Politique

« Revalorisation » sous couvert de division.

Revalorisation des enseignants : ce que cache l’opération séduction du gouvernement

Publié le 31 mai 2016

Inattendue, inespérée, voilà que la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem vient d’annoncer une revalorisation de la rémunération des enseignants à partir de 2017, en particulier pour ceux qui travaillent dans les zones d’éducation prioritaire. En pleine mobilisation contre la loi travail, à un an de la présidentielle, le gouvernement cherche à remettre la main sur son électorat traditionnel. Attention à la manœuvre ! L’annonce de revalorisation cache mal une volonté de mettre au pas le monde enseignant en individualisant les primes et donnant plus de place à l’arbitraire de l’administration.

Yano Lesage

Cela fera bientôt un quart de siècle que les profs n’auront pas été augmentés. Depuis le gouvernement Jospin pour être exact. La ministre a ainsi annoncé une mesure qui devrait débloquer, dès 2017, 500 millions d’euros pour atteindre un milliard d’euros en 2020. Officiellement, l’argument est de faire face « à la crise des vocations » et de redonner de l’attractivité au métier, tout en valorisant les professeurs travaillant dans les zones prioritaires. Il s’agit clairement d’une opération de séduction du gouvernement, une mesure en trompe-l’œil, pour faire passer les méthodes de management du privé au sein du secteur public.

Il faut regarder de plus près le contenu de cette mesure. Loin de généraliser la revalorisation salariale, celle-ci prévoit d’être adossée à un système de prime, dont la distribution reviendrait au chef d’établissement. Déjà, alors que la réforme du collège va de fait renforcer les pouvoirs de gestion locale en matière de contenu des enseignements par la place toujours plus grande accordée aux projets d’établissement, la mesure de Vallaud-Belkacem propose d’approfondir cette tendance en renforçant les pouvoirs des chefs d’établissement sur la gestion des carrières. Individualisation des primes et renforcement de l’autorité du chef d’établissement sur les enseignants, voilà en réalité les deux traits fondamentaux de ce que la ministre de l’Education propose aux enseignants.

À la manière du secteur privé et de ce que laisse entrevoir la loi travail, il s’agit de renforcer le niveau local, pour isoler les contestations ; d’individualiser les carrières pour diviser les équipes enseignantes ; d’intégrer les méthodes de management privé en donnant une place toujours plus grande à l’arbitraire des chefs d’établissement sur le personnel enseignant.

Cette mesure s’inscrit aussi dans le contexte où le gouvernement craint plus que tout un mouvement au sein de la fonction publique – le dégel misérable de 0,6 % a été la concession face à la menace des syndicats de la fonction publique de lancer une mobilisation – et est la preuve que ce sont véritablement les luttes et la menace de ces luttes qui font reculer le gouvernement. Face à cette annonce, il faudrait, plus que jamais, que les enseignants s’engagent dans la mobilisation en cours pour exiger une revalorisation sans condition des rémunérations des professeurs, la cédéisation des enseignants contractuels dont la précarité des conditions de travail nuit à la qualité des enseignements, et face aux difficultés dans les zones prioritaires, un supplément de moyen pour décharger les classes et recruter davantage de personnels d’encadrement.