Notre classe

Réforme du collège, surcharge des classes dans les lycées…

‘Résistance pédagogique’ et grève dès la rentrée. Les raisons de la colère des profs

Publié le 26 août 2016

L’année s’annonce difficile dans les collèges et les lycées pour les enseignants. La très contestée réforme du collège, d’autant plus absurde que fort mal préparée puisqu’imposée aux forceps, devrait s’appliquer dès la rentrée. À cela s’ajoute l’arrivée de 42 000 élèves supplémentaires dans les lycées… de quoi faire sentir un peu plus le manque cruel de postes. Face à cela, l’intersyndicale des enseignants du secondaire, SNES-CGT-FO-Sud, appelle à la grève le 8 septembre prochain. Un appel à suivre pour faire part de la dégradation des conditions d’enseignement pour les élèves et les personnels, et qui devrait également être l’occasion d’exprimer tout le mécontentement du monde enseignant face au gouvernement Hollande et à la ministre Vallaud-Belkacem, juste avant la journée de grève du 15 septembre contre la Loi Travail.

Yano Lesage

Le SNES, par la voix de Fredérique Rolet, secrétaire générale du syndicat majoritaire des enseignants du secondaire appelle à la « résistance pédagogique » pour la rentrée, mais également à la grève le 8 septembre prochain, avec l’appui de l’intersyndicale. Elle dénonce notamment le « cafouillage » de la rentrée durant laquelle devrait s’appliquer une véritable cacophonie de réformes dont le but paraît plus d’assouvir les désirs gouvernementaux en termes de sondage et d’offensive de communication sur un chantier – l’éducation – dont il avait fait sa priorité, que de réellement améliorer les conditions d’enseignement et la pédagogie dans les classes.

La « réforme du collège »

En effet, à la réforme du collège apportant une rénovation totale des programmes de la 6e à la 3e à mettre en place sur un an (du jamais vu jusque-là), s’ajoute la mise en place de l’Accompagnement Personnalisé et des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI). La surcharge de travail donnée aux professeurs des collèges dans la préparation des cours des 4 niveaux confondus n’aura d’égal que le niveau d’égarement concernant la mise en place de ces deux derniers volets de la réforme. En l’absence de formation pratique et adaptée pour assurer ces enseignements, les enseignants sont peu ou prou livrés à eux-mêmes pour appliquer les nouvelles exigences pédagogiques. Dans le contexte d’une repréparation totale des cours, et face à la surcharge de travail qu’elle engendre, il est fort probable que ces temps laissés à l’innovation pédagogique ne soient pas des mieux exploités. Fredérique Rolet souligne également que les budgets destinés à obtenir les nouveaux manuels sont insuffisants, ce qui fait craindre une pénurie de livre et l’impossibilité d’entamer la rentrée dans de bonnes conditions, y compris matérielles. Mais les « cafouillages » ne devraient pas s’arrêter là.

Surcharge au lycée

Au lycée également, la rentrée s’annonce difficile. Avec l’arrivée de 42 000 élèves en plus cette année, face au 20 % des postes d’enseignant non pourvus (essentiellement en allemand, mathématiques et langues anciennes) et un manque de création de postes qui pousse déjà à la surcharge des classes, les effectifs ne devraient pas dégonfler (à savoir 30 élèves par classe minimum dans une seconde d’un lycée anciennement classé ZEP). Car là aussi, la suppression, déjà effective, du classement ZEP dans les lycées commence à entrainer des suppressions de budget alloués pour les projets pédagogiques destinés à pallier à l’inégalité des chances pour les lycéens issus des milieux populaires. Et pourtant, si les classements disparaissent, les difficultés et cette inégalité des chances elle, subsistent bel et bien.

S’organiser en vue du 8… pour continuer

Le monde enseignant a toutes les raisons d’une colère, mais également d’une certaine « lassitude » selon les mots de Frédérique Rolet, du SNES, face à un gouvernement dont l’éducation avait pourtant été un des thèmes de campagne et qui a fortement déçu. Face à cela, l’intersyndicale appelle à la résistance pédagogique, à se mettre en grève le 8 septembre, à la 2e semaine de la rentrée, mais aussi à organiser des assemblées générales dans les établissements le 31 août, jour de la pré-rentrée des enseignants, afin de « faire remonter les principaux problèmes rencontrés ».

En dépit de ce discours offensif, le SNES continue à appeler à la « résistance pédagogique » contre la réforme du collège, mise en place l’année dernière par les équipes enseignantes, avec comme résultat, son application sans concession pour la rentrée 2016. Pourtant, la combattivité des enseignants et la colère exprimée contre cette réforme s’était bien fait sentir en 2015 avec des journées de grève majoritaire dans les établissements, une colère malgré tout contenue par des appels sous forme de journées saute-moutons par l’appareil syndical, et sans que les collègues du premier degré, qui auraient toutes les raisons du monde à se joindre à la grève, soient appelés à débrayer par le SNUIPP, l’autre pilier de la FSU avec le SNES.

Encore une fois, on peut douter que l’objectif réel de la direction du SNES soit de mettre à mal le gouvernement en obtenant, par une bataille conséquente, le retrait d’une réforme qu’elle appelle déjà à remplacer par une « vraie réforme » donc à amender. La FSU était déjà parvenue à faire rater cette belle occasion en levant son appel à la grève, en pleine mobilisation contre la loi travail, contre les miettes de dégel salarial concédées par un gouvernement craignant plus que tout la mobilisation des fonctionnaires. De la réforme du collège, mais surtout d’un gouvernement dont il n’y a plus rien à attendre, il reste à exiger le retrait pur et simple du texte, le 8 septembre prochain, dans les rues, et de batailler contre son application en mobilisant dans les établissements et auprès des collègues pour que cette journée de grève soit effective et soit un premier tour-de-chauffe avant le 15.