez le sens à la vue de l’attachement que vous avez à ce système étatique et à la Vème république. Nous ne sommes ni jacobin ni souverainiste comme vous pouvez l’être mais nous sommes internationaliste. Ni républicain ni patriote, nous nous revendiquons de la classe ouvrière.

Vous reconnaissez l’économie de marché, « ses exigences, ses atouts et ses espoirs », nous sommes anticapitalistes jusqu’au bout des ongles. Les atouts, les exigences et « les espoirs » de l’économie de marché, nous les connaissons : précarité, pauvreté, licenciements de masse, impérialisme, guerres, évasion fiscale, destruction environnementale. Oui vous avez raison, le capital est exigeant, voulant toujours plus, et les atouts qu’il a se comptent en milliards dans les paradis fiscaux.

Nous ne pouvons vous reprocher votre politique de collaboration de classe assumée depuis bien des années à la CFDT, ni votre affiliation au parti socialiste également, mais nous continuerons à faire de Révolution Permanente, un média qui dialogue avec l’ensemble des prolétaires, afin qu’ils comprennent l’importance de se penser en tant que classe et non en tant qu’esclave du capitalisme et des bureaucraties syndicales qui maintiennent le service après-vente, qui pensent plus à trouver un parachute dorée chez Terra Nova comme Chérèque ou de « En temps réel » et « Le Siecle » comme Nicole Notat dont tout le monde se souvient du rôle qu’elle a joué durant les grèves de 1995 pour détruire le système de retraite des salariés du privé, et du système de santé de la sécurité sociale. Vous, M. Aufrere, nous ne vous connaissions pas, mais après avoir vu votre profil sur Linkedin, celui-ci ferait pâlir vos prédécesseurs tant par votre ascension fulgurante, que par votre habileté à rebondir entre FO la CFDT, l’OIT, le PS ou parfois l’ONU. L’odeur de la graisse et la sonorité des essieux sur le rail doivent vous être devenues étrangères, préférant les salons feutrés et les dorures des ministères de cette République qui vous le rend bien et qui continuera à vous le rendre. Heureusement les milliers de cheminots n’envient pas votre déroulement de carrière, et s’ils le faisaient, assurément plus aucun train ne circulerait en France. Nous ne développerons pas non plus les propos abjects que vous aviez eu dans une interview contre vos collègues syndicalistes de Sud-Rail, expliquant que le syndicat encourage le communautarisme en « acceptant l’adhésion collective de groupes de personnes issues de l’immigration ».

Laissons cependant l’échange d’amabilités de côté, les lecteurs de Révolution Permanente dont vous faites dorénavant partis sauront départager la lutte des classes de la collaboration de classe.

Concernant votre colloque qui aurait pu être un colloque du Medef ou de l’UTP (Union Patronal des Transport Public) de par les thématiques abordées mais également par les invités à prendre la parole. Vous le revendiquez fièrement, dans une période où la casse du ferroviaire se fait à marche forcée, où les cheminots subissent des attaques sans précèdent entre projets « petit collectif », ESV, EAS, ANS, CCR, fermetures de technicentres, suppression de plus de 200 000 postes de cheminots en moins de 30 ans, la récupération de ligne par la filiale Transkéo, le transfert des activités administratives vers l’étranger, la privatisation du Fret SNCF, l’attaque du régime des retraites, le délai de carence, l’ouverture à la concurrence en 2019 … À tout cela nous pouvons ajouter la suppression de certaines facilités de transport, l’élargissement des D2i à plus de 20 000 cheminots réduisant encore plus le droit de grève, la répression subie de plein fouet par des centaines de militants cheminots de FO/SUDRAIL/CGT, les poussant parfois au suicide. Votre place devrait être au côté des cheminots en larme au rassemblement pour la mort d’Edouard Postale, plutôt que dans un colloque avec ceux qui l’ont réprimé. Votre place devrait être au côté des familles des victimes de Brétigny, d’Eckwersheim, plutôt qu’au côté de ceux qui continuent à faire la sourde oreille sur ces sujets, niant leur implication dans ces catastrophes.

Vous parlez de « syndicalisme de transformation sociale », mais de quelle transformation sociale parlez-vous ? Ajouter des épithètes au syndicalisme, ne montre que votre envie de faire disparaitre le terme de syndicalisme qui a vu sa création dans les labours dans un esprit de lutte des classes et non de réformisme ou de pseudo transformation sociale.

Alors oui votre colloque est une honte, nous le réitérons, nous le dénonçons, et nous continuerons à le faire, car vous parlez de représentativité, mais les cheminots qui votent pour vous dans des secteurs où vos voix sont pour ¾ dans le collège maitrise et cadre, n’ont pas voté pour la régression sociale, ni pour la destruction de leur entreprise. Vous grossissez les chiffres de la représentativité à travers l’ensemble des filiales privées, en omettant habilement que votre organisation n’est que 4eme OS à quelques points de la non représentativité à la SNCF. La Société Nationale des Chemins de Fer francais, que vous avez tuée le 4 Aout 2014 grâce à votre collaboration durant les grèves contre la réforme du ferroviaire, dont votre secrétaire générale faisait le commerce dans plusieurs journaux, pour aider vos amis du patronat à remettre les cheminots au travail. Et vous avez réitéré la collaboration en 2016 au moment des grèves contre la loi El Khomri et le décret socle, appelant les cheminots à la raison.

