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Société

Qu’en est-il des violences policières ?

Reportage de France Info sur le quotidien de la BAC et soutien de Marine Lepen : la défense du bras armé de l’État

France Info appuie l’offensive idéologique des classes dominantes, en passant par le FN, en publiant un article sur le quotidien de la BAC pour montrer à tous la difficulté du quotidien des cow-boy de la république, principal fer de lance de la répression d’État dans les quartiers populaires, en taisant bien sûr l’autre versant de l’histoire, celui où la BAC réprime et assassine.

France Info nous a offert une enquête larmoyante sur le quotidien des membres de la Brigade Anti-Criminalité . En cette période, et où ils ont décidé de rebattre le pavé, à défaut d’y verser le sang de manifestants, suite à la diffusion de la vidéo d’une de leur collègue se faisant tabasser, cet article tombe à point.

De son côté, dans un petit coup médiatique, Marine Le Pen est allée passer une soirée en immersion avec des agents de la BAC mercredi soir, pour manifester son soutien. Rien de très étonnant de la part de l’extrême-droite. Elle a ainsi pu déclarer : « On ne touche pas un policier, on ne touche pas à un gendarme, on ne touche pas à un policier municipal, on ne touche pas à un militaire sans voir tomber sur soi la foudre de la loi. », quand les policiers eux peuvent toucher, si ce n’est casser la gueule des personnes contrôlées.

Dans l’article, France Info met en avant dès le départ les arrêts de travail pour blessure, les récits personnels narrant ces blessures, etc. Le ton est donné, sans à aucun moment l’évocation des victimes de violences policières dont le nombre avoisine les quinze personnes par an. Ainsi, s’ils parlent des violences de Viry-Châtillon, c’est pour parler d’une violence contre la police, alors même que des vidéos montre celle-ci tabassant un jeune.

« On va faire le tour du quartier, on va patrouiller et c’est de l’improvisation ». C’est avec ces mots que Jérôme, major de police et chef de la BAC de Sarcelles, résume sa journée de travail. La BAC a en effet une très grande autonomie, tant dans le travail que dans sa supervision et son évaluation, « un empire dans un empire ». Les policiers qui les dirigent n’ont de comptes à rendre qu’au commissaire chef de la circonscription. Du reste, bras armé des politiques sécuritaires, elles sont devenues presque intouchables, leur présence devenant un incontournable des politiques répressives, leur hiérarchie se conformant à la « culture du résultat » qui sert depuis plus de dix ans de mot d’ordre aux ministres de l’intérieur successifs.

Un organe de répression des quartiers populaires

La BAC a été créée en 1994, composée de gardiens de la paix, souvent en civils, circulant dans des véhicules banalisés et supposées mieux armés pour le flagrant délit. La BAC a été conçue pour intervenir dans les quartiers réputés difficiles, et donc les banlieues des grandes agglomérations, avant d’englober tout le territoire national. Pour réprimer partout où l’occasion se présente chaque forme de contestations sociales, dans les manifestations, ou dans ces cités-ghettos où le système relègue les classes populaires qui font tâche sur la société que la bourgeoisie veut nous vendre. Créer la misère, et la faire taire, par la violence. Formée plus ou moins à la manière d’un « corps d’élite », puisque c’est à la suite d’épreuve (peu sélectives tout de même) qu’on est intégré. Les « qualités » requises pour faire partie de ce corps : la brutalité et l’agressivité, être prêt à réprimer en somme, et même au sein de la police, c’est ainsi que les « baqueux » sont considérés.

Le « contact avec la population » de la BAC prend la forme de contrôles d’identité et de fouille ciblés sur deux catégories d’individus, les jeunes hommes résidant dans les cités et les personnes paraissant d’origine étrangère (c’est à dire noir ou arabe), avec l’espoir de constater une détention ou trafic de stupéfiants dans le premier cas ou une personne sans papier dans le deuxième.

Le mode opératoire n’est pas moins reluisant : ils font des rondes, sillonnent les rues des cités, armés jusqu’aux dents, mettent en place des déploiements spectaculaires en réponse à des actes mineurs, les expéditions punitives qui prennent tous les résidents d’un immeuble ou d’un quartier en otages, les frustrations causées par des plaintes pour violences policières qui n’aboutissent presque jamais et qui se retournent parfois contre leurs victimes ou contre les familles quand un de leurs proches a été tué lors du contrôle. Et les contrôles quotidiens que subissent les personnes visées sont accompagnés la plupart du temps d’insultes, de provocations et de brutalité auxquelles il est difficile de répondre sans être accusé d’outrage et de rébellion, un délit dont les contrôles et les fouilles ont permis la multiplication. Délit que les gouvernements successifs ne font qu’encourager.

« Ils testent notre autorité surtout. Ce n’est pas la fête, c’est un contrôle de police. Il y a un minimum de discipline à observer. Et il y en a qui remettent ça en cause régulièrement. » un jeune de Neuilly aura sans doute moins tendance à remettre en cause un contrôle d’identité . Il n’en aura qu’un dans sans vie alors que les jeunes des quartiers populaires en ont plusieurs par semaine. Depuis vingt ans, les pouvoirs publics ont mis en place une police d’exception, qui ne se déploie que dans certains territoires et pour certaines populations, en l’occurrence les quartiers populaires, les jeunes et les jeunes racisés. « Nous, le but c’est de contrôler. On ne veut pas aller à l’affrontement. Si on n’a pas le choix, on ira à l’affrontement ». Lorsque l’on voit la peur que créée un contrôle de la BAC, des adolescents préfèrent se réfugier dans un transfo EDF et mourir électrocutés plutôt que d’affronter ces cow-boys de la République.

Un tournant sécuritaire et réactionnaire

Ces pratiques, depuis la mise en place de l’état d’urgence, se développe de plus en plus dans l’ensemble des forces de l’ordre. La police municipal qui est maintenant armée fait « bavure » sur « bavure », la police nationale est responsable de la mort de deux jeunes à Lille, écrasé par un train alors qu’ils tentaient de fuir six policiers qui les pourchassaient. Aurélien, l’un des survivants témoigne : « C’est ceux qui nous frappent tout le temps, pour rien. Encore hier, ils ont frappé quelqu’un. On ne voulait pas se faire éclater encore une fois. Tu sais combien de fois je me suis fait frappé ? Tu sais comment ils m’appellent ? Par mon nom de famille. Ils nous connaissent très bien et c’est toujours la même histoire. La nationale, ils te lâchent seulement quand tu cries et tu pleures... ». L’assassinat d’Adama Traoré et l’acharnement horrible sur sa famille montre à quel point l’ensemble des services sont déterminés à faire respecter les valeurs de la République.

Dans une période où la désillusion sur leur démocratie bourgeoise gagne du terrain, et où Macron est de ce fait en train de renforcer son appareil répressif, ces deux événements n’ont rien d’anodin. D’un côté, les politiques et médias bourgeois, après l’affaire de Sarcelles et celle, à l’opposé, de Viry-Châtillon, ne cessent d’essayer de redorer le blason pour le moins ensanglanté de la police. Une offensive réactionnaire se met en place, et c’est l’image du gentil-policier-protecteur-de-la-cité qu’on essaye de réhabiliter. Ce qui marche assez peu du fait même que sur les réseaux tournent de plus en plus l’autre version de l’histoire : celle d’une police violente, car c’est là sa fonction. De l’autre côté, l’extrême-droite tente de récupérer et surfe sur cette vague sécuritaire, car c’est là tout son programme.




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