^

Politique

Explosion en plein vol

Rétro 2017. Fillon, une campagne placée sous le signe de la corruption

Retour sur la campagne présidentielle la plus haletante de ces dernières années. François Fillon, véritable fossoyeur de la droite, passé de candidat « chevalier blanc » à incarnation de la corruption politique de la Vème République, nous aura tenu en haleine pendant des semaines. La débandade du PenelopeGate et les affaires de corruption s'accumulant auront eu raison du candidat qui pensait avoir un destin présidentiel.

Crédit photos : Georges Gobet / AFP

Fillon, l’outsider réac rafle les primaires de la droite

Les pronostiques allaient dans le sens d’une victoire d’Alain Juppé aux primaires de la droite mais c’est finalement François Fillon qui aura été élu candidat de la droite, avec 44,08% des voix au premier tour et 66,49% au second, coiffant sur le poteau son rival Nicolas Sarkozy. Avec ce vote, les militants des Républicains et tous les votants de la primaire de droite indiquaient clairement vouloir battre Marine Le Pen par la droite et non par le centre. Fillon, le chevalier blanc souverainiste, ultra-libéral et réactionnaire devait donner du fil à retordre à un FN plus que jamais déterminé à accéder au pouvoir. Rompant avec la ligne de conciliation centrisme prônée par Juppé autant qu’avec le bling-bling de celui dont il a été le premier ministre entre 2007 et 2012, Fillon donnait l’image d’une droite forte, pro-patronale et conservatrice sur le plan des valeurs.

Proche du Medef, à qui il avait déjà rendu service en ouvrant le capital de France télécom à la concurrence en 1995 et en conduisant jusqu’au bout la réforme des retraites en 2010, Fillon faisait office de Thatcher à la française. Avec son programme économique tout droit concocté par l’aile la plus à droite du Medef, Fillon entendait augmenter la TVA, augmenter l’âge de la retraire à 65 ans, réduire les allocations chômage et fixer les accords entreprise par entreprise. Son programme pour la jeunesse annonçait un raz-de-marée libéral à base d’alternance généralisée pour les jeunes entre 18 et 24 ans et une éducation nationale à deux vitesses où la concurrence serait la règle. Entouré de Henri de Castries,ex-PDG d’AXA, administrateur chez HSBC et Nestlé, inspecteur des finances de la promotion Voltaire de l’ENA, et de Pierre Danon, directeur-adjoint de sa campagne, président de dix sociétés, ex-président de Numéricable et de Capgemini, l’équipe de campagne de Fillon était clairement orientée dans une optique libérale.

Côté valeurs, on était aussi servi par le notable de la Sarthe. Sans cacher ses convictions catholiques et son opposition personnelle à l’IVG, Fillon proposait un programme conservateur attaquant directement la loi Taubira : interdiction de la PMA, de la GPA et de l’adoption plénière aux couples homosexuels. Il n’hésitait pas à affirmer en novembre 2016 : « nous réécrirons le droit de la filiation pour protéger les droits de l’enfant mis à mal par le mariage pour tous ». Un message clair que ses soutiens de la Manif pour tous et plus précisément de Sens commun prenaient pour des gages de sa « droiture ». Une influence catho réac était clairement à l’œuvre dans la campagne de Fillon, à l’image de sa porte-parole Valérie Boyer qui affichait ostensiblement sa croix et son islamophobie.

Le #PenelopeGate

Quelques jours après son élection pour représenter les Républicains à la présidentielle de 2017, celui qui se présentait comme la candidat anti bling-bling, intègre et responsable voit son destin lié au Canard enchaîné, qui pendant plusieurs semaines va révéler scandale sur scandale sur lui. L’image du candidat ultra-libéral et conservateur en sortira démolie tellement le degré de corruption atteint en aura fait le représentant de la corruption généralisée de la Vème république.

Le portrait de l’homme austère vole en éclat avec la révélation des magouilles que Fillon manigance avec 2F Conseil, son entreprise de conseil qui lui verse 18 000 euros de salaire mensuel pour des conférences réalisées au Kazakhstan, en Russie et en Iran. Mais c’est avec le PenelopeGate que la campagne de Fillon prend sévèrement du plomb dans l’aile. La femme du candidat est soupçonnée d’avoir été rémunérée à hauteur d’un demi-million d’euros pour ses activité d’attachée parlementaire puis du suppléante de son mari alors que personne ne l’a jamais vue travailler à l’Assemblée. Une affaire d’emploi fictif qui lance directement une polémique nationale contre le candidat qui dévient l’incarnation d’un système de caste corrompu et opaque.

Une semaine après le scandale, le Canard enchaîné relance les accusations de manière encore plus fracassante en dévoilant un système d’emploi fictif généralisé à toute la famille puisque son fils et sa fille auraient bénéficié de ses largesses quand il était sénateur. Outre les rémunérations liées à son poste d’attachée parlementaire, Pénélope Fillon aurait touché près de 100 000 euros de la part du milliardaire et ami de François Fillon, Marc Ladreit De Lacharrière, pour deux misérables notes de lecture pour la Revue des deux mondes. Fillon se démène et dément toutes les accusations mais sa propre femme le trahit dans une archive diffusée par Envoyé spécial sur France 2 où elle reconnaît n’avoir « jamais été son assistante » et de ne s’être « pas occupée de sa communication non plus ». Le scandale atteint désormais le million d’euros. « Fillon est mort, et la question est de savoir comment le débrancher » entend-t-on dire chez les Républicains...

