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Politique

Chantage gouvernemental

Reprise de la dette : Edouard Philippe veut-il enfumer usagers et cheminots ?

Après les journées du 22 mars et des 3 et 4 avril, le gouvernement, surpris par l'ampleur des mobilisations, est clairement sur la défensive. Invité sur les ondes de France Inter ce jeudi 5 avril, le premier ministre Edouard Philippe est donc monté au front.

Si le discours modèle « cheminots bashing » était moins ouvertement affiché, Edouard Philippe a tenté de « rationaliser » la ligne du gouvernement sur la réforme du ferroviaire. Ainsi, le premier ministre a argué sur la « rigidité » de l’entreprise, cause selon lui de l’endettement de la SNCF. C’est alors qu’Edouard Philippe en est arrivé à la proposition d’un « compromis », visant avant tout à désolidariser les usagers des cheminots alors que l’opinion publique est, d’après les sondages, de plus en plus favorable à la grève.

C’est ainsi qu’Edouard Philippe a annoncé être « ouvert » à une reprise partielle de la dette en échange de « contreparties » et « d’engagements clairs » de la part des syndicats, en d’autres termes, la fin de la grève. Un préalable nécessaire pour... dévoiler la proposition du gouvernement ! « Je ne veux pas prendre un engagement alors même qu’à ce stade, rien n’a changé dans le fonctionnement de la SNCF […] Je ne veux pas dire aux Français qu’(ils) vont payer cette dette et la reprendre alors qu’ils n’ont aucun élément leur permettant de penser qu’à l’avenir, on ne va pas tomber dans 3 milliards (d’euros) de déficit » a ainsi annoncé Edouard Philippe. Pour le premier ministre, outre l’arrêt de la grève, deux lignes rouges sont infranchissables : l’arrêt de l’embauche au statut et la mise en concurrence.

Et pourtant, une simple reprise de la dette, qui plus est partielle, ne suffit pas...

L’annonce d’Edouard Philippe, sans engagement clair de l’Etat, ressemble à une grossière manœuvre pour chercher à re-passer à l’offensive et gagner l’opinion publique. De plus, la simple annonce d’une reprise partielle de la dette pourrait se résumer à la pose d’un pansement sur une fracture.

En effet, régler (une partie) de la facture ne résout en rien la question du creusement annuel de la dette, qui est tout sauf dû au statut des cheminots. Le schéma du fonctionnement actuel de la SNCF est absurde avec la division de l’entreprise en filiales et EPIC en 2015, avec la création de SNCF Mobilités et SNCF Réseaux. La maintenance des voies et du matériel, au bon soin de cette dernière a ainsi été privée d’une grande partie des ressources conséquentes, faisant ainsi exploser la dette qui attend aujourd’hui près de 47 milliards tandis que SNCF Mobilités doit payer des frais de péage pour emprunter les lignes. En d’autres termes, la SNCF entretient les voies et les machines, ce qui représente un coup, puis paye pour pouvoir emprunter ses propres voies ! Pire, le pourcentage du prix du billet alloué à la maintenance des voies, afin de « compenser » les pertes de cette aberration, est à la source de l’augmentation du prix du billet ces 3 dernières années.

De cette aberration structurelle, Edouard Philippe n’en dit évidemment pas un mot. Et pour cause, ce montage est destiné avant tout à déstructurer la SNCF et permettre l’explosion de la dette, rendant de ce fait « indispensable » le massacre du service public ferroviaire. C’est pourquoi il est indispensable, pour régler ce problème de la dette et baisser le prix des billets, de revendiquer la fusion des différents EPIC en une seule et même entité, dans le cadre d’une SNCF 100% publique et ayant le monopole du rail.

Pour ce qui est de la reprise de la dette actuelle à proprement parler, Edouard Philippe s’arrête, consciemment, à mi-chemin. En effet, les intérêts liés à cette dette ont un cout de 1,4 milliards d’euros... pour le seul SNCF Réseaux ! Et aux intérêts des banques, hors de question d’y toucher ! Quoi de plus naturel, par ailleurs, pour un ministre nommé par un ex-banquier de chez Rotchild.

Un plan efficient pour régler la question de la dette à la SNCF ne peut passer que par une annulation intégrale, et non pas par une reprise partielle, qui plus est défini dans un avenir lointain. De même, la mise en place d’un monopole bancaire public, sans intérêt, est absolument indispensable pour repartir sur des bases saines, pour un service public du ferroviaire de qualité. Enfin, que cela soit au niveau du monopole du rail comme du monopole bancaire, la gestion doit en être confié aux travailleurs eux même, pour éviter l’ensemble des dérives et décisions dicté par une doctrine néo-libérales qui a en long, en large et en travers prouvé son impuissance à la mise en place d’un service public durable et de qualité. Des revendications qui permettront d’opposer un programme politique à celui du gouvernement, apportant une réelle alternative et allant dans le sens des intérêts des cheminots, des usagers et de l’ensemble des travailleurs.

Crédits photos : Photo Patrick Gherdoussi




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