De tout cela bien sur vous essayez de tirer parti, omettant volontairement, la lutte des cheminots de Mars à Juin, devons-nous vous rappeler les premiers textes du décret socle de la convention collective et de l’accord d’entreprise, qui étaient proposés avant que les cheminots partent en grève reconductible le 31 Mai 2016 ? Devons-nous vous rappeler comment encore une fois, habilement vous avez su intégrer à travers l’article 49 de l’accord d’entreprise, l’inversion de la hiérarchie des normes, ou encore comment vous avez su imposer le forfait jour à l’ensemble des encadrants de l’entreprise ?

Nous monsieur Aufrere vous n’avez rien obtenu, si par obtention vous parlez de choses que le patron avait déjà prévu de concéder normalement ou par la grève des cheminots. Vous n’avez su que sortir votre stylo pour continuer votre politique de division de l’unité syndicale.

Alors face à votre politique de soumission, nous continuerons à militer car oui notre journal est militant, comme le Figaro milite pour le capitalisme, nous militons pour le prolétariat. Nous revendiquons l’unité de la classe, la lutte de classe et la révolution prolétarienne, afin de détruire le capitalisme et exproprier la bourgeoisie, pour qui vous servez des petits fours sur l’argent des adhésions de vos syndiqués. Nous ne nous revendiquons pas des « principes républicains de 1871 » que vous mettez en exergue, car ces « principes » ont été forgés dans le sang des Communards, tués par dizaines de milliers alors qu’ils cherchaient justement à mettre à bas le capitalisme et ses injustices. En vous revendiquant de ces « principes », vous vous revendiquez de la contre-révolution, de la collaboration entre Thiers et Bismarck contre les ouvriers français, d’une République dont l’acte fondateur a été de massacrer 30 000 ouvriers que vous prétendez représenter aujourd’hui. Par ailleurs, c’est la même République qui a colonisé la moitié de l’Afrique, amené les classes populaires françaises dans la grande boucherie de 1914-1918, qui a soutenu Hitler contre les ouvriers allemands, qui a massacré les Algériens à Paris comme à Alger et qui aujourd’hui manifeste tous les jours son caractère capitaliste et impérialiste.

Détourner les acquis sociaux du prolétariat par un soi-disant « dialogue social » dans votre analyse des acquis de 1936, alors que ces acquis sont issus des grèves et non du front populaire qui n’a su que donner ce que le prolétariat lui a arraché. Votre analyse du Conseil national de la résistance en 1946 omet la collaboration nazie de dizaine de grandes entreprises françaises, mais surtout les grèves au lendemain de cette Seconde guerre mondiale. Et que dire de 1968 dont vous oubliez les millions de prolétaires dans les rues, la plus importante grève générale du pays, les barricades et le blocage de l’économie. Peut-être donc pour vous que 1995 est une victoire de la collaboration de Nicole Notat et non de la lutte des grévistes. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’une scission au sein de votre Fédération CFDT Cheminots a eu lieu pour créer Sud Rail, aujourd’hui 3ème syndicat à la SNCF, devant la CFDT.

Enfin vous parlez de Trotsky, nous conclurons sur ses paroles car elles vous parleront directement.

« Les cliques capitalistes, à la tête de trusts puissants, des syndicats, des consortiums bancaires, etc., contrôlent la vie économique au même niveau que le pouvoir d’Etat et, à chaque instant, elles ont recours à la collaboration de ce dernier. A leur tour les syndicats, dans les branches les plus importantes de l’industrie, se trouvent privés de la possibilité de profiter de la concurrence entre les diverses entreprises. Ils doivent affronter un adversaire capitaliste centralisé, intimement lié au pouvoir de l’Etat. De là découle pour les syndicats, dans la mesure où ils restent sur des positions réformistes - c’est à dire sur des positions basées sur l’adaptation à la propriété privée - la nécessité de s’adapter à l’Etat capitaliste et de tenter de coopérer avec lui.  »

« Dans leurs discours, les bureaucrates travaillistes font tout leur possible pour essayer de prouver à l’Etat - démocratique - combien ils sont dignes de confiance et indispensables en temps de paix, et plus spécialement en temps de guerre. Par la transformation des syndicats en organismes d’Etat, le fascisme n’invente rien de nouveau, il ne fait que pousser à leurs ultimes conséquences toutes les tendances inhérentes au capitalisme. »

« Le capitalisme monopolisateur est de moins en moins prêt à admettre à nouveau l’indépendance des syndicats. Il exige de la bureaucratie réformiste et de l’aristocratie ouvrière, qui ramassent les miettes de sa table, qu’elles soient toutes les deux transformées en sa police politique aux yeux de la classe ouvrière. Si cela ne se réalise pas, la bureaucratie ouvrière est supprimée et remplacée par les fascistes. Alors tous les efforts de l’aristocratie ouvrière, au service de l’impérialisme, ne peuvent la sauver plus longtemps de la destruction. »

Salutations Révolutionnaires,

Imrane Mylhane, syndicaliste et militant à Révolution Permanente




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