Une campagne en danger : Fillon garde le cap mais les rats quittent le navire

Symptomatique de « l’élection toboggan » qu’aura été 2017, le parti de Fillon se fragmente. Sa candidature, déjà dure à avaler pour toute une partie des juppéistes, fait de moins en moins l’unanimité. Mais, malgré les critiques et la pluie de scandale qui continue de s’abattre sur lui, Fillon poursuit son chemin et s’accroche coûte que coûte à la présidentielle. Il lance une « opération transparence » qui, à défaut de le laver de tout soupçon, montre un homme prêt à se défendre contre vents et marées. En une semaine à peine, son plan de bataille est tracé : du mea culpa à la berlusconisation. Fillon réactive son image d’homme honnête en rejetant les scandales et en affirmant renoncer à sa candidature en cas de mise en examen. Dans la foulée, il retourne l’accusation contre la presse commandée par des « arrières-cuisines » peu ragoutante, contre les juges du Parquet National Financier parce qu’ils ne seraient pas compétents en la matière et contre les candidats, se plaçant en seul alternative au FN, agité comme menace pour la démocratie.

L’honnêteté du personnage était bien factice comme s’en sont rendus compte les électeurs puisqu’à trois semaines d’intervalle, Fillon déclare coup sur coup : « il n’y a qu’une seule chose qui m’empêcherait d’être candidat, c’est [...] si j’étais mis en examen » et « je m’en remets donc désormais au seul jugement du suffrage universel ». Entre le 20 janvier 2017 où il promet de se retirer en cas de mise en examen et le premier mars où il décide de ne pas céder, le candidat de la droite renie sa parole et brise durablement et profondément sa crédibilité après des électeurs. C’est la logique du « suicide collectif », comme le maire LR de Reims Arnaud Robinet la qualifie, qui prime dans la campagne des Républicains avec un candidat qui hurle à « l’assassinat politique » et qui tonne en boucle : « Je ne céderai pas, je ne me rendrai pas, je ne me retirerai pas ».

La panique gagne les Républicains qui n’arrivent pas à canaliser l’aveuglement dont fait preuve leur candidat. Un plan Juppé se profile mais tombe a l’eau aussitôt, le candidat malheureux de la primaire renonce à se présenter à la présidentielle après la manifestation organisée par Fillon au Trocadéro pour resserrer les rangs des Républicains. Si la démarche porte ses fruits en ce qu’elle entérine la candidature de Fillon, elle n’empêche pas les désistements. Les rats quittent le navire à l’image de Bruno Le Maire, qui se retire de la campagne, de Thierry Solère, porte-parole de Fillon, qui démissionne, de Patrick Stefanini, directeur de campagne de François Fillon, qui claque la porte ou encore du mouvement de jeunesse « les jeunes avec Fillon » qui retire son soutien au candidat. Fillon se retrouve seul maître à bord et tente de recoller les morceaux en affichant sa proximité avec François Baroin, figure de droite sarkozyste, pour chasser le spectre de Juppé.

« Rend l’argent François » : une fin de campagne en chemin de croix

Fillon entame la dernière ligne droite vers l’élection sous une avalanche de scandales qui n’en finissent plus de s’empiler. Toujours mis en examen pour ses affaires d’emploi fictif, il est épinglé pour avoir fait aménager une chapelle dans son bureau lorsqu’il était au conseil régional Pays de Loire. Il se fait aussi remonter les bretelles, lui le candidat austère, pour les 48 500 euros de costumes offert par un « ami généreux », qui n’est autre que Robert Bourgi, disciple de Jacques Foccart, homme de l’ombre du gaullisme et architecte de la Françafrique. Enfin, il se voit accusé sous les chefs de « détournement de fonds publics », de « complicité et recel de détournement de fonds publics », de « complicité et recel d’abus de bien sociaux » et de « manquement aux obligations déclaratives à la haute autorité pour la transparence de la vie publique ». Un palmarès qui signe le glas d’une campagne déjà bien mal engagée.

Les prestations de François Fillon lors des débats présidentiels le montrent abattu et laminé par les affaires. Dans un ultime sursaut, l’homme aux costards à 16 000 euros menace de « foutre un procès » à Philippe Poutou alors que ce dernier lui met la veste qu’il mérite en dénonçant ses scandales et ses affaires. La seule réponse du candidat sera de déclarer qu’il « emmerde » les gens qui critiques ses costards et ses montres à la valeur indécente tout en faisant reposer l’échec de sa campagne sur un mystérieux cabinet noir, dont seul lui semble croire à l’existence.

« Rend l’argent François ». C’est sur cette note que l’outsider ultra-libéral et conservateur de la droite finira tout de même troisième aux élections avec 20,01% des voix. La campagne de Fillon aura révélé le degré de corruption des élus, leur compromission avec les riches et leur soif de pouvoir. Elle aura montré le bien-fondé des mesures de limitation du salaire des élus. Elle aura aussi fragmenté le camp Républicain face au rouleau compresseur du mouvement de Macron tout en le tirant vers la droite. Reconverti dans la finance, Fillon continue de faire ce qu’il fait de mieux : servir les riches.




Mots-clés

Rétrospective 2017   /    #PénélopeGate   /    François Fillon   /    Présidentielles 2017   /    Politique