Notre classe

Interview d’Anasse, délégué de SUD-Rail

Retour sur le meeting de Tolbiac : « En tant que syndicaliste, la première des choses c’est de lutter contre les discriminations »

Publié le 13 octobre 2016

Crédit photo : CGT Info’com

Révolution Permanente : Qu’as-tu pensé du Meeting « contre le racisme, les violences policières et l’islamophobie » à l’Université de Paris 1 Tolbiac ?

Anasse : D’abord, je dois dire qu’on a été très content qu’on intègre les ouvriers et les syndicalistes là-dedans. D’habitude, ce n’est pas quelque chose qui se fait lorsqu’il s’agit des questions liées à la société, les répressions policières ou le racisme. J’ai trouvé ça intéressant dans un monde où on essaie systématiquement de nous diviser, où on essaie de nous faire croire qu’on appartient à différentes classes ou catégories, c’était important de montrer qu’on était tous ensemble dans ce meeting, même si chacun a ses problématiques, il y avait la sœur d’Adama Traoré, tué par les gendarmes cet été, il y avait des syndicalistes, il y avait Guillaume Vadot qui est prof à la Sorbonne et qui a été victime des violences policières. A travers ce meeting, on exprimait tout ce dont a peur le pouvoir et le capitalisme, aussi bien les hommes politiques que les grands patrons, ils ont peur que tous ces gens-là se mélangent, ils veulent nous faire croire qu’on appartient à des classes différentes, mais en vérité pour nous il n’y a qu’une seule classe, la classe des ouvriers. Je suis content qu’il y ait eu ce meeting. Vendredi prochain, il y a à nouveau un débat, autour d’une projection du film Liquidation, qui retrace la lutte des Goodyear où on va également parler de la répression, des violences policières et du racisme . J’y serai, et il va falloir qu’on continue.

RP : Pourquoi c’était important pour toi de prendre la parole à ce meeting ?

A : Moi je me sens clairement concerné. Déjà pour moi le syndicat n’est qu’un outil pour défendre les salariés. Au-delà d’être un syndicaliste, je suis un être humain, un ouvrier. Je me sens aussi concerné parce qu’il y avait la question de l’islamophobie, et moi, en tant que musulman, je sais ce que c’est que de subir la discrimination. Ce n’est peut-être pas la même chose qu’une femme voilée ou quelqu’un qui porte la barbe et qui n’est pas un hipster, là encore on voit l’islamophobie : un hipster c’est à la mode, par contre s’il a une tête d’arabe, il s’agit sûrement d’un salafiste qui appelle à faire le jihad. Donc moi je voulais prendre la parole pour dire que ces discriminations, je les ai vécues, et pour moi en tant que syndicaliste, la première des choses c’est de lutter contre les discriminations, contre les divisions qu’on veut nous imposer. C’est pour ça qu’un syndicaliste doit forcément s’intéresser aux questions de société, comme par exemple le racisme. Je ne pouvais pas, en tant que délégué, défendre les salariés qui subissent les discriminations au travail en fonction de la couleur de la peau ou de la religion, et ne pas être présent à ce meeting. Pour moi c’était un rendez-vous à ne pas manquer.

RP : En ce sens, pourquoi penses-tu qu’il est important que les organisations du mouvement ouvrier prennent en charge la question de la répression dans le contexte actuel ?

A : C’est important parce que ce qu’on vit au niveau du pays, les patrons cherchent à le reproduire au sein même de l’entreprise. On le voit par exemple sur la question de la répression policière que le gouvernement nous fait subir, comme à Notre Dame des Landes. A l’intérieur des boîtes c’est pareil, on le voit aujourd’hui avec Edouard, cheminot réprimé par la direction de la SNCF, accusé d’être une « cause de souffrance » pour la direction, aujourd’hui il risque des sanctions. Les patrons se disent que si l’Etat réprime, pourquoi eux ils ne vont pas le faire. Et ils se préparent parce qu’ils savent qu’à un moment ou un autre le vent va tourner, que cela ne peut pas durer. On voit bien que les patrons n’ont pas peur des prud-hommes, ou des tribunaux. On voit aujourd’hui de quel côté est la justice quand on voit les ouvriers de Goodyear. Les salariés ont déposé 700 plaintes pour atteinte à la santé des ouvriers. Ces plaintes ont été rejetées et ce même procureur a accepté la plainte de l’Etat, alors même que les patrons des Goodyear avaient retiré leur plainte… On voit bien qu’il y a une justice de classe, et nous en tant que syndicalistes, il faut qu’on réagisse. C’est pour ça que, même si je ne suis pas un révolutionnaire dans l’âme, à un moment donné il va falloir qu’on fasse une révolution pour faire péter ce système, ça ne peut plus durer comme ça. Moi je fais partie des syndicalistes qui pensent que, le jour où les travailleurs vont reprendre la rue sans attendre que Martinez ou SUD-Rail ou n’importe qui nous donne l‘autorisation de débrayer, à ce moment la situation va commencer à changer. On dit souvent que les syndicalistes ce sont des professionnels de la grève, mais les vrais professionnels de la grève ce sont les patrons. Ils ont compris le système, ils savent à quel moment faire passer des plans et des réformes… donc il va falloir qu’on soit tous ensemble, qu’on s’y mette tous, à la base, pour changer les choses.

Propos recueillis par Manon Véret

L’intervention d’Anasse au meeting de Tolbiac :
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