^

Politique

Mobilisation contre la loi ORE

Représentante de l’UNEF voilée. La majorité LREM se divise sur fond de déferlante islamophobe

Par la voix de Gérard Collomb et de Marlène Schiappa, le gouvernement s’est lancé dans une campagne islamophobe particulièrement violente après la parution d’une vidéo montrant une militante de l’UNEF voilée. Un déchainement tel qu’il suscite des remous jusque dans la majorité parlementaire.

Crédit photo : capture d’écran via BuzzFeed

L’offensive a été lancée sur les réseaux sociaux par Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps Républicain. Postant une photo d’une jeune militante de l’UNEF portant le voile, celui-ci a cru bon de rajouter un commentaire ironique sur la « convergence des luttes ». Son intervention a dès lors déclenché une avalanche islamophobe d’une rare violence à laquelle les membres du gouvernement ont largement contribué. Marlène Schiappa a considéré y « voir » un signe de « l’islam politique » tandis que Gérard Collomb n’a lui pas hésité à établir un parallèle avec Daesh. Cette campagne médiatique a donc été orchestrée par la droite et l’extrême droite. Une propagande que n’a pas combattu la France Insoumise. Jean-Luc Mélenchon, interrogé sur le sujet, a déclaré : « c’est comme si j’arrivais avec une énorme croix ».

Pourtant, on peut parier qu’il en serait allé surement autrement si le signe religieux avait été celui d’une autre religion. En effet, doit-on rappeler qu’il existe un parti politique en France, le parti chrétien-démocrate, qui se donne pour objectif de « porter haut et fort ces valeurs chrétiennes » ? Ou encore que l’inter-organisation de jeunesse qui a lancé plusieurs fois des appels regroupait la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) ? Sans que jamais ne suscite aucune réaction de la même classe politique. Au-delà de l’opinion qu’on peut avoir sur ces organisations, les réactions à géométrie variable de la classe politique dominante démontre bien une forme d’acharnement sur les musulmans.

Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas une quelconque neutralité vis-à-vis de la religion, mais une utilisation à dessein du principe de laïcité pour attaquer la religion musulmane. Et la tribune de Laurent Bouvet, publiée sur Le Figaro en réponse aux réactions à son tweet, est éclairante. Celui-ci ne s’oppose pas tant à l’exposition de symboles religieux : celui-ci est d’ailleurs contre l’interdiction des signes religieux à l’université, mais à ceux de l’islam en particulier. Pour lui aucun doute, « le type de vêtement, ici la forme et surtout le “degré de couverture” du voile, signale nettement la revendication politique qu’est l’islamisme. »

Un parallèle entre tout signe d’appartenance à l’islam et le spectre de la menace djihadiste savamment orchestré par la classe politique médiatique et dominante qui permet de justifier tout et n’importe quoi, et en particulier quand il s’agit de dire à une jeune femme comment elle devrait se vêtir, quand bien même.

Il n’est d’ailleurs pas anodin de constater que les prises de position des membres du gouvernement rejoignent la tentative de rapprochement initiée par Macron avec l’Eglise il y a quelques semaines. Le 9 avril dernier, devant les évêques de France, celui-ci n’avait pas tari d’éloge sur les autorités catholiques estimant que « la France a été fortifiée par l’engagement des catholiques » et que « la Nation s’est le plus souvent grandit de la sagesse de l’Église ». Et de conclure : « Un président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir ». À travers ces sorties, le gouvernement, en difficulté sur le front social, tentait de courtiser l’électorat catholique de droite qui constitue l’un des rares soutiens de sa politique.

Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron avait affiché une posture très ouverte à la sphère religieuse. Il déclarait en 2013, devant le premier synode de l’Église protestante unie de France : « Je ne suis pas de ceux qui veulent reléguer les religions dans la sphère de l’intime. Je crois au contraire qu’elles ont toute leur place dans la vie de la cité. » Une contradiction flagrante avec les prises de position actuelles de ses ministres qui n’a pas manqué de faire réagir jusque dans son propre camp. Le député LREM Aurélien Taché a pris la défense de la jeune militante de l’UNEF sur Europe 1 : « Le président de la République a dit une chose intéressante sur la société, c’est que l’État était neutre, mais pas la société », ajoutant : « je ne vois pas de difficulté tant qu’elle répond au mandat que lui ont confié ses camarades ». Fiona Lazaar, député LREM du Val-d’Oise a elle-même appelé à « cesser de tout mélanger » sur son compte Twitter : « Maryam a été élue présidente de l’Unef pour son projet étudiant, pour sa personnalité. Une femme ne se résume ni à son apparence, ni à son voile, ni à sa religion ».

La déferlante islamophobe relayée par le gouvernement aura en tout cas permis d’invisibiliser complètement la question pour laquelle cette étudiante avait pris la parole : la mobilisation contre la sélection à l’université qui a mobilisé des dizaines de milliers d’étudiants en France. Derrière l’opération de séduction de l’électorat réactionnaire, il s’agissait aussi pour le gouvernement de salir encore plus la mobilisation, fruit non seulement « d’agitateurs professionnels » mais qui se retrouvent par ailleurs être de dangereux « islamistes ». Une opération grossière qui doit appeler à une réaction exemplaire de toutes les sensibilités de l’opposition à la loi ORE : nous refusons toute division du mouvement sur la base des arguments islamophobes.




Mots-clés

Loi ORE   /    Marlène Schiappa   /    Plan Etudiants   /    LREM   /    Sélection à l’université   /    UNEF   /    Islamophobie   /    Jean-Luc Mélenchon   /    Politique