Notre classe

« Ils ne sont pas 8, nous sommes des milliers »

Répression contre les 8 grévistes d’Airbus en Espagne : la justice commence à reculer face à la mobilisation !

Publié le 15 février 2016

Ariane Tristan

La semaine dernière avait lieu le procès des 8 syndicalistes d’Airbus menacés de peines de prison pour avoir tenu un piquet de grève en 2010 lors de la grève générale en Espagne. Une semaine marquée par les mobilisations de soutien.

Au total, pour l’ensemble des 8 syndicalistes, le Parquet espagnol demandait 66 ans de prison (respectivement 8 ans et trois mois pour chaque travailleur), en s’appuyant sur l’article 315.3 du Code Pénal espagnol. Ce dernier, qui prévoit une peine de prison pour la participation à un piquet de grève, n’avait été jusque-là utilisé que sous la dictature de Franco. Le tribunal s’appuyait pour cela sur la soi disant violence de ces 8 syndicalistes. En réalité, c’est encore une fois la police de l’État et des patrons qui a fait preuve de violence, en tirant des coups de feu en l’air, ce qui a mis fin au piquet de grève en faisant fuir les personnes présentes.

Devant cette justice de classe, les travailleurs et les organisations syndicales ont appelé à quatre journées de mobilisation pendant la durée du procès. Mardi dernier, ce sont donc plus de 5000 travailleurs qui ont manifesté dans les rues de Madrid, à l’appel de différents syndicats, dont la confédération espagnole CCOO et la confédération UGT, dont les directions ont été poussées à se mettre à la tête de la mobilisation. En parallèle, une grande campagne de soutien avait été lancée sur les réseaux sociaux, autours de deux slogans : « La grève n’est pas un délit » (#LaHuelgaNoEsDelita) et « Ils ne sont pas 8, nous sommes des milliers » (No son 8, somos miles).

Face à cette mobilisation, la justice a été contrainte à faire un pas en arrière. En effet, elle a abandonné les charges contre deux des accusés, et a diminué la peine pour les 6 autres de près de la moitié (4 ans et 6 mois). Cette diminution de la condamnation ne peut s’expliquer sans comprendre le fait que pour des milliers de travailleurs, le cas des 8 d’Airbus soit devenu un symbole de la politique répressive de l’État envers la génération militante ouvrière des années 2000. Pour faire définitivement reculer cette politique et parvenir à gagner l’amnistie totale des syndicalistes d’Airbus, il va falloir poursuivre la mobilisation, en la liant avec les nombreux cas de répression qui s’abattent en ce moment dans l’État espagnol contre de nombreux secteurs du mouvement social.

« No son 8, somos miles ! », dans l’État espagnol et ailleurs

En effet, ce sont en réalité plus de 300 syndicalistes qui sont aujourd’hui menacés par la « justice » en vertu de l’article 315.3. A cela s’ajoute d’autres cas de répression du mouvement social, comme le cas d’Alfon, condamné à 4 ans de prison pour avoir manifesté en 2012, ainsi qu’un approfondissement des lois répressives comme la ley mordaza ou « loi baillon ». Un autre exemple de la volonté répressive des classes dominantes espagnoles a été la récente mise en accusation d’une troupe de marionnettistes issus du mouvement des Indignés, accusés ni plus ni moins de terrorisme pour avoir simplement fait référence dans leur spectacle à Al-Quaeda et à l’organisation basque ETA.

De part et d’autres des Pyrénées, que ce soit pour les 8 de Goodyear ou pour les 8 d’Airbus, c’est bien par un mouvement général de tous ceux qui subissent la politique répressive de l’État et les violences policières qu’il sera possible de faire reculer cette justice de classe. La mobilisation de la semaine dernière à Madrid en soutien aux camarades d’Airbus est un point d’appui pour cela ! L’engagement de nombreux intellectuels, dont Noam Chomsky, Antonio Negri, Tariq Ali ou encore Sivia Federici, dans un manifeste « pour les libertés civiles », en soutien aux marionnettistes et des 8 d’Airbus est un élément intéressant qui reflète l’extension de la contestation contre ces lois liberticides, dans l’État espagnol et en Europe.