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Notre classe

Criminalisation de l’action syndicale

Répression contre les syndicalistes combatifs : le Conseil Economique et Social (CESE) lui- même reconnait les abus

Le Conseil Economique et Social (CESE), pourtant peu soupçonnable de complaisance à l’égard des syndicalistes militants, a dressé en juillet dernier un tableau saisissant de la répression qui s’abat sur ceux qui se mettent en travers de l’arbitraire patronal. Il a assorti son constat de vingt-trois recommandations. Si l’on en juge par les cas de répression et de criminalisation en cours, il n’a guère été entendu. Ultralibéralisme oblige… Résistance s’impose.

Une répression de jour en jour plus acharnée et arbitraire

« Tentatives de licenciement abusif, sanctions disciplinaires injustifiées, chantage à l’emploi, harcèlement, entraves à l’exercice des mandats, humiliation, pression sur les tiers peuvent se mêler pour aboutir au renoncement voire à l’éviction de l’indésirable. On peut ajouter à ce florilège d’autres pratiques comme celle qui consiste à surcharger de travail un délégué pour l’empêcher d’exercer correctement son mandat ». C’est en ces termes que le rapport du CESE décrit le fléau qui s’abat sur les travailleurs soi-disant « protégés ».

A cette répression « ordinaire », au fur et à mesure que les réorganisations et les plans de réductions d’effectifs sont de plus en plus nécessaires à l’appétit de profit sans limite des capitalistes, vient s’adjoindre une volonté délibérée de criminalisation. Le passage en correctionnelle n’est plus chose exceptionnelle.
Dans leur acharnement et leur volonté d’en découdre, les patrons sont obligés d’aller très loin pour mettre en avant des fautes pouvant justifier de sanctionner lourdement ou de traîner devant les tribunaux des représentants syndicaux combatifs. Même si elles mettent en rage leurs directions, leurs actions ne font en général que répondre à leur mandat et à leur mission de défense des intérêts des travailleurs. Les motifs que les dirigeants parviennent à trouver, via leurs zélés DRH, sont donc le plus souvent soit dérisoires, soit fallacieux.

Dans le camp des patrons le ridicule et la honte ne tuent pas

Comment ne pas trouver ridicule et inique le reproche qui a justifié en 2015 qu’un représentant CGT de la poste des Yvelines subisse une mise à pied d’une semaine pour s’être rendu auprès de ses collègues sur un centre de courrier afin de les informer et discuter de leurs droits. Comment ne pas qualifier d’acharnement la nouvelle procédure disciplinaire que la Direction engage à nouveau ces jours-ci contre lui pour « prise de parole ».

Comment ne pas trouver sidérante, la mise en garde à vue de 9 syndicalistes de PSA Peugeot Poissy et le procès qui va se tenir au tribunal de Versailles le 16 novembre sur une fausse accusation de « séquestration ». Ladite « séquestration » ayant tout simplement consisté à s’entretenir 17 minutes avec un cadre dans son bureau.

Comment ne pas trouver ahurissant le cas de ce syndicaliste CGT-construction traîné en justice par la Fédération Française du Bâtiment pour utilisation, lors d’une manifestation, d’un paint-ball sur les murs de ses locaux, alors que selon lui il n’avait fait que confisquer l’instrument. Malgré une accusation de graves dégradations, le tribunal a finalement jugé que les actes (non reconnus par l’intéressé) relevaient du « contraventionnel » et non du « délictuel ». Et pourtant il a écopé d’une sanction financière de 17 000 €.

Le clou de l’affaire est que le Parquet a jugé la peine encore insuffisante et fait appel pour réclamer une peine d’emprisonnement montrant clairement par cet acharnement la volonté commune de l’Etat et du patronat de faire des exemples.
Une seule volonté : étrangler l’expression autonome des travailleurs
Au-delà de ces exemples, partout, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public, les procédés à l’encontre des salariés et de leurs représentants sont toujours les mêmes : motifs fallacieux ou dérisoires ; escalade des recours en dépit des rejets de l’Inspection du travail ; rebouclages sans fin des procès à travers des procédures d’appel répétées sur plusieurs années ; surenchères du Parquet.
Une machine de guerre judiciaire pour liquider des militants dont le seul crime est d’assurer leur mandat de représentants des intérêts des travailleurs. Une machine de guerre à qui les ordonnances Macron ont ouvert un boulevard.

C’est une destruction en règle des protections des travailleurs que l’Etat et le Medef mettent en place à travers un dispositif concerté qui se referme comme un étau. La destruction du code du travail et le règne des accords d’entreprise, la répression et la criminalisation syndicales, et enfin la casse de l’inspection du travail.
Laisser à Macron et aux patrons le loisir d’exercer la traque aux syndicalistes c’est leur permettre d’étouffer l’expression autonome des travailleurs et leur imposer le cadre du pseudo dialogue social dans l’entreprise qui n’est autre que le monologue patronal et l’exercice arbitraire du pouvoir à son profit.

C’est l’affaire de tous et toutes, travailleurs, chômeurs, étudiants, jeunes, retraités de disputer pied à pied la victoire en défense de chacun des syndicalistes victimes de la répression. Pour cela il faut s’organiser collectivement.

En ce qui concerne les cas cités dans cet article, Un comité de soutien et une pétition en ligne ont été lancés en défense du représentant syndical de La Poste des Yvelines (https://tinyurl.com/ydy7wou4), Un comité de soutien aux 9 syndicalistes de PSA est en place. Une pétition en ligne a été lancée à l’initiative de G. Filoche avec pour parrains notamment Olivier Besancenot, Philippe Poutou, Arlette Laguillier, Nathalie Artaud et Jean-Luc Mélenchon (https://goo.gl//t45X1k). Un rassemblement aura lieu à l’appel de la CGT-PSA Poissy et du Front Social 78 devant le tribunal de Versailles le 16 novembre. Face au rouleau compresseur qu’ils lancent contre les travailleurs il ne faut rien lâcher.




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