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Société

Une famille !

Rroms et syriens

Et un jour je me suis rendu compte que Rroms et réfugiés Syriens se ressemblaient vachement.

Crédits photo : O Phil des Contrastes

Je monte dans le métro. Et avec moi une famille. Une grande famille. Une famille Rrom. Le père et la mère ont l’air de frôler la cinquantaine. Quatre enfants âgés d’entre 5 à 13-14 ans. Plus ou moins. Un jeune homme de 25 ans. Ou peut-être plus. Ou peut-être moins.

Je les observe, comme j’observe beaucoup de gens. L’enfant de 5 ans et une pré-adolescente de 13-14 ans parlent vraisemblablement en roumain. Le petit est très agité. Il parle, il rigole, il bouge. Les autres deux enfants sont très calmes. Le jeune homme les regarde seulement, sans dire grande chose.

Il fait chaud. Ou en tout cas moins froid. L’enfant et la pré-ado sont habillés très légèrement. Lui porte une sorte de combinaison, comme un pyjama. La jeune fille porte un pantalon vert militaire. Elle est chaussée de claquettes sur des chaussettes roses. Ce sont clairement les plus agités.

Il y a une poussette. Mais pas de bébé dans la poussette. Juste des affaires. Des vêtements, des couvertures, un peu sales. Les adultes portent des sacs avec plus d’affaires à l’intérieur. Je suis assis à côté de la poussette et je la retiens à chaque fois que le métro freine car elle avance. Ca doit être ma façon de démontrer ma sympathie envers cette famille si particulière.

J’aime observer mais aussi imaginer la vie des gens. Je me pose de questions sur le jeune homme. Il est bien plus âgé que les enfants. Peut-être ils l’ont eu tôt et après eu d’autres enfants ? Ah non, il doit être le frère du père ! Ils ont même un air de ressemblance. Et la mère ? C’est étrange, elle porte un voile, me dis-je. « Beaucoup de femmes Rrom portent des foulards, ça doit être normal… ».

Le métro s’arrête. Les deux enfants agités qui ne se sont pas arrêtés de parler alors que les autres deux sont restés plus tranquilles, sans parler, sont interrompus par le jeune homme qui leur fait signe de le suivre et descendre du train. Il n’y a même pas un regard qui se croise entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés. D’ailleurs, ces derniers échangent quelques mots en arabe.

Je suis déboussolé. Ces gens ne se connaissaient même pas. Et mon histoire ne marche pas du tout. Le jeune homme ne se ressemble finalement pas au père. Ni à la mère. Ni à ses « frères ». Ils ne parlent même pas la même langue. Ils ne se sont même pas dit au revoir. En fait, ceux qui sont restés sont vraisemblablement des réfugiés syriens.

J’arrive à ma destination. Je descends. « Madame, vous m’offririez un café ? », j’entends. Je connais cette voix. C’est René. Je pense qu’il est SDF. En tout cas il est du quartier. Je le connais. D’où vient René ? Je ne sais pas. Il est vieux René.

Je monte les escaliers. A côté du distributeur, près de la bouche du métro, une femme et une fillette demandent des pièces. Elles aussi je les connais. Je ne sais pas comment elles s’appellent mais je les vois très souvent.

Je repense encore à cette « famille ». Je me souviens de commentaires que j’ai déjà entendus : « les Rroms se font passer pour des réfugiés syriens ! ». Pour certains c’est un scandale. Mais je viens de comprendre que finalement, les membres de cette « famille » se ressemblent. Et ils ressemblent aussi à René. Et à cette dame avec la fillette demandant des pièces. Ils se ressemblent dans la pauvreté. La pauvreté, la misère et très souvent le mépris à leur égard les rassemble.

Peut-être que des Rroms se font vraiment passer pour des réfugiés syriens. Et alors ?...




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