Société

L’état d’urgence contre la contestation sociale

Répression. Le gouvernement assigne à résidence un militant de la Coalition climat

Publié le 26 novembre 2015

Damien Bernard

Deux jours avant le début du sommet de la COP21, un membre du conseil juridique de la Coalition climat, regroupant 130 organisations et associations, a été assigné à résidence. Le militant doit ainsi pointer trois fois par jour au commissariat. Sous le prétexte de la traque à la « radicalisation » sur fond d’islamophobie, l’état d’urgence instauré pour trois mois par le gouvernement vise désormais directement ceux qu’il désigne comme « l’ultra-gauche ».

Sous la justification de la guerre au « terrorisme », les perquisitions, les assignations à résidence, et les interpellations se multiplient. Sur fond de racisme et l’islamophobie déversés par un gouvernement qui en réalité applique la politique de l’extrême droite, il devient de plus en plus clair que cette traque à la « radicalisation » ne vise bien évidemment pas seulement les personnes dites « radicalisées musulmanes », mais bien aussi l’extrême gauche et les militants combattifs.

La LDH, contre l’état d’urgence, en voie, elle aussi, de « radicalisation » ?

Mediapart rapportait aujourd’hui que Joël Domenjoud, membre de la « legal team », le conseil juridique de la Coalition climat, a été convoqué ce jeudi en début d’après-midi au commissariat. Son assignation à résidence dure jusqu’au 12 décembre, a indiqué à Libération son avocate. Un recours sera déposé demain devant le tribunal administratif.

La Ligue des droits de l’homme a dénoncé cette nouvelle offensive répressive et surprend même par sa radicalité titrant son communiqué « Le ministre de l’Intérieur perd ses nerfs, confond et assimile le mouvement associatif au terrorisme ». C’est le gouvernement qui est directement visé, « Le ministère de l’Intérieur reproche à ce membre du collectif de soutien aux opposants à Notre-Dame-des-Landes de faire ‘partie de l’ultra-gauche parisienne qui veut remettre en cause la tenue de la COP’ ».

Il termine alors par une position ouvertement contre l’état d’urgence instauré par le gouvernement, celui qui revêt de plus en plus clairement le caractère d’une trêve sociale permanente. « Si l’on avait besoin d’une confirmation que l’état d’urgence est un danger pour les libertés publiques, cette mesure en attesterait tant elle révèle que la lutte contre le terrorisme n’est ici qu’un prétexte pour interdire toute voix dissonante. Comme nous l’avions craint, l’état d’urgence s’accompagne de mesures de plus en plus arbitraires. » Il exige alors la levée immédiate « de l’assignation à résidence de M. Joël Domenjoud. »

Une avancée claire dans la répression judiciaire préventive et répressive

L’identification des 58 manifestants par la Police après la manifestation interdite en solidarité avec les migrants dimanche dernier, employant des moyens inédits, marquait déjà une avancée claire dans l’offensive répressive, judiciaire et policière.

L’identification arbitraire, sans contrôle d’identité, et tout à fait aléatoire à travers des vidéos sur youtube et facebook, est une première. Ces méthodes visent à donner un signe clair à cette ultra gauche et à l’extrême gauche. Toute contrevenance à l’interdiction de manifester pourrait désormais être passible de prison par simple « identification » vidéo, sans contrôle d’identité préalable.

Ce mercredi, c’était déjà une dizaine de militants de Lutte Ouvrière qui ont été empêchés de tracter par la police municipale de Creil. Cette répression policière visait des libertés démocratiques fondamentales, celle de faire de la politique et diffuser nos idées, qui plus est pendant la campagne des régionales... Le gouvernement souhaite ainsi créer un précédent, celui que toute campagne politique qui va à son encontre, au service des exploités et des opprimés, n’a plus lieu d’être sous l’état d’urgence !

Dans le cas du militant de la « legal team », la tactique de l’assignation à résidence revêt plutôt un caractère « préventif ». Elle vise, en l’occurrence, un membre de la « legal team » chargé particulièrement des conseils juridiques. Avec cette nouvelle offensive, le gouvernement veut donner un signe à tous les manifestants qui s’apprêtent à braver l’interdiction de la manifestation de ce dimanche à la COP21

Les organisations du mouvement ouvrier doivent faire front contre ces attaques

Le gouvernement, sous le nom de la guerre contre le « terrorisme », mène en réalité une guerre sociale, et ce contre nos libertés démocratiques fondamentales, celle de manifester, de s’organiser politiquement, de diffuser les idées à l’opposé des politiques guerrières, répressives et liberticides du gouvernement. Ce sont l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier, de l’associatif, en opposition à leur état d’urgence, à leur guerre qui font nos morts, qui sont visées.

Face à ces attaques sans précédent, c’est notre « assignation à résidence » à tous que le gouvernement souhaite. Nous empêcher de nous opposer à ses politiques au service du patronat, promptes à polluer à tout va et à détruire la planète, au nom du profit à court terme. Pour répondre à cette nouvelle attaque liberticide, qui cherche à individualiser et à créer la terreur, la meilleure réponse est d’opposer une action collective, manifester ce dimanche contre cette « mascarade » de COP21, contre leur guerre et leurs bombes, contre leur état d’urgence qui souhaite nous museler, contre leur racisme et leur islamophobie d’Etat, et contre leur capitalisme qui mène tout droit la planète au chaos.