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Notre classe

Contre la loi travail XXL

Reynald Kubecki : « Au Havre, le 12 septembre doit être une première riposte de grèves et de manifestations »

Dans cette ville porturaire, où les travailleurs avaient été particulièrement mobilisés durant la mobilisation du printemps 2016, la lutte contre les ordonnances se prépare déjà. Interview de Reynald Kubeck,i co-secrétaire de l'UL-CGT du Havre.

Révolution Permanente : Peux-tu nous expliquer le contenu de ces ordonnances ?

Reynald Kubecki  : Les ordonnances ont été dévoilées aux organisations syndicales le 31 août, et, sans surprise, elles s’avèrent plus destructrices que prévu : remise en cause de la hiérarchie des normes, des CDI, des Instances Représentatives du Personnel, facilitation des licenciements individuels et collectifs…

Avec un tel projet au service du patronat, la loi sera encore moins protectrice pour les salariés et l’on reviendra sur plus d’un siècle de conquis sociaux gagnés par les travailleurs dans des luttes longues et douloureuses. C’est un vaste plan de rigueur et de super austérité que nous inflige le gouvernement Macron, c’est tout notre édifice social qu’il entend faire voler en éclats.

Le gouvernement vient de confirmer les craintes que nous pouvions avoir.
D’abord, il va encore accentuer l’inversion de la hiérarchie des normes qui n’a cessé de s’intensifier au fil des différentes réformes depuis 40 ans.

La primauté de l’accord d’entreprise, même moins favorable, sur l’accord de branche va s’accentuer dans la plupart des domaines (primes, indemnités diverses, congés de maternité, etc..). La primauté de l’accord de branche sur la loi s’élargit considérablement (ex : durée et renouvellement des CDD, contrats de chantiers).

Cette mesure n’aura qu’un seul effet : l’amplification du dumping social, en accentuant la mise en concurrence des PME et PMI et de leurs salariés. Cela va aggraver l’insécurité sociale de ces entreprises toujours plus placées sous l’emprise des donneurs d’ordres.

Le projet prévoit aussi la fusion des Instances Représentatives du Personnel (IRP) : Comité d’entreprise, Délégués du Personnel et CHSCT.

Outre la disparition des heures dévolues, ce sont aussi un certain nombre de prérogatives qui vont être diluées dans cette nouvelle « instance fourre-tout ». Car si chaque instance a des élus, c’est parce que les responsabilités qui incombent à chacune ont une importance dans la vie sociale de l’entreprise.

Mais ce n’est pas seulement le droit syndical qui est attaqué au travers de cette centralisation. Ce sont les droits directs de ces instances qui sont attaqués, comme la limitation ou tout simplement la fin des informations-consultations sur toutes les décisions importantes de l’entreprise (réorganisation, restructuration…).

Demain, une seule Instance (le conseil d’entreprise) pourrait traiter à la fois du manque de stylos dans les services et de la souffrance au travail, avec des représentants du personnel non formés et moins disponibles pour recueillir les besoins des salariés sur le terrain !

Pour les CHSCT, c’est purement et simplement leur disparition qui est voulue. La santé des salariés sera exclue des décisions de l’entreprise, elle devra passer après les décisions économiques. Éliminer le CHSCT, c’est sacrifier la santé des salariés à la finance !
Ce déséquilibre va être renforcé, l’employeur pouvant prendre l’initiative d’un référendum au style déjà connu « choisissez entre la peste et le choléra ».

Une étape supplémentaire dans la liberté de licencier sans contrainte est également franchie. Sont en effet instaurées les ruptures conventionnelles collectives, contournant les règles des PSE. Ce sont encore moins de droits et de protection pour les salariés.

Enfin, pour couronner le tout, un plafond des dommages et intérêts est fixé pour les indemnités prud’homales, ce qui pourra permettre à un employeur de provisionner un licenciement et amortir l’embauche d’un jeune de qualification égale mais moins payé.
Cette loi sur le droit du travail, comme les précédentes, n’améliorera pas le chômage, elle va augmenter encore la précarité, développer la pauvreté comme c’est déjà le cas en Allemagne ou en Angleterre.

RP  : Comment se prépare la lutte sur le Havre ?

RK  : C’est la précarité et la misère que Macron et son gouvernement veulent répandre dans notre pays, mais nous ne nous résignons pas à cette perspective ! Nous avons des propositions pour sortir de ce cycle infernal, austérité, baisse des droits des salariés, déflation salariale, chômage, précarité… !

L’augmentation des salaires, la réduction du temps de travail, de nouveaux droits pour les salariés et leurs représentants, sont gage d’efficacité économique et sociale.
Le 12 septembre doit être une première riposte de grèves et de manifestations à cette loi travail XXL.

L’intersyndicale Havraise (CGT-SOLIDAIRES-UNEF-FSU) va continuer à informer partout les salariés sur les conséquences très concrètes qu’ils pourraient subir dans leurs entreprises.

Le 12 septembre, nous proposons des distributions de tracts sur toute l’agglomération dès 7h du matin : entrée de ville, gares, ville haute, zone industrielle…

A 10h30 une manifestation est prévue au départ du Quai Southampton (arche des conteneurs) jusqu’à la maison des syndicats en passant par la mairie du Havre. Une AG est prévue à l’issue de la manif pour décider de la suite à donner.

Le 21 septembre, nous organisons ce que les différentes organisations n’arrivent pas à faire au plan national à savoir se mettre autour de la table pour discuter d’un front commun face à Macron. Nous organisons donc un meeting avec tous ceux qui veulent se battre aujourd’hui et qui sont capable d’unir leurs forces pour imposer un véritable rapport de force. Seront présents au meeting des représentants politiques avec la participation de F. Ruffin pour LFI, JP. Lecoq pour le PCF et P. Poutou pour le NPA, et des intervenants comme ATTAC, Assa Traoré qui interviendra sur la question des violences policières et de la stigmatisation de toute une jeunesse ou encore Loïc de la compagnie Jolie Môme qui interviendra sur le statut précaire des intermittents mais aussi sur la répression des militants puisqu’il sortira tout juste de son procès.
Tous seront présents pour rassembler et faire converger le plus possible toutes les forces, faire tomber ces ordonnances et les autres mauvais coups du gouvernement (APL, contrats aidés, CSG…).

Entre ces dates, des AG devront se tenir dans les boites et les services pour faire comprendre aux salariés que nous sommes tous touchés par la politique ultra libérale et répressive du gouvernement Macron, qu’ils ont les milliards, mais que nous sommes des millions pour les faire tomber !

Nous ferons tout pour unir les salariés, les travailleurs indépendants, les privés d’emploi, les retraités, les personnes victimes de stigmatisation, les jeunes lycéens et étudiants avec l’ensemble des autres organisations syndicales pour stopper les attaques contre nos conditions de vie et de travail, mais aussi pour passer à l’offensive.




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