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Jeunesse

Coupes budgétaires à la fac

Rouen : chronique d’une université au bord du burn-out

A l’université de Rouen Normandie, la situation est plus que désastreuse. Le manque de moyens chronique, organisé par les coupes budgétaires qui ne cessent de s’accumuler d’année en année, ont rendu tout simplement impossible l’accueil des 5 000 étudiants inscrits et provoqué le report sine die de la rentrée universitaire. Avec 1 500 personnes mobilisées ce lundi devant la présidence de l’université, dans un contexte social tendu pour le gouvernement, elle a tout pour être explosive

Une pénurie organisée

Il était prévu qu’elle ouvre ses portes le 11 septembre, mais l’université Rouen Normandie a d’abord reporté sa rentrée au 18 septembre, avant d’annuler de nouveau la rentrée sans préciser sa date définitive. En cause, un personnel administratif en sous-effectif, surmené par l’afflux de nouveaux étudiants qui n’ont toujours pas d’inscription pédagogique, ni d’emplois du temps, mais aussi des locaux dégradés qui manquent à la pelle, et des enseignants en nombre insuffisant pour assurer les cours. Comme beaucoup l’ont souligné, cette situation était totalement prévisible au vu de l’accroissement d’effectif qu’ont connu les collèges et les lycées ces dernières années, et surtout parfaitement évitable si les moyens avaient été mis pour les. A Rouen comme ailleurs, les effets des politiques de restriction des budgets alloués aux universités et de sous-investissement chronique sont de plus en plus prégnants. Immanquablement, ce sont les conditions d’accueil et d’apprentissage des étudiants, d’exercice et de travail des personnels, qui se dégradent très fortement.

Cette année, l’université de Rouen passe au portail pluridisciplinaire (licence avec la possibilité d’avoir une discipline majeure dans un département et mineure dans un autre). Ce qui, sur le papier parait intéressant, est concrètement rendu impossible par le manque de moyens. Ne serait-ce qu’en histoire, les effectifs passent de 250 à 1 000 étudiants en première année. Tout ça à moyens constants. Une situation qui touche particulièrement les départements d’Histoire, de Langues, de musicologie dont les effectifs ont fortement augmenté.

1 500 personnes devant la présidence de l’Université
Au cours de l’Assemblée Générale qui s’est tenue ce mercredi après-midi, on dresse la longue liste des manques de moyens qui touchent à tous les niveaux. Ce sont des personnels administratifs «  au bord du burn-out », des collègues en congés maladie ou maternité ne sont pas remplacés, des pressions…. Côté locaux, largement insuffisants pour accueillir l’ensemble des étudiants, on répertorie les anomalies nombreuses, parmi lesquelles la destruction de tout un bâtiment qui accueillait amphis, salles de cours et bureaux, et qui a laissé « un énorme trou et rien pour le remplacer ». Ce sont aussi des infrastructures qui ne répondent pas aux normes de sécurité, un « festival de malfaçons », qui rendent impossible l’accès de l’université aux personnes handicapées et font courir des risques pour ses occupants, comme le rappelle un départ d’incendie survenu l’année passée.

Cette AG, la deuxième cette semaine, fait suite à la mobilisation de lundi 18 septembre qui a regroupé près de 1 500 personnes sous les fenêtres des bureaux du président de l’Université, Joël Alexandre. Ce dernier, qui reconnait pourtant dans la presse « qu’en cinq ans, les effectifs ont cru de près de 13% sur l’université de Rouen Normandie », n’a pourtant rien mis sur la table des négociations, ce jour là, sinon la promesse d’embauche de vacataires pour faire face à la période d’inscriptions.

Ses propositions sont largement en deçà des revendications des étudiants et des personnels qui réclament, entre autre, l’ouverture d’un plan de rattrapage de 300 postes (enseignants et administratifs) dont 50 d’urgence ; la construction de bâtiments aux normes pour mettre fin à l’état de délabrement de l’université et dans l’urgence, la mise à disposition de salles préfabriquées ; la mise en place d’un plan d’aide aux personnes handicapées.

Bien entendu, la mobilisation qui se dessine sur le campus de l’université Rouen Normandie se fait également l’écho de la contestation générale qui couve contre le gouvernement. Car l’organisation du délabrement dans les universités, état sur lequel le gouvernement Macron s’appuie pour avancer l’idée d’une sélection à l’entrée, s’inscrit dans un projet global : l’organisation de la mise à mort des services publics (du transport, de l’éducation, de la santé, de l’enseignement supérieur) à coup de gel et de coupes budgétaires, pour ouvrir un peu plus le marché aux acteurs et entreprises privées ; la mise au pas du monde du travail qu’il soit du privé (loi travail) comme du public (autonomie des universités et renforcement des pouvoirs de l’administration). C’est une des raisons qui poussera de nombreux étudiants et personnels de l’Université de Rouen à manifester dans la rue aux côtés des salariés du privé ce jeudi 21 septembre, en attendant la prochaine date d’organisation de la mobilisation, mercredi prochain, en AG.

[Crédits Photo : ©tien-tran.com, amphi Curie, université Paul Sabatier de Toulouse]




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