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Politique

Une année de bruit de bottes

Rétrospective 2016. Les attentats du 13 novembre et l’état d’urgence

L’année 2016 touche à sa fin. Une année notamment marquée par un saut sécuritaire et liberticide opéré par un gouvernement de gauche, dont l’expression la plus manifeste a été la mise en place de l’état d’urgence suite aux attentats du 13 novembre. Censé être temporaire pour faire face à la menace terroriste, il est en l’occurrence toujours en place et prolongé jusqu’en juillet 2017. En cette fin d’année, Révolution Permanente revient sur les événements marquants dans une rétrospective de l’année 2016. Des attentats, à l’état d’urgence jusque la mobilisation contre la loi Travail, une année marquée par une situation à la fois dramatique mais aussi prometteuse. Retour sur l’état d’urgence.

Damien Bernard

Le 13 Novembre 2015. Plus d’une centaine de morts uniquement au Bataclan, des attaques quasi simultanées étaient menées dans plusieurs quartiers de Paris, dans la rue, et aux alentours du Stade de France, à Saint-Denis. Dix mois après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper-cacher de Vincennes, des terroristes islamistes ont choisi de répliquer de façon asymétrique et barbare à la barbarie impérialiste qui s’abat depuis un an et demi sur la Syrie et l’Irak, au nom de la liberté et des droits de l’Homme contre Daech.

L’état d’urgence décrété sur tout le territoire

 
Dès lors, Hollande et ses ministres tentent d’y répondre à travers des mesures relevant de l’état d’exception. L’état d’urgence est décrété sur l’ensemble du territoire national pour la première fois depuis la fin de la guerre d’Algérie, et non plus seulement en Ile-de-France comme en 2005 pendant la révolte des banlieues. Cet état d’exception donnant des prérogatives spéciales aux préfets et aux forces de police pour fermer certains lieux et, surtout, mener en région parisienne des perquisitions à tout moment, en dehors de tout cadre judiciaire habituel. Les frontières bouclées.

Frappes massives en Syrie. Hollande emboîte le pas à Bush

 
A la différence des attentats de janvier, avec la manifestation massive du 11 qui s’en est suivie, qui avaient constitué une sorte de ballon d’oxygène pour Hollande et le régime, les attentats ont poussé le gouvernement à droite et à frapper fort et vite, à la fois en interne et en externe, comme seul moyen de préserver une union nationale plutôt fragile. Matignon actait une intensification des frappes, tout en usant du discours de George Bush après le 11 septembre, justifiait ses mesures exceptionnelles au nom de la « guerre contre le terrorisme », une guerre qui se poursuivait au Yémen et en Irak.

Faire bloc contre le terrorisme, la guerre, le racisme et l’union sacrée

 
Dès lors, le rouleau-compresseur réactionnaire appelant la population à faire front avec « son » pays, « ses » valeurs, « son » gouvernement et la République est mis en branle. Le drapeau Bleu Blanc Rouge fait son entrée sur les réseaux sociaux, un drapeau au couleur des uniformes, des tanks et des mitraillettes. Mais, des oppositions se font sentir au sein de certaines structures CGT, amenant Martinez à dénoncer la « trêve sociale » et à se prononcer contre la guerre. Plus que jamais, dès lors, il s’agissait de faire bloc contre le terrorisme, la guerre, le racisme et l’union sacrée.

Le vrai visage de l’état d’urgence : le racisme et la répression

 
A Versailles, Hollande défendait le tout sécuritaire réclamé par Sarkozy et Le Pen, et transformait la République en état d’urgence permanent. A droite et à l’extrême droite, le discours ultra sécuritaire et islamophobe, légitimé par un gouvernement lui empruntant son programme avec la déchéance de nationalité pour les binationaux, déchainait les actes islamophobes. A Saint-Denis, l’opération anti-terroriste avait tout des méthodes d’occupation coloniale. Le gouvernement interdisait alors coup sur coup les manifestations contre les violences faites aux femmes, pour les migrant.e.s et contre la COP21.

Europe forteresse et répression des militants

 
L’étau sécuritaire se renforce. Sur le plan international, l’enlisement sécuritaire se propage, notamment en Italie, les frontières de l’espace Schengen se renforce à la demande la France. Le déploiement de 115 000 soldats et policiers sur toute la France, l’extension des pouvoirs de police, ainsi que des perquisitions et assignations à résidence dans le cadre de la COP21, les interpellations en masse lors de la manifestation, la naissance de la « génération gardé-e-s-à-vue », de la « lutte contre le terrorisme » à la répression contre les militants politiques, notamment lors de la loi Travail.

Premières mobilisations contre l’état d’urgence

 
« Etat d’urgence, état policier, on ne nous empêchera pas de manifester ! » Le slogan résonnait fin janvier, un peu partout en France, contre l’état d’exception que Hollande-Valls comptait bien prolonger. Un état d’exception qui a rencontré une opposition, au vue des assignations à résidence, des peines de prisons fermes qui ont visé les manifestants, mais aussi les jeunes des quartiers. Expression d’un peuple de gauche en rupture avec le gouvernement et sa déchéance de nationalité. La répression pendant les 4 mois de mobilisation contre la loi Travail venait le faire rompre avec le PS.

Le bilan d’un an d’état d’urgence devenu permanent.

 
Une énième prolongation est votée en juillet à l’Assemblée, où le PS et la droite s’accordaient une nouvelle fois contre nos libertés. Le dimanche 13 novembre marquait « l’anniversaire » un an jour pour jour du massacre commis dans les rues de Paris, de la surenchère guerrière et sécuritaire, de l’accélération du tournant bonapartiste déclenchée depuis les attentats de Paris. Un état d’urgence qui a en définitive démontré une efficacité toute relative pour empêcher les attentats, mais terriblement efficace pour réprimer. Nous avions pour l’occasion détaillée notre bilan chiffré de l’état d’urgence. Il a depuis lors été pour une cinquième fois longée, jusqu’au 14 juillet prochain.




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