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Politique

« La retraite à points a été appliquée en Suède. Elle a abouti à une baisse des pensions »

Retraites. L’autre réforme explosive de Macron

Après la casse du Code du travail, Emmanuel Macron ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le « chantier » des retraites occupera une bonne partie de l’année prochaine. Comme l’affirme l'économiste Thomas Porcher sur Twitter, Macron compte bien imposer une baisse drastique des pensions, en suivant pour cela le modèle suédois.

Crédits photo : Philippe Wojazer / AFP

Un marathon. Pour cette dernière semaine avant le 1er tour du scrutin législative, le gouvernement n’a eu de cesse d’annoncer par voie de presse les contre-réformes auxquelles il s’attèlera une fois la majorité absolue obtenue à l’Assemblée Nationale. Après avoir annoncé par tweet la fin des cotisations sociales, ce qui en définitive signe la mort de la Sécu, Edouard Philippe a annoncé ce lundi que la réforme des retraites serait le « gros morceau » social de l’année 2018. Une réforme qui consiste à créer un régime universel par points ou en « compte notionnel », comme envisagé par Emmanuel Macron pendant sa campagne. Et si c’était le régime suédois que Macron nous préparait ? Premier aperçu

Dans un article sur le modèle suédois Slate.fr écrivait : "Liz-Beth Wendel est, en quelques mois, devenue une vraie célébrité en Suède. A l’automne dernier, cette Suédoise de 65 ans a découvert qu’elle toucherait, retraites de base et complémentaire confondues, quelque 9.500 couronnes par mois après impôts (environ 1.100 euros, quand le revenu moyen en Suède s’élève à un peu moins de 15.000 couronnes par mois, 1.690 euros) si elle partait immédiatement à la retraite, près de 50% de moins que ce qu’elle gagne en activité. Et ce, alors qu’elle a cotisé plus de 50 ans, ayant commencé à travailler à 14 ! De quoi attiser la colère de cette ancienne aide-soignante mère de trois enfants, devenue assistante maternelle puis travailleuse sociale."

Comment fonctionne le régime actuel ?

Pour le moment, malgré la casse progressive et continuelle des retraites, le régime actuel garantit, sous réserve d’avoir cotisé un nombre d’années suffisant, notamment à un fonctionnaire, une retraite égale à 75 % de son dernier revenu. Le même principe vaut pour le salarié du privé, même si la façon de calculer les droits change. Théoriquement, ce système est dit à « prestations définies », où le niveau des retraites est garanti a priori. Ce régime est financé par des cotisations qui sont prélevées sur le salaire brut et acquittées par l’employeur. Comme tout système par répartition, les cotisations des actifs paient les pensions des retraités, dans une logique de solidarité intergénérationnelle.

Durant plus de 30 ans, les gouvernements de gauche comme de droite n’ont cessé de vouloir remettre en cause ce système de retraite, acquis de hautes luttes à l’après-guerre. De multiples contre-réformes ont réussi en partie à briser les régimes comme celle de Balladur en 1993, celle de Fillon en 2003 ou celle de Sarkozy en 2010. Ces réformes ont modifié les termes du contrat intergénérationnel, avec notamment l’allongement des durées de cotisation, l’allongement de la période sur laquelle est calculée la pension, la modification de la valeur des points de retraite complémentaire, ou encore l’imposition des pensions de retraite à la CSG, sans compter le chômage de masse qui impose les pré-retraites et les retraites partielles.

Vers une retraite par point ou en « compte notionnel »

« Un euro cotisé donne lieu aux mêmes droits pour tous. » Tel était le discours pseudo égalitaire de Macron en campagne. C’est donc par un système par points ou « comptes notionnels » que Macron compte réécrire l’intégralité du système de retraite actuel. C’est donc sur la base des régimes complémentaires déjà calculé en points que Macron compte instaurer un nouveau régime unique, avec pour objectif d’y fondre celui des fonctionnaires et les régimes spéciaux. Dans ce système, un actif cotise et accumule chaque année des points. Au moment de partir à la retraite, ce nombre total de point est converti en pension qui est alors calculée en fonction d’une « valeur du point » par exemple, 1 point = 1,25 euro.

De par ses déclarations, Macron a indiqué son penchant pour les « comptes notionnels », notamment en appelant de ses vœux « l’inscription des droits dans un compte individuel » en référence à la Suède qui a adopté ce régime. Dans un régime notionnel, le capital virtuel cumulé par chacun est transformé en rente au moment de la retraite, selon un taux de conversion propre à chaque génération et qui dépend de son espérance de vie. C’est dès lors au régime de s’ajuster automatiquement pour être à l’équilibre financier en fonction de l’espérance de vie. Ainsi, plus l’espérance de vie augmente, plus la valeur du point baisse, impliquant la baisse directe des pensions.

Le régime suédois : ou comment faire payer la crise aux retraités

L’économiste Thomas Porcher, membre des économistes atterrés souligne sur Twitter que « la retraite à points de Macron a été appliquée en Suède. Elle a abouti à une baisse des pensions. Ce système ne profite qu’aux cadres ». En effet, dès lors, la pension dépend de trois facteurs : les cotisations du salarié, l’âge lors du départ (plus l’âge est élevé, meilleur est le coefficient) et l’espérance de vie de la génération. A terme, l’espérance de vie prise en compte pourrait être différentiée, au sein d’une même génération, en fonction de la catégorie socioprofessionnelle, avait précisé Macron durant la campagne présidentielle.

En Suède, la grande réforme des pensions, entre 1994 et 2001, vendue comme recette miracle, a fait basculer le système de retraite suédois d’un système à prestations définies, où le niveau des retraites est garanti a priori, comme en France, vers un système dit à cotisations définies, où seul le niveau des recettes est fixé, ce qui revient à déplacer les risques liés aux changements futurs du contexte économique des cotisants aux retraités. Dès lors, ceux qui vivent seuls et qui ont effectué une carrière non linéaire, avec des périodes de travail à temps partiel, particulièrement les femmes, ou encore les personnes ayant immigré en Suède, ont vu leur pensions d’autant plus fortement baissés.

La baisse des pensions, une porte enfoncée pour introduire plus de retraite par capitalisation ?

De fait, le calcul des pensions en fonction de l’âge du départ à la retraite invite les salariés à travailler encore et toujours plus. Si on se rapproche du « Travailler plus pour gagner plus » si cher à Sarkozy, ici, il s’agit non seulement d’inciter à travailler plus longtemps mais aussi à gagner moins, et ce d’autant plus que les conditions de la crise économique sont dégradées. Pour autant, étant donné que les retraites restent pour l’heure toujours payées par les actifs, ce n’est pas encore la remise en cause jusqu’au bout du régime de retraite par répartition. Même si ce dernier, au vu des coups de boutoir opérés au fur et à mesure, est vidé de son sens.

Pourtant, ce n’est pas tout : la retraite par point pourrait bien être un cheval de Troie pour introduire dans un premier temps une dose de retraite par capitalisation. Ainsi, le modèle suédois tant vanté par Macron repose sur deux piliers. Le premier, les retraites liées au revenu, sur la base du régime « en compte notionnel », le second, au travers des retraites capitalisées, comme aux Etats-Unis. Avec un régime de retraite par capitalisation, c’est l’inverse du régime par répartition, qui induit une solidarité intergénérationnelle : chaque salarié accumule un capital qui servira à payer sa propre retraite. Un modèle à l’américaine, donc, que Macron compte bien introduire à petite dose, pour commencer à saper l’un des principaux acquis du mouvement ouvrier de l’après-guerre : la retraite par répartition, et sa solidarité intergénérationnelle.




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