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Russie : plus de 1000 manifestants contre la corruption arrêtés !

Crédit Photo : Alexander Zemlianichenko/AP Dimanche dernier, la démonstration de la corruption du pouvoir russe de Vladimir Poutine a été une évidence pour le monde entier. À l'appel d'Alexeï Navalny, candidat à la présidentielle russe de 2018, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues pour manifester leur rejet de la corruption du pouvoir. Réponse immédiate du Kremlin : une répression brutale et plus de 1000 arrestations en une après-midi.

Une manifestation record et une répression violente

 
Ils n’étaient que 7000 à 8000 selon la police, tout au plus quelques dizaines de milliers, sur la place Pouchkine à Moscou dimanche dernier, mais cela constitue déjà une démonstration de force dans le pays de Vladimir Poutine. Après la révélation de la corruption du Premier ministre Dmitri Medvedev, qui s’est enrichi de près de 730 millions d’euros grâce à la largesse des oligarques, le candidat à la présidentielle russe de 2018, Alexeï Navalny, avait appelé à un grand rassemblement de contestation de la corruption généralisée de la caste politicienne.

Le rassemblement a réussi à mobiliser largement et bien au-delà de la capitale, puisque des manifestations ont eu lieu également à Saint-Pétersbourg, Omsk, Iekaterinbourg, Tioumen, Oufa ou encore Vladivostok, et ce malgré les interdictions du gouvernement. En réponse à ce ras-le-bol de plus en plus grandissant en Russie, le Kremlin a répondu par une violente répression à grand renfort de forces anti-émeutes et de gardes nationaux. Outre la dispersion de la manifestation à l’aide de gaz au poivre, ce sont plus de 1000 manifestants qui ont été arrêtés ce dimanche, dont Alexeï Navalny lui-même. Si la plupart des manifestants ont écopé d’une infraction administrative pour participation à une manifestation non autorisée, l’organisateur va quand à lui payer une amende de 325 euros et passer deux semaines en prison pour « provocation et mensonge ».

L’anti-corruption comme vecteur de politisation

 
La corruption est une caractéristique essentielle de la politique en Russie, où les grands groupes et les grandes industries du pays entretiennent des relations très étroites avec le pouvoir. C’est également un axe de contestation et de polarisation très fort dans l’opposition au Kremlin. Alexeï Navalny, avocat spécialiste de la finance, s’est fait une spécialité de la dénonciation des magouilles des banques ou de grands groupes industriels tels que Gazprom. À la tête de la Fondation anti-corruption depuis sa création en 2011, il a acquis une certaine notoriété par ses vidéos sur YouTube où il démontre la corruption généralisée du pouvoir en Russie. Entre détournement de fonds et privilège de caste, il dénonce les pratiques présentes dans toutes les sphères de pouvoir depuis le gouvernement jusqu’à la justice et aux services secrets.

Avec la manifestation de dimanche dernier et son arrestation manu militari par les forces de répression russes, Alexeï Navalny a acquis la place de principal opposant à Vladimir Poutine dans l’élection présidentielle qui se tiendra l’année prochaine en Russie. Cependant, malgré la mobilisation et la détermination des manifestants, il y a de fortes chances pour que sa candidature soit rejetée.

Alexeï Navalny, un libéral nationaliste

 
Si Navalny tente de se donner une posture de martyre au prétexte de l’acharnement du pouvoir russe, il n’en reste pas moins que celui-ci ne saurait être d’aucune solution pour les travailleurs et les classes populaires. Pur produit de l’idéologie libérale, celui-ci a fait ses études d’avocat à Yale, aux Etats-Unis et fait ses classes politiques au sein du parti-libéral « Iabloko », et celui-ci garde beaucoup de liens d’influence avec des acteurs économiques américains influents. Il participe au programme World Fellows de l’Université de Yale aux États-Unis, un programme international destiné à former les leaders émergents aux vertus de l’économie de marché. Il se fait exclure du Parti démocrate russe en 2007 pour avoir participé à des marches nationalistes.

A partir de là, celui-ci va largement développer sa rhétorique xénophobe et réactionnaire. Sa priorité ? La lutte contre les migrants, comme lors de sa campagne en 2013 pour devenir maire de Moscou. « Je vois les statistiques et je constate que 50% des crimes graves sont commis par les migrants », avait-il cru bon d’expliquer à l’époque. En décembre 2014, il déclare que « le problème de l’immigration illégale en Russie était cent fois plus important que l’Ukraine ».

Le réveil des protestations en Russie, ainsi que la perte de légitimité du parti Russie Unie de Vladimir Poutine, montrent que la corruption généralisée du système politique ne peut plus tenir face aux difficultés croissantes de la population. Bien plus que de changer les têtes, c’est seulement en comptant sur leurs propres forces que les travailleurs et les classes populaires en Russie pourront renverser l’oligarchie qui les exploite à la tête du pays.




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